Dieu

Esquisse d’un portrait robot

De Marcel Gozzi

 

 

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Il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour :

          Honorer son père et sa mère ;

          Ne pas tuer ;

          Ne pas commettre l’adultère ;

          Ne pas voler ;

Ne pas convoiter le bien de son prochain (maison, femme, serviteur, servante, bœuf et âne), rien de ce qui est à lui.

 

Enfin, il n’est pas, nécessaire de croire en Dieu pour :

Aimer son prochain, sans exception, et pas seulement ceux qui vénèrent le même Dieu.

 

 

Si vous lisez la Bible et recherchez Dieu, vous trouverez l’Homme, et rien d’autre.

Quand le dernier homme mourra, Dieu disparaîtra avec lui.

 

 

Sommaire

 

1 - Prologue                                                                                  4

 

2 - Genèse                                                                                   16

 

3 - Exode                                                                                    84

 

4 - Lévitique                                                                                122

 

5 - Nombres                                                                                148

 

6 - Deutéronome                                                                          184

 

7 - A propos du Pentateuque                                                         208

 

8 - Conclusion                                                                              234

 

9-1 - Esquisse d’un portrait robot de Yahvé Dieu                             251

 

10 - Synthèse                                                                                259

 

 

 

 

 

 

 

Portrait-robot :

Ensemble des traits caractérisant une personne…

(Source : le Grand Robert de la langue française)

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 - PROLOGUE


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cet ouvrage, j’esquisserai le portrait-robot de Dieu.

 

 

Quel Dieu ?

 

Celui de l’Ancien Testament, Yahvé, le Tout Puissant créateur du monde sensible, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, révélé à Moïse sur le mont Sinaï. Le Dieu des Hébreux et du judaïsme.

Le même Dieu le Père du Nouveau Testament des chrétiens dont le fils, Jésus de Nazareth, est né de la vierge Marie, le Seigneur évoqué dans les quatre évangiles canoniques et les actes des Apôtres, documents rédigés au cours du premier siècle de l’ère chrétienne.

Mais aussi le Dieu des musulmans, Allah[1] , clément et miséricordieux. Sa parole fut transmise au prophète Mahomet (Muhammad) par l’archange Gabriel, au VIIè siècle de notre ère.

 

Ce démiurge incomparable, a créé : le ciel, la terre et tous les êtres vivants, y compris les humains, qui l’habitent. 

 

Trois documents fondent les religions dites du Livre : L’Ancien Testament, le Nouveau Testament et le Coran. Ils décrivent avec des variantes propres au génie des Pères fondateurs, le même Dieu créateur des trois religions : judaïsme, christianisme et islam.

Ces doctrines partagent les mêmes croyances initiales. Elles reconnaissent Adam et Eve, puis Noé, Abraham, « le père de tous les croyants », ses fils Isaac et Ismaël (vénéré par les musulmans), son petit-fils Jacob (devenu Israël, après la lutte avec Dieu), et plus tard, Moïse, le Moussa des arabes.

 

Selon les exégètes, les livres fondateurs des trois principales religions monothéistes auraient été successivement rédigés dans leur forme définitive à trois époques différentes, à deux fois environ sept siècles d’intervalle.

 

La principale compilation de l’Ancien Testament ou Bible, aussi appelée Tanakh par les Hébreux, serait contemporaine de l’exil des Juifs à Babylone, qui prit fin en l’an 538 av. J.-C. sous le règne de Cyrus II[2], roi de Perse. Il semble que les textes définitifs furent élaborés entre la fin du VIIIè siècle av. J.-C. et le début du IIIè siècle av. J.-C.

Le Nouveau Testament, texte principal du christianisme, indépendamment des quatre Évangiles dits canoniques, des Actes des Apôtres et des Epîtres, complète l’Ancien Testament pour composer la Sainte Bible. La rédaction des Évangiles fut élaborée entre les années 70 apr. J.-C. et 100 apr. J.-C.[3], puisque Jésus n’a pas laissé d’écrits.

Le Coran consiste en un ensemble de « préceptes moraux, religieux, civils et politiques, mêlés d’exhortations, de promesses et de menaces relatives à la vie future, et de récits empruntés avec plus ou moins de fidélité aux traditions arabes, et même à l’histoire des premiers siècles du christianisme.[4] » Ce livre sacré contient la parole de Dieu transmise au prophète Mahomet par l’intermédiaire de l’archange Gabriel, à partir de l’an 610 apr. J.-C., et pendant vingt-trois ans, selon la tradition.

 

Ma réflexion portera sur les six premiers livres de l’Ancien Testament.

Je n’aborderai pas les querelles byzantines, si je puis dire, suscitées par les nombreux exégètes, philosophes et penseurs qui, au cours des siècles, ont approfondi et fait évoluer la connaissance des Écritures :

- Sur l’islam : d’Al-Kindi, Avicenne, Averroès, jusqu’à Ahmadou Bamba ;

- Sur le judaïsme : de Philon d’Alexandrie jusqu’à Emmanuel Levinas, en passant par Baruch Spinoza, Salomon Maïmon et Hermann Cohen ;

- Sur le christianisme : Tertullien, Origène, Augustin d’Hippone, Bernard de Clairvaux, Thomas d’Aquin, Kierkegaard, Teilhard de Chardin, Simone Weil, Paul Ricœur et Olivier Boulnois, pour n’en citer que quelques uns.

Ces maîtres de la pensée ont poussé loin l’herméneutique et l’exégèse des textes sacrés. Ils les ont éclairés et enrichis à la lumière de leur génie propre, de leurs croyances et de leurs convictions, mais aussi, dans la mesure des connaissances limitées relatives aux époques où ils vivaient.

Tous ces penseurs ont imprimé leurs marques, et fait évoluer la pensée religieuse. Certains ont même suscité des hérésies, ardemment combattues par les défenseurs de la prétendue « vraie foi. »

 

Mon propos est plus modeste.

 

Il vise, tout simplement, à essayer de comprendre la vraie nature de ce Dieu unique, tout puissant et mystérieux, ce Dieu que l’on nous présente au catéchisme sous des dehors lénifiants de bon père de famille, et qui, depuis plus de deux mille cinq cents ans, a contribué à forger notre vision du monde et nos modes de pensées, et conditionné ce que nous convenons d’appeler la civilisation dite judéo-chrétienne. Plutôt que d’interroger les penseurs et les analystes des temps passés, plutôt que de me laisser influencer par des courants d’idées honorables et pertinents, et leurs convictions personnelles, j’ai considéré qu’il était plus utile de puiser aux sources mêmes du texte sacré par excellence, le Pentateuque. Il est incontestable, que même au XXIè siècle, où l’impact des religions sur notre vie courante a fortement diminué, comparé à celui qui prévalait autrefois, nous continuons encore à nous comporter, consciemment ou inconsciemment, en vertu de principes énoncés depuis au moins trois millénaires. Puissant et mystérieux, le Dieu des religions monothéistes est toujours présent dans nos esprits. Son image est imprimée dans nos circuits neuronaux par le conditionnement cultuel et culturel auquel nous ont soumis nos parents et nos maîtres à penser. A notre insu parfois, il décide encore pour nous, et gouverne nos actes.

 

Je limiterai donc ma recherche à un objectif simple :

L’esquisse d’un portrait-robot de ce Dieu invisible, hors de notre monde sensible.

Mais je n’exclus pas la discussion ouverte par l’analyse des textes. Et j’admets la critique. 

 

Pour cette étude, je n’interrogerai pas les autres religions du Livre. J’omettrai le Nouveau Testament et le Coran. Sur la nature fondamentale de Dieu et sur son dessein, ils ne m’ont rien appris de plus qui n’était déjà révélé dans le Pentateuque.

Dans l’Ancien Testament[5], ouvrage de référence qui comprend quarante cinq livres que l’on peut classer, plus simplement de la manière suivante :

Le Pentateuque (5 livres : de la Genèse au Deutéronome) ;

Les Livres historiques (15 livres : de Josué aux frères Maccabées) ;

Les Hagiographies (7 livres : de Job à l’Ecclésiastique) ;

Les prophètes (18 livres : d’Isaïe à Malachie),

Je limiterai encore mon choix aux six premiers livres, c’est-à-dire les cinq livres qui composent le Pentateuque et le livre de Josué.

 

Pourquoi le livre de Josué ?

Le Pentateuque suffit pour décrire le Dieu de l’Ancien Testament. Mais le livre de Josué permet d’en préciser certaines facettes révélées à travers la conquête de la terre promise. La nature de ce Dieu, esquissée dans les livres précédents, y apparaît plus évidente, plus nette.

 

J’ai lu et commenté[6] tous les livres suivants de l’Ancien Testament. Aussi intéressants et passionnants soient-ils, ils ne m’ont rien appris de plus que les six premiers sur la nature et le comportement du Dieu. Ils ne font qu’illustrer, à travers les péripéties de l’histoire du peuple hébreu et de la vie des Juges, des rois et des Prophètes, le actes de ce Yahvé insaisissable, mais constant dans l’application du système des punitions et des récompenses, un parangon du futur paterfamilias romain intransigeant et impitoyable, passé maître dans le recours à la méthode dite « de la carotte et du bâton. » Cette règle d’application constante jalonne l’histoire ancienne du « peuple élu » ; elle permet d’analyser et de justifier les événements historiques, quand elle ne les prédit pas, mais toujours après qu’ils se sont écoulés.

 

Je me limiterai donc aux six premiers livres fondateurs Ils constituent ce que certains exégètes appellent l’Hexateuque, par homonymie avec le Pentateuque qui n’en comprend que cinq.

 

Cohérent avec cette démarche, je n’évoquerai pas les nombreux avatars historiques des trois religions dites du Livre. Conséquences de la réflexion de certains penseurs illuminés ou géniaux, ils ont marqué le cours de l’Histoire, et entraîné des schismes, des réformes, des hérésies, des déviances, des superstitions et de sectes. Qu’est-ce qu’une secte, sinon une religion embryonnaire…peut-être promise à un brillant avenir ? Qui aurait parié sur la l’avenir de la secte des judéo-chrétiens du premier siècle, il y a deux mille ans ? Ces croyances additionnelles, dérivées des dogmes principaux, ne contribuent en aucun cas à parfaire la connaissance du Dieu du Pentateuque.

 

Pour éviter toute influence des penseurs successifs auxquels je ne prétends pas me comparer, en raison de leur grande érudition, il m’a paru nécessaire de revenir aux sources. Et quelles sources ! Il s’agit de rien moins que la parole de Dieu lui-même, révélée à ses Prophètes, reconnus par les trois religions : Abraham, Isaac et Jacob, puis Moïse qui serait le dernier avec qui Dieu aurait daigné converser directement. Jésus aussi, l’un des membres de la Trinité divine, a parlé aux hommes de son temps, mais il n’était pas lui-même Dieu le père. Et d’ailleurs le Coran le classe parmi les Prophètes.

 

Voici mes sources :

Les cinq livres du Pentateuque[7] : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome[8].

Et le Livre de Josué, le conquérant de la Terre promise.

Je vais donc, avec vous, lire et analyser ces ouvrages, et lentement tracer le portrait de Dieu, tel qu’il ressort des textes sacrés.

 

Fort bien ! Répondront les critiques.

Et pourquoi cette nouvelle tentative d’interprétation d’un texte qui fut tant de fois disséqué, analysé et commenté, au cours des siècles passés, et par des esprits plus érudits et mieux informés que moi ? Tant de chercheurs lisaient dans le texte : le grec, l’hébreu et l’araméen, tant de savants éminents, ont étudié ces questions, et remis leurs avis éclairés, que parfois, je doute qu’il soit encore possible de traiter du sujet inclus dans cet ouvrage, moi qui n’appartiens pas à l’aréopage des spécialistes. Tant d’érudits, biblistes, théologiens, experts en linguistique et distingués herméneutes ont pratiqué l’exégèse des textes sacrés, tant de brillants esprits ont posé leurs regards pénétrants et qualifiés sur les manuscrits et les anciens parchemins ! Tant de brillants esprits ont réfléchi, analysé, approfondi, démontré et conclu, que je me sens gêné pour ajouter ma modeste contribution à l’édifice de leurs travaux.

 

Comment répondre ?

Faut-il que je me taise, en vertu de cette remarque émise par La Bruyère, dans la préface de son ouvrage intitulé : Les Caractères ou les mœurs de ce siècle :

« Tout est dit, et l’on vient trop tard, depuis plus de sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent [] »

 

En moins distingué et en moins élégant, je conclurai moi aussi que le travail auquel je me suis attelé est peut-être superflu, voire inutile et, puisque tout a été dit, il me reste seulement le devoir de me taire. Pour paraphraser l’Ecclésiaste qui déclarait, paroles rapportées dans la Vulgate de saint Gérôme : « Nihil novi sub sole.[9] », dois-je tourner la page, et me faire oublier.

 

Et bien non !

Tant qu’il y aura des hommes sur notre planète Terre, tant que le cerveau humain continuera de secréter cette substance immatérielle, source d’infinies controverses et disputes, que l’on appelle la pensée, leur parole s’élèvera pour exprimer leurs idées. Et dans cent ans, et dans mille ans peut-être, si l’espèce humaine n’a pas complètement disparu de notre planète qui n’offrirait plus les conditions nécessaires à sa survie, des hommes libres et passionnés continueront encore d’exposer leurs convictions et leurs idées. 

 

Si j’ose m’exprimer sur un sujet aussi délicat, sensible et fondamental que l’Ancien Testament, si j’ose tenter de comprendre la véritable nature de Dieu à travers les Écritures, j’y vois deux raisons principales :

 

- L’une stipule que le temps écoulé et le nombre considérable d’ouvrages rédigés sur le sujet ont pu reléguer dans l’oubli certaines pensées de tel ou telle qui firent autorité en leur temps. Je ne prétends pas les restituer, ni leur donner un nouveau souffle, moi qui ai lu seulement quelques rares auteurs connus, alors que beaucoup ont produit des œuvres, dont un grand nombre sommeille dans les caves des bibliothèques nationales ou vaticanes, visitées seulement par quelques docteurs et savants érudits. Mais peut-être, en prenant la parole à mon tour, vais-je faire émerger du silence séculaire, et à mon insu, d’anciennes idées que l’on avait oubliées ? Et certains, plus compétents que moi, n’hésiteront pas à me le faire remarquer. Pour cette raison, je crois qu’il est parfois nécessaire de remuer la cendre des souvenirs enfouis dans les limbes de la mémoire.

 

- L’autre raison procède de l’organisation du cerveau humain (néocortex), combinaison de plus de cent milliards de neurones, associés les uns aux autres par environ dix mille synapses chacun. A tout instant, cet organe très complexe peut sécréter une pensée nouvelle, inédite. Parmi celles que je vais énoncer, il y en a peut-être ? Ou peut-être pas ? Quoiqu’il en soit, j’aurai au moins essayé. Certains me le reprocheront. D’autres me féliciteront, je l’espère. Très peu resteront indifférents. L’important, selon moi, est de semer le grain d’où sortira, je l’espère, une approche plus humaine de nos problèmes existentiels.

 

Que nous apprend la Bible ?

De quoi nous parle cet ouvrage essentiel ?

De Dieu ?

Non !

Elle nous parle de l’homme, une créature fragile et puissante à la fois qui prétend être parvenue au sommet du cycle de l’évolution du règne animal, la seule capable d’inventer Dieu, mais pour servir quelles causes ? Nous le découvrirons en lisant les six premiers livres de l’Ancien Testament qui est pour moi l’ouvrage littéraire le plus profondément humain que les hommes ont peut-être jamais écrit.

 

- Enfin, j’avancerai un troisième argument, moins évident, mais utile, qui me pousse à écrire. Les spécialistes, docteurs « ès matières », utilisent un langage de professionnels. Ils s’adressent d’abord aux membres éminents d’une communauté restreinte, seuls capables de comprendre le contenu des travaux qui leur sont destinés, ésotériques pour le grand public. Ainsi, les livres rédigés par les maîtres de l’exégèse sont-ils souvent hors de portée de nombreuses personnes, et c’est dommage parce que la réflexion relative à l’homme et à son avenir devrait être plus largement répandue, abordée, discutée. Puissé-je, avec ce livre de vulgarisation, rédigé dans une langue ordinaire, moi le non spécialiste, parvenir à toucher le plus grand nombre !

 

Pour réaliser ce travail, j’ai choisi la Bible de Jérusalem. Elle fut traduite en français par l’école biblique de Jérusalem, fondée par le Père Lagrange, en 1890. Je ne connais pas l’hébreux ni l’araméen, et j’ignore les textes des Bibles anciennes : la Septante traduite en langue grecque par soixante-douze[10] savants réunis à Alexandrie vers l’an 270 av. J.-C., à la demande du pharaon Ptolémée II, et la Vulgate traduite en latin par saint Gérôme, puis considérée comme « authentique » en 1546 apr. J.-C., par les Pères de l’Église réunis au Concile de Trente. Je fais donc confiance au texte considéré comme un classique de référence agréé par l’Église. Sur lui, je fonderai mes commentaires et remarques. Je veux les délivrer librement et sans arrière-pensées, même si je conçois que parfois mes observations et conclusions puissent choquer certaines personnes qui répugnent à remettre en cause ce qu’elles considèrent comme établi, définitif. Au nom de la liberté de pensée, un bien précieux, chacun est libre d’exprimer ses propres analyses et opinions, libre ensuite à ses contradicteurs de les discuter et réfuter.

 

Au fur et à mesure de la lecture des premiers livres de l’Ancien Testament, je délivrerai mes commentaires, chapitre par chapitre. J’esquisserai un portrait-robot de Dieu de mes ancêtres, celui de mon enfance.

Sa connaissance repose sur plusieurs observations :

 

- D’abord la lecture directe du texte écrit. Elle ne prête lieu à aucune interprétation. Par exemple, quand je lis : « Je suis un Dieu jaloux.[11] », je conclus : Dieu est jaloux par nature. Et je retiens ce caractère dans la description psychologique de Dieu. La jalousie est donc un trait de caractère propre à ce Dieu unique.

 

- Ensuite, le comportement des hommes de la Bible. Il est directement inspiré par Dieu. Soit Dieu dicte leur conduite, soit ils se plient à la loi divine. Quand, par exemple, Jacob conçoit douze fils avec quatre femmes (ses deux épouses légitimes et leurs deux servantes), et que ces douze fils deviendront les chefs des douze tribus d’Israël, le peuple élu de Dieu, je conclus que Dieu est favorable à la polygamie.

 

- Enfin, la comparaison des récits cosmologiques et historiques au regard des connaissances actuelles des phénomènes naturels et de la vie des peuples anciens, à la lumière du développement et de l’évolution des sciences, mais aussi des très nombreuses recherches archéologiques effectuées sur l’ensemble des terres de la Palestine par des savants éminents de toutes les nations, depuis la création de l’État d’Israël, en 1847. 

 

Depuis que l’homme pense, il se pose des questions existentielles. Les principales sont exprimées dans un célèbre tableau peint par Paul Gauguin en 1897-1898 ; elles portent sur le sens à donner à notre vie.

« D’où venons nous ? Qui sommes nous ? Où allons nous ? »

 

Aussi loin que l’on puisse remonter au cours du temps, l’esprit humain a toujours tenté d’expliquer, je ne dis pas encore de comprendre, ce qui est plus difficile, les mystères de la nature. Les hommes ont essayé de donner un sens aux phénomènes observés qui les étonnaient et, souvent, les plongeaient dans la crainte et l’angoisse métaphysique :

L’alternance du jour et de la nuit ;

Les cycles du soleil et la lune ;

Le retour des saisons ;

Les manifestations météorologiques : pluie, neige, grêle, orages, vents, tempêtes, etc.

Les séismes et les éruptions volcaniques ;

Les mouvements de la mer : vagues, marées, courants, tourbillons et raz-de-marée ;

Et ceux de l’atmosphère : vents, cyclones et tornades ;

Les catastrophes naturelles : inondations, incendies, sécheresses, froids intenses, nuages de sauterelles, épizooties dévastatrices des troupeaux et autres cataclysmes ;

Le cycle de l’eau qui tombe du ciel ou jaillit des profondeurs de la terre ;

Les guerres, les famines, les maladies et les épidémies ;

La naissance (dans la douleur) et la mort ;

Le devenir de l’homme.

 

Les croyances aux génies, aux esprits, aux divinités ou à un Dieu unique furent des moyens originaux imaginés par nos ancêtres pour tenter de résoudre ces angoissantes questions. Pratiques ? Sans doute. Efficaces ? Cela reste à prouver. Encore faut-il en être convaincu. Avoir la foi. Certains hommes croient en Dieu et d’autres non. Toute une gamme de convictions s’est développée, qui traduit la complexité de la pensée humaine. Elles vont de la foi ardente du « charbonnier », du mystique ou du saint, lui-même parfois habité par le doute, jusqu’à l’agnosticisme et l’athéisme, en passant par l’indifférence. Selon Catherine Clément, auteur du Dictionnaire amoureux des Dieux et des Déesses, des millions de religions cohabitent aujourd’hui encore sur notre planète, et de nouvelles continuent de naître.

 

Je ne répondrai pas directement à la question de l’existence ou de la non existence de Dieu. Indémontrable, elle dépasse mes compétences. J’évoquerai seulement les anomalies du comportement des croyants. L’Histoire regorge d’exemples lamentables où les hommes ont perpétré des massacres et des horreurs, au nom de leur Dieu de justice et de concorde : conquêtes, guerres saintes, djihads par l’épée, croisades, guerres de religions, inquisition, exterminations et génocides. La foi n’a jamais empêché les hommes de se conduire d’une manière contradictoire avec l’enseignement donné par un Dieu supposé infiniment bon, juste, clément et miséricordieux. Idéalement humain, en somme, comme nous devrions l’être. Mais est-ce bien ce Dieu que nous décrit la Bible ? Nous le découvrirons au fur et à mesure de notre lecture.

 

Dois-je poser la question de l’existence de Dieu, ou ne pas la poser ?

Patience !

La réponse viendra d’elle-même après la lecture critique des textes dits sacrés.

Et en quoi consistera cette critique ?

Simplement, j’appliquerai ma réflexion d’honnête homme, je pense, sur ces textes qui, pendant près de trois mille ans, ont guidé - et guident encore, souvent à notre insu - une partie de l’humanité dans les voies imprévisibles du Seigneur. Sans parti pris. Raisonnablement. Et à la lecture des principaux textes fondateurs des trois religions du Livre. 

 

Lentement, au fil des lignes, je tracerai le portrait-robot de ce Dieu que nous ont légué les Hébreux. J’essaierai de comprendre la psychologie qui l’anime et ses traits de caractère dévoilés par la parole, le comportement et les actes de ce démiurge qui intervenait constamment dans les affaires humaines, en des temps révolus.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Secundum scripturas[12]

 

 

Comment articuler et conduire le débat ?

Ouvrons le Livre fondateur des trois religions, juive, chrétienne et musulmane : l’Ancien Testament !

Et plus particulièrement le Pentateuque.

Pour des millions d’individus, cet ouvrage majeur, littéraire, poétique et profondément humain, a longtemps prétendu, et prétend encore - pour certains croyants -, dire l’histoire et la science universelle. Alpha et oméga de toutes les connaissances, Dieu est censé répondre à toutes les questions fondamentales que nous pouvons nous poser. Fort bien ! Mais pour comprendre, et tirer le meilleur parti de l’enseignement révélé par Dieu lui-même, encore convenait-il d’avoir été formé, initié aux subtilités des Écritures, faute de quoi, un lecteur non préparé n’y eût pas trouvé les nourritures souhaitables ; peut-être même aurait-il mal interprété et déformé la divine parole. C’est pourquoi, longtemps, l’Église a interdit la lecture de la Sainte Bible aux laïcs, réservant aux seuls initiés, les clercs d’obédience reconnue, l’interprétation des textes censés contenir la divine parole. Le vulgum pecus devait donc se contenter des leçons du catéchisme, un condensé du divin enseignement, une version édulcorée et expurgée des textes sacrés, le fruit du travail des penseurs de l’Église, approuvé par les pères conciliaires. Mais à partir du XVè siècle, grâce au développement fulgurant de l’imprimerie, les clercs n’ont pas pu empêcher sa diffusion aux lettrés et aux savants. Dès lors, et au cours des siècles suivants, des esprits forts en ont tiré des conclusions parfois contraires aux dogmes établis, débouchant sur les protestantismes, l’agnosticisme et l’athéisme.

De nos jours, nous pouvons tous lire librement l’Ancien Testament.

 

Alors, lisons, chaque livre, chapitre par chapitre, et interrogeons nous !

Essayons de comprendre ! Commentons cet enseignement à la lumière de notre raison ! Confrontons son contenu avec l’histoire, la philologie, l’archéologie et les sciences physiques et humaines, disciplines qui, depuis près de deux cents ans, ont fait un bond considérable et amélioré notre connaissance des phénomènes naturels, physiologiques et psychologiques ! Et je n’oublierai pas l’éthique.

 

Puis opérons un tri ! Séparons le bon grain de l’ivraie !

Demandons nous quelle vision de l’homme nous pouvons entrevoir, après l’examen des textes anciens confrontés à la lumière de nos connaissances actuelles et à l’exercice de notre esprit critique[13]. La science progresse. Elle évolue. Elle remet en cause ses théories fondatrices, au fur et à mesure des nouvelles découvertes et connaissances. De même il me paraît souhaitable d’appliquer un schéma analogue au dogme ancien, paroles figées depuis plus de trois mille ans. C’est pourquoi j’essaierai de dresser le portrait de ce Dieu tout puissant, directement esquissé à partir des textes reconnus.

Mais aussi, quel destin proposer à l’homme ?

 

Pour commencer, je lirai, et je commenterai, chapitre par chapitre, chaque livre du Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome. Pour les croyants de confession israélite, cet ensemble constitue la Torah ou la Loi de Moïse. Ensuite, je continuerai avec le livre de Josué.

Mais avant d’entreprendre la lecture des livres considérés canoniques par les Pères de l’Église, puis d’exprimer quelques idées et commentaires inspirés par le texte, je tiens à préciser au lecteur que je ne suis pas un spécialiste des nombreuses disciplines que mes propos vont effleurer au cours de cet ouvrage : théologie, exégèse, herméneutique, philologie, sociologie, psychologie, psychanalyse, paléontologie, zoologie, anthropologie, ethnologie, histoire, géographie, géologie, climatologie, astronomie, cosmologie, etc., y compris les nombreuses sciences naturelles, physiques et chimiques. J’exclus de mes propos les sciences dites occultes ; j’estime qu’elles sont à tort appelées sciences, puisqu’elles ne remettent jamais en cause le contenu de leurs théories à l’aune de l’expérience et de l’évolution des connaissances, ni ne se prêtent à la critique rationnelle fondée, ni n’acceptent le verdict des contrôles. Il suffit, par exemple, de consulter dix horoscopes différents établis le même jour sur un même sujet, ou de soumettre la même recherche à plusieurs radiesthésistes pour se convaincre du caractère fantaisiste de leurs disciplines.

 

Enfin, il convient de nous méfier des impressions fondées sur ce que nous convenons d’appeler le bon sens. Voulez-vous des exemples ? Le bon sens nous fait croire que le soleil et les étoiles tournent autour de la terre, ou que la terre est plate et immobile. Pure illusion des sens ! Nous savons maintenant que tout cela est faux. Ce cher bon sens nous apprend que le temps s’écoule de manière continue du passé vers l’avenir. Pourtant, il n’est pas le repère absolu que nous croyons, et sur lequel les anciens avaient bâti la mécanique classique galiléenne puis newtonienne. Einstein a démontré[14] que le paramètre temps[15] dépend de la matière et du mouvement. Sans la matière ni le mouvement, nous ne pourrions pas définir la durée qui caractérise le temps, et encore moins la mesurer avec précision. De même des objets nous paraissent continus et solides, mais en réalité, ils sont le siège, dans leur structure physique profonde, de mouvements incessants des particules élémentaires constitutives des atomes qui les composent. Cela, bien entendu, les érudits de l’antiquité ne le savaient pas. Ils ne pouvaient pas le savoir parce qu’ils n’avaient aucun instrument de mesures fines qui équipent nos laboratoires. Nos sens nous montrent seulement l’apparence des choses.

Alors, soyons modestes !

 

Confiants dans la parole écrite très ancienne, beaucoup d’esprits, et encore de nos jours, admettent le contenu biblique sans en changer un iota. C’est l’interprétation littérale, le pshat  des Hébreux. Et je comprends que les réflexions que je vais exposer à mesure que j’ouvrirai, lirai, et commenterai les Livres sacrés pourront surprendre, et peut-être choquer certains esprits attachés à la lettre du texte, croyants de bonne foi que, naturellement, je suppose tolérants avec l’esprit ouvert. Mais là n’est pas mon propos. Je ne recherche pas l’offense, mais la réflexion et la libre discussion. J’estime que le lecteur est une personne sensée et raisonnable, apte à réfléchir, et capable de réviser ses idées et convictions avec le recul nécessaire. Un sage, en somme. Et modeste aussi. Et il faut beaucoup de modestie pour aborder ces textes très anciens, fruits de la pensée des hommes d’autrefois qui vivaient à une époque de très grande ignorance. Leur interprétation du monde, en raison de cette ignorance même, les conduisait dans une voie étroite dont nous avons encore du mal à nous dégager. En ces temps-là, pour convaincre leurs publics, les maîtres à penser appliquaient avec une veine consommée, des procédés propres à la psychologie des foules. Souvent les esprits libres, qui osaient remettre en cause la pensée officielle, étaient condamnés à mort, et leurs œuvres détruites. 

 

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet !

Ouvrons le premier des livres de l’Ancien Testament, la Genèse.

Bien entendu, les citations extraites au fur et à mesure de la lecture seront repérées de la manière classique, selon le code standard universellement admis :

- Nom du Livre : (Gn) pour Genèse, (Ex) pour Exode, (Lv) pour Lévitique, (Nb) pour Nombres, (Dt) pour Deutéronome et (Jos) pour le Livre de Josué.

- Numéro du chapitre ;

- Numéro du verset ;

Ainsi le verset 6 du chapitre 3 du livre de l’Exode sera noté : (Ex 3, 6)

 

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2 - GENESE

(Premier livre du Pentateuque)

 


 

La Genèse est le premier des cinq livres qui composent le Pentateuque ou Torah, la « loi », pour les croyants de confession judaïque.

Au commencement, Dieu crée le monde ex nihilo, puis l’homme et la femme. Mais le premier couple désobéit aux instructions de son Dieu tout-puissant qui les expulse du paradis terrestre. Le livre enchaîne ensuite sur la difficile implantation des hommes sur la Terre. Leur comportement déplait à Dieu qui décide de les éliminer par le déluge. Tous, sauf Noé, homme sage et juste. Plus tard, Yahvé Dieu conclut un pacte d’alliance avec le Patriarche Abraham ; il lui promet une terre. Puis il renouvelle ce pacte et cette promesse à ses descendants, Isaac, puis Jacob (devenu Israël par la volonté de Yahvé). Les douze fils de Jacob (Israël) deviennent les chefs des douze tribus d’Israël ; leurs descendants occuperont, plus tard, « tout le pays de Canaan et à perpétuité » (Gn 17,8), selon la promesse faite par Yahvé d’octroyer une « terre promise » au « peuple élu. » Le Livre continue avec l’histoire de Joseph, homme sage et remarquable. Il se termine par la mort de Jacob (Israël) et de son fils Joseph, en Egypte.

 

Les principaux chapitres sont ;

La création et la chute (Gn 1-6) ;

Le déluge (Gn 6-8) ;

Du déluge à Abraham (Gn 9-11) ;

Histoire d’Abraham (Gn 12-25) ;

Histoire d’Isaac et de Jacob (Gn 25-36) ;

Histoire de Joseph (Gn 37-50).

 

Je compléterai chaque chapitre par un commentaire fondé sur des considérations historiques, archéologiques, scientifiques, théologiques et éthiques.

 

Je ne mentionnerai pas l’intégralité du texte sacré. Je me contenterai simplement des citations qui m’ont parues essentielles pour mieux appréhender la nature de Dieu. Parfois, je résumerai certains passages, mais en conservant, je l’espère, la teneur et l’esprit du discours testamentaire.

 

Et que nous expose la Genèse ?


 

 

1)- La création et la chute (Gn 1à 5)

 

 

Ce chapitre comprend deux récits :

 

Premier récit de la création :

 

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, l’esprit de Dieu planait sur les eaux. » (Gn 1, 1)

 

« Dieu dit : "Que la lumière soit !" Et la lumière fut […] Et Dieu sépara la lumière et les ténèbres. Il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour. » (Gn 1, 3 à 5)

 

« Dieu dit : "Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux !"[…] Et Dieu appela le firmament ″ciel ″. Il y eut un soir et il y eut un matin : deuxième jour. » (Gn 1, 6 à 8)

 

« Dieu dit : "Que les eaux qui sont sous le ciel s’amassent en une seule masse et apparaisse le continent !". […] Dieu appela le continent "terre" et la masse des eaux "mer". » (Gn 1, 9 à 10)

 

« Dieu dit : "Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre des fruits contenant leur semence !" » (Gn 1, 11)

« Il y eut un soir et il y eut un matin : troisième jour. » (Gn 1, 13)

 

« Dieu dit : " Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour et la nuit ! " […] Dieu fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour et le petit luminaire comme puissance de la nuit, et les étoiles. Ainsi naquirent le soleil, la lune et les étoiles. Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre. »

« Il y eut un soir et il y eut un matin : quatrième jour. » (Gn 1, 14 à 19)

 

« Dieu dit : " Que les eaux grouillent d’un grouillement d’êtres vivants et que les oiseaux volent au-dessus de la terre, contre le firmament du ciel !" » […] Dieu créa les grands serpents de mer et tous les êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce, et toute la gens ailée selon son espèce. […]Dieu les bénit et dit : "Soyez féconds, multipliez, emplissez l’eau des mers et que les oiseaux multiplient sur la terre." Il y eut un soir et il y eut un matin : cinquième jour. » (Gn 1, 20 à 23)

 

« Dieu dit : " Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages, selon leur espèce ! " Et il en fut ainsi. » (Gn 1, 24)

 

Au sixième jour, l’homme apparaît :

 

« Dieu dit : "Faisons l’homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre. !"» (Gn 1, 26)

« Dieu créa l’homme à son image,

A l’image de Dieu il le créa,

Homme et femme il les créa. » (Gn 1, 27)

 

« Dieu les bénit et leur dit : " Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez la ; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre !" » (Gn 1, 28)

« […] Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. » (Gn 1, 31)

 

« Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait alors chômé après tout son ouvrage de création. » (Gn 2, 2 et 3)

 

« Telle fut la Genèse du ciel et de la terre, quand ils furent créés. » (Gn 2, 4)

 

Second récit de la création :

 

Au début,

« Il n’y avait sur la terre aucun arbuste des champs, aucune herbe des champs, car Yahvé Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre, et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. » (Gn 2, 5)

« Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Gn 2, 7)

 

Dieu installe Adam au jardin d’Eden, un territoire paradisiaque et idéal d’où sort un fleuve à quatre bras, dont le troisième et le quatrième se nomment respectivement le Tigre et l’Euphrate.

« Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. […] » (Gn 2, 8 à 9)

« Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : ″ Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement.″ » (Gn 2, 16 à 17)

 

Puis Yahvé Dieu modela une aide pour servir l’homme.

« Yahvé Dieu dit : ″ Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie.″ » (Gn 2, 18)

« Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme qui s’endormit. Il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme, et l’amena à l’homme. Alors, celui-ci s’écria : ″A ce coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !(Gn 2, 21 à 23)

«  Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre. » (Gn 2, 25)

 

Puis vient :

 

La chute. (Gn 3)

 

Le serpent, « le plus rusé de tous les animaux des champs » (Gn 3,1), aborde la femme, et il lui propose de manger du fruit de l’arbre défendu (ce qui est interdit par Yahvé sous peine de mort), mais il lui fait croire :

« Vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux qui connaissent le bien et le mal. » (Gn 3,5)

Eve succombe à la tentation ; elle goûte au fruit défendu, puis elle en offre à son époux qui en mange lui aussi.

« Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus (Gn 3,7) [...] Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et la femme se cachèrent devant Yahvé Dieu, parmi les arbres du jardin. » (Gn 3,8)

 

L’homme confus reconnaît sa faute. Il dénonce la femme tentatrice, séduite par le serpent. Et Dieu punit successivement :

Le serpent :

« Maudis sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et mangeras de la terre. » (Gn 3,14)

Puis la femme :

« Je multiplierai les peines de tes grossesses. Dans la peine tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » (Gn 3,16)

Et enfin l’homme :

« Maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistances, tous les jours de ta vie ! Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs ! A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré, car tu es glaise et tu retourneras à la glaise ! » (Gn 3, 17 à 19)  

« L’homme appela sa femme Eve, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » (Gn 3,20)

Yahvé Dieu condamne l’homme à devenir mortel.

Et « […] le renvoya du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. » (Gn 3,23)

 

Caïn et Abel (Gn 4, 1 à 19)

 

Ainsi commence le début de la filiation humaine :

« L’homme connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn […] Elle donna aussi le jour à Abel, frère de Caïn. Or Abel devint pasteur de petit bétail et Caïn cultivait le sol. » (Gn 4, 1 et 2)

« […] il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé, et qu’Abel, de son coté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. » (Gn 4, 3 et 4)

« Or Yahvé agréa Abel et son offrande. » (Gn 4, 4)

« Mais il n’agréa pas Caïn et son offrande, et Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu. » (Gn 4, 5)

Parce que Yahvé Dieu agrée les offrandes de son frère Abel plus que les siennes, Caïn devient jaloux. Il invite son frère en pleine campagne, se jette sur lui, et le tue.

« Caïn dit à son frère Abel :Allons dehors !", et comme ils étaient en pleine campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. » (Gn 4, 8)

 

Aussitôt, Yahvé chasse le fratricide des terres fertiles. Il le condamne à l’errance :

« Tu seras un errant parcourant la terre. » (Gn 4, 12) Mais il le protège contre les éventuels vengeurs du sang. Il met un signe sur Caïn afin que le premier venu ne le frappe point :

« Aussi bien si quelqu'un tue Caïn, on le vengera sept fois. » (Gn 4, 15)

 

La descendance de Caïn (Gn 4, 17 à 24)

 

« Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénok. » (Gn 4, 17)

 « A Hénok naquit Irad, et Irad engendra Mehuyaël, et Muhuyaël engendra Metushaël, et Metushaël engendra Lamek. Lamek prit deux femmes. » (Gn 4, 18)

L’énumération se poursuit jusqu’à la septième génération depuis Adam et Eve ?

Lamek annonce à ses femmes Adda et Cilla :

« […] J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek septante-sept fois. » (Gn 4, 23 et 24)

 

Les patriarches avant le déluge (Gn 5)

 

« Quand Adam eut cent trente ans, il engendra un fils à sa ressemblance, comme son image, et il lui donna le nom de Seth. » (Gn 5, 3)

« Le temps que vécut Adam après la naissance de Seth fut de huit cents ans et il engendra des fils et des filles. » (Gn 5, 4)

« Toute la durée de la vie d’Adam fut de neuf cent trente ans, puis il mourut. » (Gn 5, 5)

 

A cent cinq ans, Seth engendra Enosh qui vécut huit cent sept ans, etc. jusqu’à Mathusalem, à travers Qénân, Mahalaléel, Yéred et Hénok, son père direct.

 

Quand naquit Mathusalem, le fils de Hénok, Adam, son aïeul à la septième génération, avait six cent quatre vingt sept ans. Mathusalem vécut jusqu’à l’âge de neuf cent soixante-neuf ans.

« Quand Mathusalem eut cent quatre-vingt-sept ans, il engendra Lamek. » (Gn 5, 25)

« Quand Lamek eut cent quatre-vingt deux ans, il engendra un fils. » (Gn 5, 28)

« Il lui donna le nom de Noé […]. » (Gn 5, 29)

 

Fils de Dieu et filles des hommes (Gn 6)

 

Quand Noé vint au monde, mil cinquante six années s’étaient écoulées depuis la création du monde par Yahvé Dieu. Adam était mort depuis cent vingt six ans.

« Quand Noé eut atteint cinq cents ans, il engendra Sem, Cham et Japhet. » (Gn 5, 32)

Les hommes commencent d’être nombreux sur la terre, et des filles leur naissent. Alors Yahvé Dieu dit :

« […] sa vie (de l’homme) ne sera que de cent vingt ans ». (Gn 6, 3)

 

 

Commentaires sur le chapitre 1 : la création et la chute

 

 

Cette cosmogonie simplifiée et simpliste, dont je rapporte les éléments principaux car je ne peux pas reproduire tout le livre de la Genèse dans ce bref ouvrage, expédie en quelques lignes des sujets aussi complexes que la création de l’univers, la constitution du système solaire, l’émergence de la vie sur la Terre et la lente évolution des espèces, y compris l’espèce humaine, ce qui soulève maints problèmes.

Et d’abord, posons-nous cette question : Que faisait Yahvé Dieu, avant la Création ?

S’ennuyait-il, seul, au milieu du néant ?

Sur l’échelle de l’éternité, où se situe le point initial où s’élabore la matière d’où sortira la vie, puis l’intelligence ?

Y avait-il un Dieu au milieu du néant ? Un pur esprit, alors ? Et qui peut définir ce que c’est qu’un pur esprit ? Et comment peut-on concevoir l’esprit sans la matière, support indispensable à toute pensée ?

Ou alors, Dieu était-il une créature immatérielle ? Est-ce concevable ?

A ces questions, de pure spéculation intellectuelle, personne ne peut apporter de réponses, et nous pouvons disserter à l’infini, sauf à considérer qu’elles sont les produits de l’imagination humaine. Alors, passons !

 

Qu’avons-nous appris sur ce formidable architecte créateur dénommé Dieu ?

Il parle aux premiers hommes. Il marche, et on entend son pas quand il se promène dans le jardin d’Eden, à la brise du jour. Dieu possède donc un organe vocal et un organe locomoteur. Puisqu’il a conçu l’homme à son image, on peut donc admettre qu’il possède des cordes vocales et des jambes. Il nous ressemble, trait pour trait : « Dieu créa l’homme à son image […]. » (Gn 1, 27)

Il commande aux animaux, et aux humains, mais ceux-ci lui désobéissent. Or Dieu n’admet pas qu’on lui désobéisse, alors, il sévit. Dieu est intransigeant et sévère. 

 

Dieu crée l’univers en six jours, à partir du néant.

Mais comment définir le jour dans le néant avant que le soleil et la terre ne soient créés ?

L’eau précédait la création puisque : « l’esprit de Dieu planait sur les eaux. » (Gn 1,2) D’où provenait cette eau, puisqu’il n’y avait rien avant la création ?

Le premier jour, Dieu crée la lumière, avec le matin et le soir.

Le deuxième jour, il crée le firmament qu’il appele : « ciel ».

Le quatrième jour, seulement, il fait « deux luminaires majeurs » : le soleil et la lune, que le livre nomme : le grand comme puissance du jour et le petit comme puissance de la nuit (Gn 1,16), et les étoiles. Comment la lumière et l’ombre (le jour et la nuit) pouvaient alterner, pendant les trois premiers jours, en l’absence du soleil et de la lune, sur une terre immobile ?

La « verdure » (Gn 1,12) apparaît avant le soleil, ce qui est physiquement impossible, quand on connaît l’influence de la lumière et de la chaleur solaires responsables de la photosynthèse de la chlorophylle, substance indispensable à toute vie végétale ?

 

Cette entrée en matière confuse est entachée d’erreurs grossières. La description cosmogonique donnée par la Genèse est aberrante. Elle contredit les lois de la nature, lois supposées, cela va de soi, conçues par Dieu lui-même.

 

A partir de la création d’Adam, et en descendant la généalogie biblique, qui regorge de détails impossibles à vérifier, certains défenseurs de la Bible ont estimé l’âge de la Terre. Ainsi, fondant ses estimation sur les textes de l’Ancien Testament, James Ussher, un archevêque primat d’Irlande au XVIIè siècle, a calculé la date précise que Dieu a créé la terre et le Ciel, le 22 octobre de l’an 4004 avant J.C., à 8 heures du soir[16].

Sur cette chronologie fantaisiste, Jean Delhumeau[17] rappelle que cent sept auteurs ont, entre le XVIè et le XVIIè siècle, proposé un millésime pour l’année de la création de l’univers. Ces dates s’échelonnent entre 3928 et 4051 av. J.-C., soit une fourchette de temps de 123 années. L’Église confirme que ces livres « ont été écrits sous l’inspiration du Saint Esprit et ont donc Dieu pour auteur »[18]. Soutenant la même idée, mais d’une manière plus subtile, Jean Paul II et Benoît XVI réfutent le fait que l’homme soit « le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution[19]. » Au XXIè siècle ; cette thèse continue d’être défendue et enseignée par certains milieux créationnistes qui comprennent plusieurs dizaines de millions de membres, répartis en de multiples courants sectaires. Tous mènent une lutte acharnée pour imposer leurs « vérités » et dogmes.

 

Que répondre à ces assertions ?

A l’époque de la prétendue création du monde selon la Genèse, des peuples civilisés vivaient déjà : en Egypte (l’antique civilisation Kernet), en Mésopotamie (Sumer avec les cités-Etat : Ur et Uruk, l’endroit même où la Genèse situe le paradis terrestre) et en Asie (on cultivait le riz en Chine, 5000 ans av. J.-C.).

4000 ans av. J.-C., l’homme avait déjà conquis tous les continents.

 

Les techniques modernes, relatives et absolues, de datation du passé ont permis de déterminer l’âge de la planète Terre ; il avoisine quatre milliards et demi d’années. Cette valeur est infiniment plus grande que les allégations bibliques qui firent autorité pendant trois millénaires, et le font encore de nos jours dans certains milieux intégristes. Nous pourrions en sourire, sauf que, par le passé, des personnes éminentes et savantes furent inquiétées, torturées ou tuées, comme Giordano Bruno brûlé vif en l’an 1600, pour avoir contesté les dogmes établis par l’Eglise. Peu après, le savant Galilée, connut les foudres de la Sainte Inquisition. Il dut abjurer les thèses qu’il soutenait, fondées sur ses nombreuses expériences et observations, parce qu’elles allaient à l’encontre des idées scolastiques défendues par les Pères de l’Eglise. Un autre exemple plus proche de nous, au XIXè siècle, Jean François Champollion, le premier traducteur des hiéroglyphes, découvre en Egypte des écrits antérieurs à la « Création » selon la Bible. Osera-t-il les révéler ? Non ! Prudent, il se tait. Il craint les foudres de la toute puissante Eglise, et risque de perdre sa chaire professorale.

C’est à partir de telles croyances erronées que les sectes fondamentalistes, très dynamiques de nos jours, défenseurs acharnés de l’infaillibilité biblique, comme le mouvement Jeune-Terre pour qui, la Bible, le Coran et la Torah sont des livres incontestables et intemporels, refusent de remettre en question cette chronologie fantaisiste, et continuent de dater la naissance du monde, vers l’an 4000 av. J.-C. 

 

Comment, au XXIè siècle, des hommes cultivés peuvent-ils encore accorder confiance aux premiers textes génésiaques, alors que le développement des connaissances : astronomie, astrophysique, géologie, paléontologie, archéologie ont permis d’estimer l’âge de l’univers à environ quinze milliards de nos années terrestres ?

- Et celui de la planète Terre : quatre milliards et demi environ ;

- Et l’apparition de la vie sur la terre : entre trois et quatre milliards (bactéries) ;

- Et l’arrivée des premiers hominidés (Lucy, autralopithecus afarensis) : trois millions cinq cent mille ans ;

- Et la séparation des genres homo abilis et erectus, il y a environ deux millions d’années ;

- Et la maîtrise du feu : cinq cent mille ans ;

- Puis la mutation de l’homo erectus vers l’homo sapiens sapiens, il y a environ cinquante mille ans.

 

Nous savons aussi, maintenant, que le berceau de l’humanité se situait non pas en Mésopotamie, entre le Tigre et l’Euphrate (Irak actuel), comme le prétend la Genèse, mais dans le grand Rift africain, ce qui implique sans doute que nos premiers ancêtres avaient la peau noire. 

 

Adam et Eve, créés adultes par Dieu, n’ont pas connu la gestation maternelle foetale. Quel âge avaient-ils quand ils vinrent au monde ? Etaient-ils déjà pubères et aptes à procréer ? A ces questions, la Genèse n’apporte aucune réponse. Est-ce bien nécessaire ? Non ! Puisque Yahvé Dieu nous réserve des mystères que notre intelligence limitée ne peut pas comprendre.

 

Sur l’évolution et sur la filiation des espèces vivantes, depuis les organismes les plus simples jusqu’à l’homme, il n’y a plus guère de doute en ce qui concerne les grandes lignes. Tous les êtres vivants ont un patrimoine génétique commun, mis en évidence par la comparaison de l’ADN[20] des différentes espèces. Même si la découverte de certains maillons manquants, missing links, reste encore à venir, même si les mécanismes de la disparition de certaines espèces ou de l’avènement d’autres par l’effet des mutations génétiques ne sont pas complètement élucidés, les progrès de la connaissance combleront peu à peu nos lacunes.

 

Déjà Origène d’Alexandrie, un Père de l’Église (IIIè siècle apr. J.-C.), saint Augustin d’Hippone (IVè et Vè siècle apr. J.-C.), Thomas d’Aquin (XIIIè siècle apr. J.-C.), le père Mersenne, Galilée, Descartes et d’autres penseurs éminents comme Teilhard de Chardin, ont émis des doutes sur l’interprétation littérale de la Genèse. Ils ont essayé de lui donner un sens plus allégorique, mais ils n’ont jamais remis en cause le caractère divin du message soi-disant délivré par Yahvé Dieu. Même de nos jours, si l’on excepte les intégristes et les fondamentalistes traditionalistes de toutes les religions, les tenants du créationnisme continuent de tenter l’impossible synthèse du texte de la Genèse avec les connaissances acquises et les découvertes scientifiques les plus récentes. Ils mènent un combat désespéré contre les théories modernes étayées par l’expérience, en matière de cosmogonie, géologie, paléontologie, génétique et évolution des espèces vivantes. Parfois, ils les réfutent.

 

Chaque individu est libre de croire ou de ne pas croire. Il peut avoir la foi ou être agnostique ou athée. Je le conçois. Et je l’accepte. Chacun est libre de penser comme il l’entend. Là n’est pas mon propos. L’essentiel, réside dans l’influence du contenu du Livre, directe au début sur des peuples ignorants, mais qui s’exerce encore de nos jours sur de nombreux esprits, même cultivés et éclairés, et le plus souvent d’une manière indirecte, plus ou moins subtile, par ses manifestations obscures à caractère psychanalytique qui conditionnent le comportement de beaucoup d’hommes.

 

Comment expliquer la rémanence des croyances aux thèses de la Genèse biblique ?

Manque d’esprit critique ? Pouvoir du rêve ? Pression de l’enseignement religieux ?  Besoin d’appartenace à une communauté ? Prosélytisme ? Manque de confiance en soi, qui oblige certains humains à rechercher, dans la parole des confesseurs et dans la foi qui rassure, un remède aux angoisses métaphysiques et à la peur de la mort ? Imprégnation des cerveaux que les prédicateurs, propagateurs du dogme, ont alimentés dès la plus tendre enfance ? Conditionnement et manipulation mentale ! Influence du catéchisme et des enseignements religieux sur des esprits malléables ! Combien de parents, de bonne foi, souvent, combien de prêtres zélés, croyants sincères ou hypocrites, attachés à la survie de leur religion, chapelle ou secte, abusent les esprits réceptifs !

Pouvoir hypnotique et suggestif de la pompe et du cérémonial ?

 

La force de l’émotion est le moteur principal de toute croyance.

 

Certains pères de l’Église conseillent aux lecteurs de la Bible de ne pas s’attacher au sens littéral des textes, mais de les interpréter comme un enseignement révélé par Dieu, bien sûr, un pur message d’humanité, hors de tout contexte historique, scientifique et matériel. Cette démarche semble logique, maintenant que les connaissances acquises par les hommes ont depuis longtemps démontré les erreurs de la Genèse.

Mais alors, ne serait-il pas plus simple et plus raisonnable de reconnaître que la Bible est une construction humaine, et que le Dieu Yahvé est une invention des hommes ? Une construction élaborée dans quel but ? Cela apparaîtra au cours de la lecture du Lévitique et des Nombres. Et laisser ensuite les personnes libres de croire ou ne pas croire.

 

En ce qui me concerne, je n’entrerai pas dans ce genre de débat où chacun campe sur ses convictions, et continue de rechercher des arguments, plus ou moins spécieux, pour défendre des thèses auxquelles il croit peut-être, ou il s’accroche désespérément pour ne pas sombrer.

 

Sommes-nous en présence d’un récit légendaire, un mythe avec ses contradictions fabuleuses, pour ne pas dire mensongères, ce qui serait plus proche de la vérité ? On pourrait l’envisager ainsi. Je ne le crois pas. Au départ, la Genèse représentait la synthèse des connaissances et de l’histoire humaine ou plutôt des croyances erronées censées fonder la connaissance à cette époque. L’homme émergeait lentement de la nuit des temps préhistoriques. Il ne cherchait pas à comprendre les phénomènes naturels, il les interprétait selon ses intuitions et croyances. Il leur donnait un sens. Pour construire sa propre cosmogonie, il inventait des êtres surnaturels doués de pouvoirs fantastiques : dieux (et déesses), les génies, démons et anges, avatars fabuleux, créatures nées de son imagination,  et douées de facultés supérieures.

Une preuve de la force de ces croyances : au cours de leur formidable expédition, les soldats macédoniens et grecs qui, avec Alexandre III de Macédoine (dit le Grand), conquirent l’Asie mineure et l’Egypte entre 335 et 323 av. J.-C., crurent vraiment découvrir ces lieux mythiques dans lesquels leurs Dieux et leurs Héros avaient accompli des exploits légendaires. Alexandre lui-même en était convaincu. Il fit le pèlerinage jusqu’à l’oasis égyptienne d’Amon (à la frontière de la Libye actuelle), et il se vit confirmer futur maître du monde, apothéose d’une pensée magique obsessionnelle qui tourmentait son âme ardente.

 

Ensuite, le polythéisme ouvrit la voie à l’hénothéisme : un dieu magistral dominait tous les autres. Un Dieu des dieux, en somme. Enfin, toutes ces créatures mythiques tombèrent dans la trappe du monothéisme. Eliminées ? Pas tout à fait, puisque l’on retrouvera des anges, des archanges et des saints dans l’Église catholique. Et des démons aussi, anges déchus, nombreux et différenciés : Satan, Lucifer, Asmodée, Belzébuth, etc.

 

L’explication erronée et simpliste - au regard des connaissances actuelles -, de la cosmogonie présentée par la Genèse convenait sans doute aux hommes qui vivaient il y a trois ou quatre mille ans. Dieu, souverain démiurge, constituait un argument facile pour convaincre les ignorants, et les maintenir sous la dépendance des initiés et des prêtres. Interdiction de goûter au fruit défendu, celui de l’arbre de la Connaissance ! « […] car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. » (Gn 2, 17) Ce commandement exigeait le maintien dans l’ignorance de l’ensemble du peuple, sous peine de mort, la mort en ce jardin d’Eden. Et pour aller où ? Et pour devenir quoi ? Le Genèse ne le dit pas. Ainsi, pendant plusieurs millénaires, la caste cléricale assura une domination absolue sur un peuple asservi et ignorant. Pour sauver les apparences, et faire régner l’harmonie au sein du peuple élu ? Sans doute ! Mais d’abord pour conserver le pouvoir absolu, on prétend qu’il émane de Dieu. Seuls les prêtres, présumés initiés, détenaient le savoir et le pouvoir, les deux principales composantes de la domination. En France, longtemps, nos rois prétendirent que leur règne était de droit divin.

 

La cosmologie de la Genèse ne résiste pas à la critique ; elle renferment trop d’erreurs. Cette remarque me conduit à envisager deux réflexions :

- Soit Dieu n’est pas omnipotent ni infaillible ;

- Soit la rédaction de la Genèse n’a pas été inspirée par Dieu.

 

Dans la première hypothèse, je suis conduit à penser que ce Dieu n’est qu’un petit dieu parmi tant d’autres, une créature imaginaire inventée par des hommes qui, en raison des connaissances réduites qu’ils possédaient voilà trois mille ans, lui ont fait commettre les erreurs magistrales que l’on connaît. A qui m’objecterait qu’il ne faut pas prendre le texte à la lettre, mais qu’il convient de l’interpréter dans une optique bienveillante, pour n’en retenir que l’esprit, compte tenu de nos connaissances actuelles, je répondrai que ce mensonge fut pourtant enseigné aux croyants pendant plusieurs millénaires. Pourquoi le démiurge créateur de Tout n’a-t-il pas fait corriger ses épreuves avant de les diffuser ?

 

Dans la seconde hypothèse, si Dieu n’a pas inspiré (ou dicté) ce livre, qui d’autre l’a fait ? Sous quelle impulsion ? Et dans quel but ? Nous le découvrirons au fur et à mesure de la lecture des livres qui composent le Pentateuque. Mais, alors, je suis contraint d’admettre que, si Dieu n’est pas l’auteur, direct ou indirect, des premières pages de la Genèse, ce constat laisse mal augurer de l’authenticité du contenu des pages suivantes. Je dois donc considérer que le livre de la Genèse est une œuvre purement humaine, rédigée par des scribes qui ont mis en scène un héros principal, nommé Yahvé Dieu, une créature mythique inventée par des hommes. En raison de l’ignorance où se trouvaient, il y a deux mille cinq cents à trois mille ans environ, les rédacteurs successifs du texte prétendu sacré, cela explique les incohérences rencontrées. Dans la haute antiquité, les hommes ignoraient que la Terre était une planète de forme sphéroïdale, ensuite qu’elle effectuait une rotation sur elle-même en vingt-quatre heures environ, puis qu’elle parcourait une trajectoire elliptique annuelle autour du soleil, à une vitesse moyenne de 30 km/sec. Naturellement, ils ne pouvaient pas imaginer qu’il y eût des milliards de systèmes solaires semblables au nôtre dans l’univers. Même à l’âge du Fer II, au VIIè siècle av. J.-C., à l’époque où les exégètes considèrent que les premiers livres de l’Ancien Testament furent rédigés, cette hypothèse était simplement inconcevable.

 

Enfin, troisième remarque : Si Dieu a créé l’homme à son image, intelligent, capable de forger des outils, et d’imaginer des expériences pour mieux connaître et dominer le monde, et si les conclusions auxquelles parvient l’homme infirment l’enseignement contenu dans la Bible, livre censé contenir sa parole, nous concluons au paradoxe, et nous prenons conscience de l’aporie du discours divin.

 

Mais, je puis me tromper. Ce premier paragraphe ne doit pas me permettre de préjuger de la suite du livre, même s’il laisse planer un doute. C’est pourquoi je continuerai ma lecture, à la recherche de Dieu.

 

Nous pouvons comprendre et excuser les erreurs des scribes rédacteurs. A l’âge du Fer II (fin du VIIè siècle av. J.-C.), sous le règne du roi Josias (royaume de Juda), époque à laquelle la plupart des spécialistes estiment que les livres du Pentateuque furent rédigés, les connaissances étaient forcément limitées. Mais là où le bât blesse, c’est que, au fur et à mesure que l’humanité a progressé et évolué vers plus de connaissance, des hommes ont continué d’enseigner, et enseignent encore, ces idées fausses qui, voilà trois ou quatre mille ans pouvaient passer pour acceptables.

 

Le statut de la femme

 

Yahvé Dieu crée la femme, et il lui réserve un statut particulier.

 

« Dieu dit : ″ Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie.(Gn 2, 18)

« Dieu façonna une femme, et il l’amena à l’homme. » (Gn 2, 23)

« Alors celui-ci s’écria : ″ […] Celle-ci sera appelée femme[21].″» (Gn 2, 24)

 

Issue d’une côte d’Adam, cette créature, considérée par Yahvé Dieu comme une aide pour Adam, et appelée femme par ce dernier, n’est pas l’égale de l’homme. Elle est une émanation de sa chair, une créature soumise et dépendante, une servante et rien d’autre, si l’on excepte la fonction procréatrice dont nous reparlerons bientôt. Pourquoi Yahvé Dieu ne l’a-t-il pas créée, indépendante et égale d’Adam, à partir de la même « glaise », comme toutes les autres créatures terrestres ?

 

 Femme, « […] l’os de mes os et la chair de ma chair ! » (Gn 2, 23), reconnaît Adam.

Dieu crée l’homme à son image, mais la réalité nous oblige à inverser les termes de la création. De même, Dieu fait naître la femme du premier homme, alors que l’obstétrique nous démontre chaque jour que l’homme naît du ventre de la femme. Mieux encore, jusqu’à la septième ou huitième semaine, tous les embryons humains sont indifférenciés, avant de devenir femelles ou mâles. N’y a t’il pas quelque perversion dans l’inversion des origines ?

 

A peine créée, la femme n’est pas l’égale de l’homme. Elle n’est qu’une partie de lui dont il peut disposer librement. Pourquoi ? Parce que, sans doute, le Livre de la Genèse, conçu et écrit par des hommes (mâles), visait, non seulement à perpétuer la domination des clercs sur les non clercs (nous le verrons plus tard avec le Lévitique et les Nombres), mais aussi la suprématie du mâle (musculairement plus fort[22]) sur la femelle, créature plus facile à soumettre et asservir. Ainsi, le Tout-puissant, a servi de caution pour instaurer d’une manière formelle le statut dominant du mâle.

 

Arrêtons nous un instant sur cette phrase : « L’homme connut Eve, sa femme. » (Gn 4, 1) Adam, sous-entendu, est appelé « l’homme », et Eve est appelée : « sa femme. » L’adjectif possessif « sa » précède le substantif ; il marque l’appartenance. La dépendance de la femme à l’homme devient manifeste. De même, « Caïn connut sa femme […]» (Gn 4, 17) 

Une fois encore, la Genèse marque la différence de condition entre l’homme et la femme.

 

Combien de millénaires s’écouleront avant de combler cette injustice pérennisée par les trois religions du Livre : judaïque, chrétienne puis islamique ?

Au XXIè siècle, sous nos démocraties, dans nos sociétés civiles modernes, la femme ne bénéficie toujours pas des mêmes avantages que l’homme. Même si elle lui est officiellement égale en Droit, elle continue de payer le forfait génésiaque maléfique, appelé « péché originel » par l’Église. Où est l’égalité entre les hommes et les femmes : à l’Académie française, au Gouvernement, au Conseil d’Etat, dans les chambres électives, Sénat et Assemblée nationale, et à la tête des entreprises publiques ou privées ? Mais aussi, en politique ? Dans nos institutions, la représentation féminine dans les hautes sphères du pouvoir, reste minoritaire, victime d’un l’ostracisme trimillénaire. Elle peut le demeurer encore longtemps. Pourquoi le salaire des femmes est-il inférieur à celui des hommes, ce qui est contraire à une loi récente qui stipule que la femme doit être rémunérée au même niveau que l’homme, à travail égal[23]. Dans les pays prétendus développés, la rémunération de la femme au travail est en moyenne inférieure de près d’un tiers à celle de l’homme.

Et dans l’Église ? Y a-t-il une seule femme prêtre, ou évêque, ou archevêque ou cardinal ? J’omets, bien sûr, la légendaire papesse Jeanne qui, au IXè siècle, entre les pontificats de Léon IV et de Benoît III, occupa, au terme d’un stratagème, dit-on, le trône du souverain pontife.

Il n’y a guère plus d’un siècle que les femmes ont commencé de s’émanciper ; elles se sont lentement affranchies de la tutelle des mâles. En dépit des progrès (lents) constatés, l’égalité entre les deux sexes reste encore un vain mot, si grande est l’empreinte laissée par plusieurs millénaires de pieux mensonges, sous la férule de l’Église qui a longtemps entretenu, et continue de servir l’égoïste domination des mâles, en vertu d’un dogme obsolète fondé sur une imposture, supposée divine, mais en réalité défendue par les mâles de l’espèce humaine.

Et dans l’islam ? Aucune femme ne peut devenir imam, c’est à dire diriger la prière en commun, en présence d’hommes, en dépit de quelques rares exceptions très récentes, même si aucun verset du Coran ne l’interdit expressément. Dans le monde musulman, selon le romancier Yves Simon : « la religion qui discrimine les femmes depuis quatorze siècles, cloue au pilori, lapide et brûle chaque jour des centaines de jeunes femmes.[24] » Dans ce même article, cet auteur cite une sentence terrible éructée par le poète religieux islamique Muhammad Imran : « La majorité des occupants de l’enfer seront des femmes qui jurent trop et sont ingrates envers leurs époux. » Cette phrase souligne les deux obligations majeures imposées à la femme, définies dans la Genèse : adorer Dieu, et servir son époux.

Plus avancé, le judaïsme ordonne des femmes rabbins depuis le XXè siècle, en dépit des oppositions du courant orthodoxe.

D’autres religions les asservissent et les abaissent, et dans beaucoup de pays. En Inde, par exemple, un proverbe dit : « Elever une fille, c’est comme arroser le jardin de son voisin. » Amartya Kumar Sen, prix Nobel d’économie, constate que cent millions de femmes ont disparu, mutilées, droguées à travers le monde, et principalement en Asie, victimes des préjugés religieux et cultuels.

 

Adam ! Malheureux homme !

A peine admis au paradis terrestre, déjà déchu. Tenté et abusé par la première femme, elle-même trompée par le serpent, avatar du Démon. Quelle image ! Quel symbole fondateur de la première religion monothéiste ! Ou la seconde du genre, après la malheureuse tentative d’Akhenaton en Egypte, dont peut-être les rédacteurs du Livre se seraient inspirés.

 

Eve, toujours la femme, succombe aux ruses du Malin. Elle entraîne son compagnon dans le péché. La punition est immédiate. Yahvé Dieu sévit : l’homme est chassé du jardin d’Eden ; il devra travailler pour vivre difficilement. La femme, soumise à son époux et maître (autant dire son esclave), est fortement condamnée :

« Je multiplierai les peines de tes grossesses. Tu enfanteras dans la douleur, dans la peine, tu enfanteras des fils. Ta convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi. » (Gn 3, 16)

La femme est la principale victime de la malédiction divine ; elle enfantera dans la douleur (pas des filles, mais des fils) ; elle sera dominée par l’homme, et elle le flattera par convoitise. Quelle déchéance !

Dieu préfère les mâles.

Et les filles ? Quelle place leur accorde-t-il ?

Ces quantités négligeables sont tout juste bonnes pour servir l’homme et procréer, mais des fils, bien entendu, qui assureront la succession des futures générations d’hommes. Seulement des hommes. A cet égard, le chapitre sur les patriarches avant le déluge (Gn 5) est édifiant. Et : « […] les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes leurs convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qui leur plut. »  Les hommes, « fils de Dieu » pratiquent la polygamie envers les « filles des hommes. » Voici défini le misérable statut de la femme à l’image ternie, et pour longtemps.

Des hommes ont institué cette morale de mâles machistes, sous le couvert de Yahvé Dieu, excuse facile et alibi pour leur bonne conscience. Peut-être les rédacteurs de ce livre ont-ils simplement formalisé les us et coutumes de cette époque ? Des prêtres d’Israël (nous en reparlerons au chapitre consacré au Lévitique) ont conçu et imposé ce mythe pour que chacun ici-bas accepte sa condition, et ne se révolte pas.

 

La religion a consacré l’abaissement naturel de la femme, fondé sur la force physique du mâle. Et Dieu, dans cette affaire ? Non seulement, il n’a pas relevé cette injustice, il ne l’a pas condamnée, mais il l’a cautionnée. Ou peut-être, les rédacteurs du livre ne lui ont-ils pas demandé son avis ? 

 

Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans ont admis cette version misogyne pendant plusieurs millénaires. De nos jours, elle continue de guider les croyants et même insidieusement les non-croyants, car les lois, les règles et les coutumes qui régissent notre civilisation judéo-chrétienne, et influencent à notre insu nos comportements et nos mœurs, puisent leurs racines dans les interdits inspirés par cette vieille malédiction, soi-disant divine, ressassée à longueur de catéchisme par les prêtres, et enseignée aux enfants par leurs parents, et d’abord leurs mères - singulier paradoxe -, alors qu’elles devraient se révolter.

 

Sur les origines de la Genèse

 

La légendaire création d’Adam et Eve est empruntée aux Sumériens, chronique tirée du poème Enki et Ninhursag[25], dans lequel on retrouve les mêmes mythes, mais propres à une religion polythéiste : le paradis terrestre, le péché originel et la femme désobéissante, coupable tentée par le serpent.

« La première femme est à l’origine du Mal », nous conte cette vieille légende sumérienne.

« Un serpent l’a poussée à désobéir au Dieu créateur. Elle a convaincu son compagnon de manger le fruit de l’arbre défendu»

On pense que les rédacteurs de la Genèse se sont inspirés de ce poème antérieur à la création biblique. Les scribes hébreux auraient repris et adapté cette légende sumérienne, sans doute pendant leur exil à Babylone de 597 à 538[26] av. J-C. Yahvé Dieu y a gagné de la consistance. Il faut attendre le mois d’octobre 2002[27] avant que le Vatican daigne enfin reconnaître qu’Eve n’a jamais mangé de pomme.

 

Sur ces mythes repose une ignominie et un forfait, l'avilissement de la femme reléguée à un rang inférieur à l’homme, créature dominante.

Les femmes en souffriront longtemps ; elles en paient encore les conséquences.

 

Yahvé Dieu serait-il misogyne ? Nous pouvons le supposer.

 

Le savoir condamné

 

Au couple mythique Adam et Eve, Yahvé Dieu interdit l’accès à la connaissance.

« Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas, car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. » (Gn 1, 17)

Cette interdiction avantagera la caste des prêtres, tous membres de la tribu de Lévi. Nous le constaterons avec Moïse et Aaron, son frère. Longtemps, et même au-delà du Moyen Age, la lecture de la Bible fut interdite au commun des mortels. Seuls les membres du clergé : prêtres, docteurs de la foi, exégètes, apologistes, membres cooptés et initiés, pouvaient consulter les Livres sacrés, et diffuser aux hommes la Vérité unique, la leur. Les directeurs de conscience craignaient qu’ils ne découvrissent le mensonge fondateur, et ne voulussent rectifier les erreurs dans lesquelles on les fourvoyait, en interprétant les textes (sacrés) et en les contestant. La preuve ? Les Protestants Calvin et Luther condamnèrent publiquement le train de vie fastueux, les turpitudes et les scandales dans lesquels se vautraient les hauts dignitaires de l’Église catholiques, lesquels, en somme, ne faisaient que reproduire le train de vie des Lévites dont nous parlerons au chapitre du Lévitique. Mais, toujours prudents, ils conservèrent l’hypothèse divine, et observèrent le texte à la lettre avec une rigueur stricte, puritaine, dirions-nous.

Les Églises, dans l’acception du terme au sens large, ont toujours lutté contre la recherche scientifique, car elle mettait en doute et parfois, réfutait carrément le dogme établi.

 

« Dieu créa l’homme à son image. » (Gn 1, 27)

 

La belle image que celle de ce Dieu là ! A peine installé au jardin d’Eden, le couple primordial enfreint la seule règle importante que son divin créateur lui ait donnée : il se laisse tenter par le serpent qui subjugue le maillon prétendu faible du couple initial, la femme. Pourquoi Dieu a-t-il créé le premier homme pécheur et la première femme pécheresse. Pourquoi Dieu, la perfection même, a-t-il créé des êtres imparfaits ? Et soumis à la tentation à laquelle ils ont succombé ? Etait-ce pour mieux tester ses créatures ? Ou pour terrasser le fantastique ennui qui devait engourdir son esprit pendant l’éternité du néant ? Ou pour s’amuser aux dépens des hommes jouets ? A l’instar des dieux grecs de l’Olympe ? On pourrait l’imaginer. Ce Dieu qui, beaucoup plus tard, prendra un réel plaisir à tourmenter le pauvre Job, malheureuse victime d’un pari stupide entre Yahvé Dieu et le Diable ? (Jb 1 et 2, prologue)

 

La vérité doit être plus prosaïque. Comme le genre humain est imparfait par nature, les fondateurs du mythe ont dû accorder sa création à cette condition. Ceci explique et justifie les dramatiques conséquences qui en découlent. Les promoteurs du monothéisme yahviste furent contraints de composer avec une réalité humaine dans laquelle coexistent des vertus et des vices qui parfois s’exaspèrent jusqu’à l’excès. Pour rédiger le livre de la Genèse, ils ont dû intégrer des histoires colportées par leurs anciens, des légendes sumériennes apprises et assimilées pendant le long exil babylonien au VIIè siècle av. J.-C., et dans lesquelles les héros présentaient les qualités et les défauts inhérents à leur nature humaine. Leur Dieu Yahvé ne pouvait pas s’affranchir de cette réalité là. Celui qu’ils proposèrent (ou plutôt imposèrent à leurs contemporains) était aussi imparfait que son image humaine, avec son caractère impossible et colérique et son tempérament tyrannique et machiste.

Même aujourd’hui nous ne sommes pas encore libérés de ce carcan.

Une grande partie de l’humanité continue de subir les conséquences du modèle imposé. L’esprit humain s’est englué dans ces croyances très anciennes qui évoluent peu et lentement, puis dérivent parfois vers la superstition. Les tabous et les interdits continuent d’asservir et d’abêtir l’homme ; ils l’empêchent de raisonner juste, de réfléchir et d’évoluer.

Les idées fausses et pernicieuses émises par les anciens ont été transmises à leurs descendants au fil des générations éduquées et conditionnées par des générations de rabbins, prêtres et imams. Elles ont étouffé l’esprit critique et le raisonnement, et aveuglé les consciences avec de fausses lumières prétendues célestes, vivaces comme le chiendent qui étouffe le gazon des pelouses. Pour les éradiquer, il faudrait séparer tous les enfants de leurs parents, et fermer toutes les écoles où l’on enseigne encore ces pieux mensonges afin de soustraire ces esprits malléables à la contagion. Et encore… Même le communisme, qui a sévi soixante-dix ans dans l’ex URSS, n’a pas éradiqué l’ancienne religion orthodoxe dérivée de l’Ancien Testament. Même le maoïsme n’a pas réussi à détruire l’ancienne religion confucéenne qui revient en force dans la Chine moderne. La transmission des croyances s’élabore au sein de la cellule familiale, et paradoxalement par les mères qui enseignent à leurs enfants ce qu’elles devraient haïr le plus, les croyances qui fondent de leur servitude.

Il s’écoulera beaucoup de temps, peut-être des siècles, avant que le monde ne se libère des erreurs dominantes, et ne s’affranchisse des vieilles superstitions. Au fond, les fondateurs de cette religion voulaient empêcher les hommes de parvenir à la connaissance pour conserver leur pouvoir. Voilà pourquoi ils prétendirent que Dieu leur avait interdit l’accès à l’arbre défendu.

 

Première esquisse d’un portrait-robot de Yahvé Dieu.

 

Quelle image ce premier chapitre de la Genèse nous offre-t-elle de Yahvé Dieu ?

Il parle avec Adam. Il soliloque en créant l’univers ? Il se promène dans le jardin d’Eden, à la brise du jour, et l’on entend son pas. Donc Yahvé Dieu est doté d’un organe vocal et d’un organe locomoteur. Ne soyons pas étonnés, c’est un aspect particulier de son image humaine. Puisque Dieu a créé l’homme à son image, cela revient à dire qu’il nous ressemble, avec nos qualités et nos défauts.

Il apprécie ce qu’il fait. Il est satisfait du travail accompli. Narcissique à chaque étape de la Création, l’artiste suprême se décerne un satisfecit :

« Et Dieu vit que cela était bon. » (Gn 1- 10, 12, 18, 21, 25)

Mais il est colérique et tyrannique ; il n’admet pas que l’on transgresse son unique commandement : « […] de l’arbre de la connaissance, tu ne mangeras pas ! » (Gn 2, 17)

Ce parangon du futur paterfamilias des Latins est susceptible et vindicatif. « Qui bene amat, bene castigat. » prétendaient les Anciens. Pas sûr ! La créature suprême, imbue de sa valeur et jalouse de ses prérogatives, aime-t-elle ses enfants ? Non ! Quand elle sévit, elle frappe fort, trop fort. En vérité, ce Dieu narcissique et dominateur n’aime que lui.

L’Etre autoritaire, le démiurge, demande à l’homme de dominer : « […] sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux […] » (Gn 1, 26) A son image, l’homme sera tyrannique, dominateur et destructeur. Avec la femme, conçue « en aide à son époux » (Gn 2, 18), il deviendra autoritaire et machiste. Yahvé Dieu règne sans partage sur les hommes, ses créatures. Il est à l’image du père de famille, mais celle que reflète le miroir de la Genèse n’est pas à son honneur. Pourquoi a-t-il créées les hommes ? Pour mieux les dominer ? Ou pour mieux permettre à certains hommes de dominer leurs congénères, en son divin nom ?

 

Sur le meurtre d’Abel, la responsabilité de Yahvé Dieu est engagée. Il a refusé l’offrande de Caïn, alors qu’il agréait celle d’Abel. Par ce comportement partial, il a excité sa jalousie contre son frère,

Seul un père indigne traite différemment ses deux fils, et avec tant d’injustice.

De quel droit Dieu pouvait-il reprocher à Caïn de lui avoir offert « des produits du sol », puisqu’il « cultivait le sol », alors qu’Abel, « pasteur de petit bétail », lui offrait « […] des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. » ? (Gn 4,4) L’un et l’autre des deux fils d’Adam et Eve avaient droit, me semble-t-il, au même traitement de faveur de la part de Yahvé Dieu, puisque chacun donnait une part du fruit de son labeur. On peut imaginer qu’Abel et Caïn étaient animés du même sentiment de piété. En matière d’offrande, c’est le geste qui compte, et non la nature du don.

Comment conclure ?

Yahvé Dieu est un fieffé gourmand. Un être friand de viande et surtout de graisse. C’est un égoïste dominé par sa gourmandise, un péché capital dénoncé par l’Église qui le nomme gloutonnerie et goinfrerie.

 

Après la mort d’Abel, il est écrit :

« Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénock. » (Gn 4, 17)

Puis vinrent successivement : Irad, Méhuyaël, Metushaël, Lamek, etc.  

Mais aussi, à cent trente ans, Adam eut un autre fils : Seth, qui engendra Enosh, qui engendra Quénân, dont sont issus : Mathusalem (qui battit le record de la longévité), puis Noé et ses fils Sem, Sam et Japhet. Il semble que l’humanité dont nous faisons partie descende de ce troisième fils d’Adam, Seth. Nous voilà rassurés. Enfants de Seth, nous sommes affranchis d’une hérédité fratricide.

 

Comment Caïn, fils unique d’un couple unique a-t-il pu procréer ?

On a longtemps glosé sur l’origine de la femme de Caïn. Etait-elle sa soeur ? L’hypothèse semble fondée puisque tous les êtres humains descendent du couple primordial Adam et Eve. Mais l’union serait incestueuse.

La même remarque s’applique à la femme de Seth. Venait-elle d’une autre tribu ? D’un autre peuple ? Cette hypothèse contredit la création génésiaque. A cette époque, Adam et Eve vivaient encore avec leurs enfants ; ils ne faisaient qu’une famille. La Genèse regorge de contradictions et de non-sens, sources de controverses, de procès[28], causes d’hérésies au cours de siècles.

 

Et encore : « C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek septante-sept fois. » (Gn 4, 24)

Que penser de ce constat ? Lamek a-t-il tué Caïn ? Est-ce une réminiscence du Code d’Hammourabi et de loi du talion appliquée à Babylone ? Sur cette nouvelle énigme que nous pose la Bible, certains interprètes illuminés se feront un plaisir et un devoir d’élucubrer. Le code d’Hammourabi promulgué vers 1750 av. J.-C. est de loin postérieur à la date supposée de la création du monde, environ 4 000 ans av. J.-C., mais il est antérieur à la rédaction des premiers textes de la Bible que les spécialistes situent au cours du VIIè siècle av. J.-C., sous le règne du roi Josias.

 

Maintenant, posons nous quelques questions ?

 

Et d’abord, quand fut écrite cette savoureuse histoire ?

Ni Adam ni Eve, bien sûr, ne pratiquaient l’écriture. Ils étaient analphabètes. A cette époque, estimée vers le milieu du néolithique[29], les récits, les légendes et les croyances se transmettaient de bouche à oreille ; ainsi les Celtes, peuples de religion druidique orale, ne nous ont pratiquement laissé aucune trace de leur culture, sinon des vestiges de villages, des sépultures et des objets artisanaux que l’on retrouve au hasard des fouilles.

Depuis Adam jusqu’à la première rédaction du Livre, combien de millénaires, se sont écoulés, pendant lesquels, la mémoire des premiers hommes fut transmise oralement entre les générations ? Avec les imperfections et les erreurs inhérentes à la communication orale, exercice contestable dont on connaît les défauts : déformation et amplification ? Donc irrémédiablement perdue.

 

Et, où se trouvait ce fameux paradis terrestre ?

La Genèse le situe en Orient, entre les quatre fleuves : Pishôn, Gihôn, Tigre et Euphrate, vers les pays nommés : Havila, Hush et Assur. Quelque part dans l’Irak actuel. Aucun explorateur, aucun archéologue n’y a jamais retrouvé le site du jardin d’Eden. Aucune des nombreuses fouilles réalisées n’a jamais mis à jour ce lieu mythique, mais les vestiges de l’antique civilisation de Sumer, aux cités et aux ziggourats de terre cuite antérieurs à la Création biblique. Comme les premiers hommes de la Genèse vivaient aux crochets de la bonté divine sous des cieux cléments, peut-être n’éprouvaient-ils pas le besoin de construire des maisons pour se loger, ni de cuire des poteries pour conserver leurs aliments, ni d’enclore leurs villages pour se protéger contre les « bêtes sauvages et bestioles », ni de battre monnaie pour échanger leurs biens. Et, en plus, cet épisode idyllique fut sans doute de très courte durée. Ce qui expliquerait l’absence étonnante de vestiges. Dans L’euphorie paradisiaque, nos ancêtres n’avaient aucun souci matériel puisque Yahvé Dieu pourvoyait à leurs besoins.

 

Au milieu du néolithique, les cinq continents étaient déjà peuplés. D’autres hommes vivaient hors du « jardin d’Eden » : en Asie, en Europe, en Afrique, en Amérique et en Océanie. On estime que la population humaine de l’ensemble du globe avoisinait les dix millions d’individus[30]. Ainsi, quelques neuf millions neuf cent quatre-vingt dix-huit habitants n’ont pas connu le paradis terrestre ? Avaient-ils donc commis un très grave péché ? Ou simplement, Yahvé Dieu les avait-il oubliés, négligés ?

Et qui donc les avait créés avant la création du monde par Dieu ?

Mieux ! Nous savons maintenant que le berceau de l’humanité se situait non pas en Mésopotamie, mais en Afrique centrale. Dernière découverte : Toumaï, environ sept millions d’années, au Tchad, dans la dépression du grand Rift africain. Adam et Eve, étaient-ils noirs, blancs, jaunes ou rouges comme les Indiens d’Amérique ? Les premiers spécimens de l’homo sapiens sapiens furent probablement des Noirs. Dieu avait-il prévu les hommes de couleur ? Sur ce caractère propre à nos ancêtres, la Bible n’est pas très éloquente. Nous verrons plus tard quelle interprétation donner au mythe de la malédiction de Canaan, fils de Cham et petit-fils de Noé, le père présumé de tous les peuples dits de race noire.

Y avait-il plusieurs paradis ? Selon la couleur de la peau des hommes ? A ces questions, la Genèse n’apporte pas de réponses. Passer sous silence les interrogations essentielles est le propre des mythes et des légendes.

 

Les premiers hommes de la Genèse vivent plusieurs siècles, et certains presque mille ans. Mais :

 « Lorsque les hommes commencèrent d’être nombreux sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, (Gn 6, 1) les fils de Dieu trouvèrent que les filles des hommes leur convenaient et ils prirent pour femmes toutes celles qu’il leur plut. » (Gn 6, 2)

Dans cette citation qui vaut reconnaissance de polygamie, les hommes sont appelés « fils de Dieu », alors que les femmes sont les « filles des hommes. » Constamment, et nous le verrons au fur et à mesure de notre lecture, les Écritures insistent sur la différence des genres et la préséance de l’homme sur la femme.

 

Dieu décide que la vie des hommes « […] ne sera plus que de cent vingt ans. » (Gn 6, 3)

Mais, on le verra plus tard, Abraham, Sara son épouse et Isaac son fils, vivront beaucoup plus vieux. Et leur premier enfant, qui est toujours un héritier mâle (droit d’aînesse oblige, sans doute), naît alors qu’ils approchent ou dépassent cent ans, mais jamais à l’âge de la puberté. Puis, une fois leur descendance mâle assurée, ils engendrent « des fils et des filles. » Les générations se succèdent toujours de père en fils, jamais de père ou de mère en fille. Une fois de plus, la femme est exclue du cycle de la transmission du nom patronymique[31]. Cette coutume, encore en vigueur de nos jours, est tempérée depuis peu par l’option du double nom patronymique qui, si l’on y réfléchit, associe, en fait, deux patronymes, celui du père et celui du beau-père, mais jamais un matronyme à un patronyme.

 

Sur les âges élevés des fils d’Adam, et en particulier le célèbre Mathusalem mort à neuf cent soixante-neuf ans, un modèle de longévité, contentons nous de renvoyer les lecteurs à l’archéologie, la paléontologie, la médecine et la génétique. Que nous apprennent ces disciplines ? Au néolithique, les premiers hommes, chasseurs, cueilleurs et nomades commençaient peu à peu à découvrir l’agriculture et à devenir sédentaires. Leurs conditions de vie étaient difficiles et leur hygiène défectueuse. Ils souffraient de carences alimentaires graves, ils enduraient mille maux et maladies incurables, et ils mouraient jeunes. Leur espérance de vie ne dépassait guère trente années. Ces constatations contredisent la longévité que la Genèse prête aux hommes des premiers temps de la création.

 

Pourquoi les rédacteurs du texte de la Genèse ont-ils accordé plusieurs siècles de vie aux premiers hommes de l’Ancien Testament ? Serait-ce pour justifier leur nombreuse descendance ? Yahvé Dieu ayant créé la terre trop tard, il ne pouvait pas la peupler suffisamment si l’espérance de vie des hommes avait été plus courte. Cela paraît logique. Mais cela est faux.

On peut aussi supposer que les années de cette haute époque étaient fondées, non pas sur le cycle annuel de rotation de la terre autour du soleil, phénomène inconnu à l’époque (calendrier solaire), moins évident pour nos ancêtres, en raison de la variabilité des saisons, mais sur le cycle lunaire plus facile à observer. Si l’on admet l’hypothèse d’une datation en années lunaires, cela revient à diviser par treize environ la durée de vie fantaisiste de nos prétendus ancêtres. Ainsi Adam aurait vécu jusqu’à l’âge de 71 ans, et Mathusalem 74, ce qui reste encore exceptionnel pour l’époque.

Plus tard, peut-être les hommes, ayant affiné leurs observations, ont-ils enfin adopté le calendrier solaire fondé sur le cycle annuel approximatif du retour des saisons ? Il suffisait de le mentionner. La Bible reste muette sur cette question.

 

Quant à l’origine des hommes ?

Issus d’un seul couple de géniteurs, il y a fort à parier que leurs enfants, affligés de tares congénitales héréditaires liées à la consanguinité, devaient vite dégénérer. Leur descendance n’y eut pas survécu. Pauvre humanité ! Que n’y avait-il pensé plus tôt, Yahvé Dieu ? Qui, un jour, très déçu, envisagera de vouloir la perdre par le Déluge ?

 

Ces simples considérations m’inclinent à douter de l’authenticité et du sérieux d’un Livre qui prétend rapporter stricto sensu la parole de Yahvé Dieu, l’infaillible, et enseigner aux hommes la Vérité absolue. Quand on réfléchit à cette époque où l’obscurantisme et l’ignorance dominaient, ces incohérences et ces oublis nous paraissent concevables. Les anciens croyaient aux mythes ; ces récits chargés d’émotions frappaient les imaginations par le caractère exceptionnel des personnages (dieux, génies, héros, etc.) et leurs exploits. Lentement, certains peuples abandonnèrent le polythéisme pour adorer un dieu unique, mais dominateur. Ce choix devait être plus satisfaisant pour l’esprit et plus conforme aussi à la conception du père de famille autoritaire et tout puissant. Ce mode d’organisation pyramidal de la cellule familiale et de la société était aussi plus efficace pour assurer la domination des mâles sur les femelles et de la caste des prêtres sur le peuple.

 

Le monothéisme, dérivé de l’hénothéisme, marque t-il un progrès par rapport au polythéisme ? A certains égards, oui : la simplification. Mais à d’autres, la tolérance par exemple, non ! Le concept du Dieu unique renforce le pouvoir des clercs, alors que la multiplicité des divinités anciennes était une source de liberté et de fantaisie ; elle permettait des interprétations nombreuses, variées et individuelles, selon que l’on privilégiait, ou opposait tel Dieu à tel autre ou que l’on changeait le déroulement et la morale de la fable (voir l’Odyssée ou l’Enéide). Chaque famille, chaque clan était libre de vénérer ses propres divinités domestiques, Pénates et Lares, respectées aussi par les hôtes de passage. On réservait même parfois un autel à un dieu inconnu, pour les étrangers au clan. Le polythéisme allouait plus de liberté et plus de tolérance en matière de croyances et de rites, sous l’égide d’un panthéon céleste foisonnant. Les Grecs et les Macédoniens respectaient et vénéraient les dieux asiatiques et égyptiens. Alexandre le Grand leur sacrifiait, à Babylone, en Egypte ou aux confins de l’Indus. Quand on honore plus de mille Dieux, comme les Celtes, on devient forcément plus tolérant que si l’on n’en reconnaît qu’un seul, exclusif, tyrannique et jaloux.

 

Dieu unique ou dieux multiples sont toujours des créatures imaginées par l’homme.

 

Autre interrogation : Javhé, Jéhovah, El Sheddaï, Eloim, Adonoï ou Allah[32] ? Est-ce un Dieu unique camouflé sous plusieurs patronymes ou la synthèse de multiples dieux précédents ?

 

Poursuivons la lecture de la Genèse :

« Quand Noé eut cinq cents ans, il engendra Sem, Cham et Japhet. » (Gn 5,32)

Ces trois fils sont nés de la même épouse (on le suppose puisque, dans l’arche, Noé était seul avec son épouse, ses fils et leurs épouses, comme nous le verrons au chapitre suivant). Si l’on rejette l’idée que Noé ait pu connaître ses belles-filles, nous devons admettre qu’ils sont des triplés, issus du même père, Noé, et d’une même mère.

Retenons ce fait, il est important pour la suite des événements.

 

Les récits de cette première partie de l’Ancien Testament me paraissent légendaires et mythiques. Au début, et peut-être au cours de nombreux siècles, des prêtres qui s’en inspiraient, enseignèrent leur « vérité » et leur « histoire » aux peuples. Mais ensuite, beaucoup plus tard, au fur et à mesure que les progrès des connaissances infirmèrent ces thèses délirantes, et faute de pouvoir condamner tous les hérétiques au bûcher, ou de les séquestrer dans les geôles de la Sainte Inquisition, les défenseurs du dogme pratiquèrent une exégèse de sauvegarde. Elle consistait à interpréter les textes à la lumière des nouvelles découvertes, herméneutiques non littérales. Ces contorsions mentales, où se glissaient parfois des éclairs de génie, contraignaient les exégètes à jouer sur les mots, quitte à leur accorder un sens qu’ils n’avaient pas. Parfois, tout simplement, au nom du dogme réputé infaillible, ils rejetaient les résultats des nouvelles découvertes et les conclusions des expériences. Pour sauver les apparences, ils versaient dans la casuistique et le pieux mensonge d’Église. La foi s’engluait dans le divin mystère. Je me souviens, étant enfant, que mes curés successifs répondaient de manière péremptoire et stéréotypée, mais en apparence pertinente, à toutes les questions délicates que je leur posais, et qui parfois désespéraient mes parents pour qui la saine curiosité n’était pas une vertu cardinale. Il était normal d’obéir aux injonctions des corps constitués pour la simple qu’ils incarnaient l’autorité souveraine.

 

Je poursuis ma lecture :

 

 

 


 

 

2)- Le Déluge Gn (6 à 9)

 

 

« Yahvé vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre […]. » (Gn 6, 5)

Il dit :

« Je vais effacer de la surface de la terre, les hommes que j’ai créés, - et avec les hommes, les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel - car je me repens de les avoir faits. » (Gn 6, 7)

« Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Yahvé. » (Gn 6, 8)

 

« Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu. » (Gn 6,9)

 

Dieu dit à Noé :

« La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidée car la terre est pleine de violence à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. » (Gn 6, 13)

« Fais-toi une arche en bois résineux, tu la feras en roseaux et tu la couvriras de bitume en dedans et en dehors. » (Gn 6, 14)

 « Voici comment tu la feras : trois cent coudées pour la longueur de l’arche, cinquante pour sa largeur, trente pour sa hauteur. » (Gn 6, 15)

« Tu feras à l’arche un toit […] par-dessus, tu placeras l’entrée de l’arche sur le coté et tu feras un premier, un second et un troisième étage. » (Gn 6, 16)

 

« Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel, toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr. » (Gn 6, 17)

« Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils avec toi. » (Gn 6, 18)

« De tout ce qui vit, de tout ce qui est chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce pour les garder en vie avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle. » (Gn 6, 19)

 

Noé, sa famille et sept animaux purs et oiseaux (mâles et femelles), plus un couple de tous les animaux impurs de chaque espèce entrent dans l’arche, et :

« En l’an six cents de la vie de Noé, le second mois, le dix-septième jour du mois, ce jour là, jaillirent toutes les sources du grand abîme et les écluses du ciel s’ouvrirent. » (Gn 7, 11)

« […] Et Yahvé ferma la porte sur Noé. » (Gn 7, 16)

 

Pendant quarante jours et quarante nuits, les eaux recouvrent toute la surface de la terre, toutes les plus hautes montagnes.

« Tout ce qui avait une haleine de vie dans les narines, c'est-à-dire tout ce qui vivait sur la terre ferme, mourut. » (Gn 7, 22)

 

Cent cinquante jours plus tard, les eaux baissent.

« […] Les eaux baissèrent au bout des cent cinquante jours et, au septième mois, au dix-septième jour du mois, l’arche s’arrêta sur le mont Ararat. » (Gn 8, 3 et 4)

« Au second mois, le vingt-septième jour du mois, la terre fut sèche. » (Gn, 8, 14)

Alors Dieu parla à Noé :

« Sors de l’arche, toi, ta femme, tes fils et les femmes de tes fils avec toi ! » (Gn 8, 15)

 

Noé sort avec ses fils, sa femme et les femmes de ses fils

Et, avec eux : « […] toutes les bêtes sauvages, tous les bestiaux, tous les oiseaux, toutes les bestioles qui rampent sortirent de l’arche, une espèce après l’autre. » (Gn 8, 19)

 

Noé construit un autel et offre des holocaustes à Yahvé « […] de tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs. » Yahvé respire « l’agréable odeur » (Gn 8, 21)

Il promet de ne plus frapper tous les vivants désormais. (Gn 8, 22) 

 

Nouvel ordre du monde (Gn 9)

 

« Dieu bénit Noé et ses fils, et il leur dit :

« Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre ! (Gn 9, 1)

« Soyez la crainte et l’effroi de tous les animaux de la terre et de tous les oiseaux du ciel, comme de tout ce dont la terre fourmille et de tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. » (Gn 9, 2)

« Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c'est-à-dire le sang. » (Gn 9, 4)

« Pour vous, soyez féconds, multipliez, pullulez sur la terre et la dominez ! » (Gn 9, 7)

 

En signe d’alliance, Dieu fait apparaître un arc dans les nuées.

« […] je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre. » (Gn 9, 13)

« Lorsque j’assemblerai les nuées sur la terre et que l’arc apparaîtra dans la nuée (Gn 9, 14) , je me souviendrai de l’alliance qu’il y a entre moi et vous et tous les êtres animés, en somme toute chair et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. » (Gn 9, 15)

 

 

Commentaires sur le chapitre 2 : Le Déluge

 

 

Trois fois, Yahvé Dieu frappe les hommes :

- D’abord il chasse Adam et Eve du jardin d’Eden parce qu’ils ont désobéi à ses ordres ;

- Ensuite, il a puni les descendants de Caïn jusqu’à la septième génération ;

- Enfin, mille cinquante-six ans après la Création du monde, il détruit l’humanité par la submersion aquatique parce que les hommes, conçus à son image, sont devenus méchants et violents. Mais aussi, avec les hommes, tous les animaux de toutes les espèces, à l’exception de ceux que Noé fait entrer dans l’arche.  

Quelle hécatombe ! Quel reniement envers sa propre création imparfaite !

 

Pourquoi le Tout Puissant a-t-il créé l’homme imparfait ? Ce qui donnera beaucoup de grain à moudre aux défenseurs de la foi dans les temps à venir.

Ce Dieu créateur, pourquoi décide t-il d’effacer l’homme de la surface de la terre, et avec lui, toutes les créatures vivantes, supposées innocentes des turpitudes humaines ? Parce que « […] la méchanceté de l’homme était grande sur la terre. » (Gn 6, 5) Où est la Justice divine ? Où sont la miséricorde et la grâce ? Yahvé Dieu, le Tout Puissant, ne peut-il pas corriger les tares de l’homme qu’il vient de créer, pardonner ses fautes ou simplement punir les méchants - séparer l’ivraie du bon grain -, sans anéantir toute vie sur la terre ? Veut-il instaurer une terreur aveugle pour mieux dominer sur ses créatures ? N’est-ce pas la preuve que l’homme a conçu Dieu à son image ? Un Dieu colérique, despotique, infantile et versatile qui, vexé et déçu comme un enfant capricieux, décide de se venger en cassant son jouet, l’homme ? Et avec lui, tout ce qui vit sur la terre.

Si Dieu n’est pas satisfait de sa créature humaine, pourquoi ne l’améliore-t-il pas ? Quand un ouvrier, un mécanicien ou un inventeur conçoit une nouvelle machine et que celle-ci présente des défauts, comment réagit-il ? Il la casse ? Non ! Il la modifie, il la transforme afin qu’elle devienne plus performante. Que penser de ce Dieu colérique qui se comporte comme un enfant gâté qui casse son jouet à la première déception ? Je laisse cette réflexion aux lecteurs. 

 

Deux questions me viennent à l’esprit à propos du Déluge :

- Soit Dieu, pratiquant une sorte d’eugénisme qui privilégie Noé (et sa race) parce qu’il est juste et intègre, et marche avec Lui, veut expurger la race humains de ses tares ? Son projet a échoué ; la suite des événements nous le démontrera. Mais qui peut encore, de nos jours, imaginer qu’un tel système de sélection va produire une génération d’hommes justes et intègres ? Au mépris des lois de la génétique aléatoire.

- Soit Dieu veut simplement punir les hommes parce qu’ils l’ont déçu. Alors, pourquoi exterminer aussi tous les animaux terrestres, aériens et marins innocents des turpitudes humaines ? Où est la cohérence ?

 

Allons-nous assister à une nouvelle création ? Non ! Car Yahvé Dieu dit à Noé :

« […] Entre dans l’arche, toi et toute ta famille ! » (Gn 7, 1)

Or Noé a déjà six cents ans, et sa famille doit être nombreuse, fils et filles, si j’excepte Sem, Cham et Japhet, nés tous les trois depuis un siècle. Une fois de plus, Yahvé Dieu contraint les futurs survivants du déluge à multiplier les mariages consanguins. Ce Dieu là devait ignorer les conséquences sanitaires génétiques de ses décrets.

 

En physique pure, un tel « déluge » est inconcevable. La quantité d’eau nécessaire pour recouvrir toutes les plus hautes montagnes est largement supérieure au volume de tous les océans ; même la fonte des deux calottes glaciaires n’y suffirait pas. Il faut croire que Yahvé Dieu était un piètre physicien, et encore moins hydraulicien et géographe.

 

Voulez-vous d’autres incohérences ?

L’arche mesure trois cents coudées[33] en longueur, cinquante en largeur et trente en hauteur, soit environ cent trente sept mètres de longueur, sur vingt six de largeur et seize en hauteur. A l’époque supposée où vivait Noé, vers 2300 av. J.-C., et pendant toute l’Antiquité, jamais aucun navire n’a atteint de pareilles dimensions. Les plus grandes épaves retrouvées n’excédaient pas vingt mètres de longueur (galères marchandes grecques ou égyptiennes, sous le pharaon Nekao II).

« La crue des eaux sur la terre dura cent cinquante jours. » (Gn 7, 24)

L’arche de Noé doit loger des spécimens, mâles et femelles, de tous les êtres vivant sur la terre, assurer leur cohabitation, leur nourriture, leur subsistance et leur confort, et éviter les carnages entre les animaux féroces, pendant toute la durée du cataclysme. Aucun jardin zoologique, si vaste fut-il, n’a jamais connu une telle concentration d’animaux et de plantes. Sans compter le temps, le travail nécessaire et les expéditions lointaines pour capturer et rapporter un couple de tous les êtres vivants, terrestres, aquatiques et aériens, avec tout ce que cela suppose de cages pour les fauves, d’aquariums d’eau douce et salée pour les poissons et les crustacés, et de volières pour les « oiseaux et volatiles. » Ajoutons les boites de Pietri pour les colonies de microbes et de bactéries dont certaines sont redoutables, quoique à cette époque, comme on ignorait l’existence de telles bestioles, on pouvait s’en passer. Un tel exploit est proprement gigantesque et inconcevable. Plusieurs arches ne suffiraient pas à loger ne serait-ce qu’une infime partie des millions d’espèces d’animaux terrestres, aquatiques et aériens que même à l’heure actuelle, nous sommes encore loin d’avoir répertoriés. Mais un croyant peut toujours rétorquer que Dieu n’est pas avare de miracles et de mystères. La réponse est facile qui ne convainc personne, sauf les naïfs.

 

Passons sur les étapes de ce déluge mythique !

Admirons la précision calendaire du récit : « le second mois, le dix-septième jour du mois […] »  (Gn 8, 4) Sans doute Noé, très bon navigateur, tenait-il un journal de bord fort bien documenté, comme Antonio Pigafetta, le chroniqueur du périple de Magellan ?

Aucun reporter complaisant ne nous a rapporté le récit du carnage diluvien. Cette histoire est un conte mythologique, un récit inventé et agrémenté par les hommes, au cours des siècles, pour servir à l’édification de leurs semblables, et les maintenir dans un état de soumission qui favorise la dictature d’une élite (nous y reviendrons avec Joseph). La Genèse est un Livre de propagande théologique et politique destiné à l’édification du peuple. Monts et merveilles. Et rien de plus. Pour le salut des âmes, peut-être ? Et la paix du peuple ? J’en doute fort. Disons plutôt pour maintenir les hommes dans la soumission ! Légende ou mythe, mais pas réalité historique.

 

Plusieurs mythologies évoquent de semblables déluges.

Nous devons donc supposer qu’il doit y avoir, dans le souvenir transmis par les hommes, un fond de vérité qui remonterait à la préhistoire :

Dans l’épopée sumérienne de Gilgamesh (poème du Supersage) un équivalent de Noé, Uta-Napishtim, fut rejeté par les flots sur le mont Nisin[34] ;

Une autre légende babylonienne, nous raconte les aventures diluviennes de Ziusudra[35], autre Noé ;

Les anciens textes indiens du Mahâbhrâta avec Manou ou iraniens (Videvat), font aussi allusion à un lointain déluge ;

Même les Grecs anciens nous ont transmis le mythe de Deucalion, fils de Prométhée et héros d’une aventure semblable. Jupiter en courroux à cause de la malfaisance des hommes, menace le genre humain de submersion aquatique. Mais Deucalion, le plus juste des hommes, est averti par son père ; il échappe au Déluge avec son épouse Pyrrha, la plus vertueuse des femmes. Sa barque aborde le mont Parnasse. Et le couple mythique repeuple la terre avec une nouvelle race d’hommes plus rustres et plus courageux.

« Nil novi sub sole. » (Si 1, 9)[36]. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil Reconnaissait le Qohelet ou l’Ecclésiaste, sous la plume de Ben Sira. Les rédacteurs de la Genèse n’ont donc rien inventé. Et Yahvé Dieu n’est pas responsable d’un cataclysme légendaire, qui a peut-être existé, mais qui, en aucun cas, n’a pris l’ampleur catastrophique que lui prête le passage de la Genèse.

 

La narration d’un déluge hante les récits mythiques de plusieurs civilisations. Même le Coran[37] reprend cette légende avec Noé, mais il la considère comme une simple inondation. Est ce le résultat d’une transmission orale entre des peuples ? Dès la plus haute antiquité, des courants d’échanges existaient entre les pays et les continents : Europe, Asie, Afrique. Les habitants du Moyen-Orient commerçaient avec l’Inde et avec les peuplades méditerranéennes. Il est possible qu’ils aient transmis leurs légendes et leurs épopées. Il est possible aussi que des inondations catastrophiques aient affecté plusieurs régions du globe, laissant des traces dans les mémoires.

 

Où situer, quand dater, et comment relier le récit du déluge avec des phénomènes météorologiques, maritimes ou telluriens supposés dont les traces resteraient gravées dans les strates de l’écorce terrestre du Moyen Orient ? Prodiges qui auraient marqué la mémoire des peuples ? S’il est difficile de fouiller les couches géologiques profondes pour mieux appréhender les catastrophes du passé, il est encore plus difficile de sonder les méandres de l’esprit humain qui conservent, imparfait et déformé par l’usure du temps, le souvenir lointain et magnifié d’évènements qui ont pu impressionner les populations. Est-ce un phénomène catastrophique ou une lente évolution étalée sur plusieurs siècles ? Vers la fin du pléistocène (il y a environ 12 000 ans) la planète a connu un réchauffement climatique et la fin de la dernière glaciation (Würm). Les deux tiers des glaciers arctiques qui recouvraient une grande partie de l’Europe ont fondu, et le niveau des océans a monté d’environ cent vingt mètres, submergeant ou refoulant les populations qui vivaient au voisinage de la mer, et se nourrissaient principalement de ses produits.

Plusieurs milliers d’années s’écouleront avant que ces récits, transmis oralement et amplifiés et déformés par la rumeur, ne soient couchés sur le papier, incorporés aux Ecritures par la plume des scribes qui devaient les recopier chaque trente ou quarante ans, sous peine de les voir disparaître à cause de la faible durée de vie des encres et des parchemins. Ces textes réputés sacrés, entachés d’erreurs commises par les copistes ou volontairement modifiés pour flatter les puissants, serviront ensuite à éduquer les peuples et à propager la morale imposée, fondée, il va de soi, sur la crainte de Dieu, argument péremptoire qui clôt toute discussion.

La réponse à ces questions appartient aux chercheurs.

 

Depuis Eusèbe Pamphile de Césarée, évêque en Palestine vers l’an 300 de notre ère, (et peut-être d’autres avant lui, mais nous ne le savons pas), et jusqu’en 2010 où une équipe d’explorateurs évangéliques a continué de fouiller le mont Ararat en Turquie, des hommes, croyants convaincus et sincères souvent, on cru à cette fable ; ils ont mené une quête impossible et recherché l’arche mythique que nul n’a jamais retrouvée.

 

A l’issue du Déluge, Yahvé Dieu instaure un nouvel ordre du monde.

 

Il « […] bénit Noé et ses fils » (Gn 9, 1), mais pas sa femme ni ses filles.

Est-ce un oubli ou une volonté délibérée ? Toujours il néglige la femme. Dans le vocabulaire de certains peuples, ce genre d’omission est passé dans les mœurs ; par exemple quand les Italiens, nos contemporains, veulent annoncer : « Monsieur et Madame », ils disent : Signori !, ce qui signifie : « Messieurs ! » Doit-on conclure que l’épouse n’existe pas ou qu’elle a, pour l’occasion, changé de sexe ? Et pourtant, les Italiens sont réputés catholiques universels, disciples du Christ, personnage (Dieu ?) reconnu pour sa grande bonté et gentillesse. Ce prétendu révolutionnaire, ce modèle de tolérance et d’amour, a-t-il élevé la femme à la dignité qui lui revient ? Non ! Ses douze apôtres étaient tous mâles. Aucune femme ne figurait dans le petit groupe formé par ses disciples. La vraie révolution eut consisté à enrôler des femmes dans le cercle restreint des Douze, et même a instaurer la parité. Six apôtres femmes et six apôtres hommes, quelle révolution ! Quant aux prétendues « saintes femmes » qui accompagnaient ses pérégrinations sur les terres de Galilée et de Judée, il ne les consultait pas ; elles le servaient, elles lui lavaient les pieds, elles veillaient sur lui, elles l’écoutaient parler, et elles l’adoraient ; femmes servantes et serviles et rien de plus. Sur Marie Madeleine, la plus dévouée d’entre elles, je laisserai à chacun le soin de penser ce qu’il lui plaît selon sa conception des relations intimes entre un homme (considéré comme un dieu) et une femme.

 

Yahvé Dieu bénit Noé.

Il lui recommande, et à ses fils, d’être féconds, de multiplier :

 « Soyez fécond, multipliez, emplissez la terre ! » (Gn 9, 1)

Et pire encore :

« Soyez la crainte et l’effroi de tous les animaux […] » (Gn 9, 2)

« […] Pullulez sur la terre et la dominez ! » (Gn 9, 7)

Ce principe dominateur et anti écologiste, déjà posé et imposé (Gn 1, 28), sera plusieurs fois rappelé, par la suite. Il implique : conquêtes, domination et esclavage. Dans les siècles des siècles, il dictera la conduite du peuple élu, et des adeptes des religions dérivées : conquête de la terre promise, croisades, djihad majeur et colonialisme confiscatoire de terres. Réfléchissons un peu ! C’est un conseil à courte vue, donné à l’homme sur une planète limitée en espace et richesses. Un défi à l’intelligence. Sans invoquer Malthus, le souverain démiurge a-t-il réfléchi un instant que, selon cet ordre, il y aurait un jour trop d’humains sur notre petite planète finie qui ne pourrait pas supporter l’accroissement continu des humains pullulants et polluants ? Près de trois mille ans, à peine se sont écoulés, un détail en regard de l’infini du temps divin, et nous voici déjà les victimes de la destruction systématique de la flore et de la faune, facteurs nécessaires à notre survie. Et notre espèce est peut-être menacée d’extinction à cause des conséquences encore mal mesurées du réchauffement climatique dont nous portons la responsabilité.

Dieu et l’écologie, cruel débat !  

 

Dieu recommande à l’homme de se nourrir de :

« Tout ce qui se meut et possède la vie […] » (Gn 9, 3), autrement dit, les animaux.

« Seulement, vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c’est-à-dire le sang. » (Gn 9, 4)

Voici donc instauré le manger cascher. Pourquoi ? Mystère ! La cacherout, nourriture spirituelle, est un commandement divin, une mitsva. Trois mille années plus tard, les descendants du peuple élu continuent de respecter ce rite, si grandes sont la puissance des traditions millénaires et la pression de la religion !

Manger casher ?

Cela signifie que les animaux consommés par l’homme doivent être préalablement vidés de leur sang. C’est à dire égorgés. Ne jouons pas avec les mots. Muni d’un couteau particulier « hallaf ou sakin », le sacrificateur « shohet », sectionne la trachée, l’œsophage, les artères carotides et les veines jugulaires de l’animal suspendu par les pattes arrières, la tête en bas, de manière que tout le sang puisse s’écouler.

Pourquoi Dieu exige-t-il que les animaux souffrent atrocement pour nous alimenter ? Quels péchés ont-ils commis pour mériter un tel traitement ?

 

Le Coran recommande aux Musulmans de manger halal.

La même obligation divine exclut le sang mélangé à la viande. Si l’on omet l’orientation de la victime vers la Mecque pendant le sacrifice, pendant l’égorgement halal, la tranchée artère et l’œsophage seront coupés, mais pas nécessairement les artères carotides ni les veines jugulaires. Pour l’animal, la souffrance dans l’horreur est la même. Et toujours parce que Dieu l’a voulu.

 

Après la punition, Dieu pardonne. Enfin, allais-je dire !

Il conclut une alliance avec le peuple de Noé. Le signe de ralliement est l’arc céleste, apparu au milieu des nuées. Enfin, un geste généreux, une repentance. Une marque d’humanité. Elle est à porter au bénéfice de Dieu. 

 


 

 

3)- Du déluge à Abraham (Gn 9-11)

 

 

Dans ce paragraphe se situe l’étrange épisode de la nudité de Noé. (Gn 9, 20 à 27)

Le Patriarche devient cultivateur. Il plante de la vigne, s’enivre, et se dénude à l’intérieur de sa tente. A ce moment, son fils Cham, le frère de Sem et de Japhet, entre dans la tente :

« Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et avertit ses deux frères au dehors. » (Gn 9, 22)

« Mais Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent tous deux sur leurs épaules et, marchant à reculons, couvrirent la nudité de leur père ; leurs visages étaient tournés en arrière et ils ne virent pas la nudité de leur père. » (Gn 9, 23)

Quand Noé se réveille, il est furieux contre son plus jeune fils Cham, et il prononce une malédiction devenue célèbre à l’encontre de son petit-fils Canaan, le fils de Cham :

 

« Maudit soit Canaan !

Qu’il soit pour ses frères

Le dernier des esclaves ! » (Gn 9, 25)

« Béni soit Yahvé, le Dieu de Sem,

Et que Canaan soit son esclave ! » (Gn 9, 26)

 

Noé meurt à l’âge de neuf cent cinquante ans, soit trois cent cinquante ans après le déluge. Ses fils : Sem, Cham et Japhet ont chacun une nombreuse descendance qui se disperse sur la terre après le déluge :

- Les descendants de Japhet iront dans « […] les îles des nations […] Chacun selon sa langue, selon leurs clans et d’après leurs nations. » (Gn 10, 5) ;

- Parmi les fils de Cham, Kush engendre Nemrod[38], le premier potentat sur la terre, et le futur constructeur de la tour de Babel, au pays de Shinéar[39]. De son fils Canaan, sortiront les Cananéens, peuple supposé noir ; 

- Les Sémites sont les descendants de Sem.

 

Sem, Cham et Japhet eurent de nombreux descendants.

« Ce fut à partir d’eux, que les peuples se dispersèrent sur la terre après le déluge. » (Gn 10, 32)

 

La tour de Babel (Gn 11)

La terre se peuple.

« Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. » (Gn 11, 1)

Les hommes s’établissent dans une plaine, au pays de Shinéar. Ils moulent des briques, les cuisent au feu, et les lient avec du bitume. Puis ils disent :

« […] Bâtissons nous une ville et une tour dont le sommet pénètre aux cieux ! Faisons un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre ! » (Gn 11, 4)

 

Or Yahvé descend pour voir la ville et la tour que les hommes ont bâties.

Il dit :

« […] Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leur entreprise. Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. » (Gn 11, 6)

« Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ! » (Gn 11, 7)

Yahvé disperse les hommes sur toute la terre, et ils cessent de bâtir une ville.

Une ville nommée Babel.

 

Les Patriarches après le déluge. (Gn 11, 10 à 32)

 

Dans l’ordre généalogique des successions, les descendants de Sem sont : Arparksahad, Shélah, Eber, Péleg, Réu, Sérug, Nahor, Térah (qui engendra Abram), Nahor et Harân, lequel engendra Lot (qui est donc le neveu d’Abram). Tous ces hommes vivent chacun plusieurs centaines d’années, et ils engendrent une nombreuse progéniture qui n’est pas explicitée dans la Genèse.

A la neuvième génération après Sem (l’un des fils de Noé), soit deux cent soixante deux ans après la fin du déluge, Térah engendre Abram, dans une ville appelée Ur ou Our[40], en Basse Mésopotamie. Plus tard, Térah et sa famille, avec Abram et son épouse Saraï, puis Lot, le neveu d’Abram, quittent Ur. Ils partent s’établir en Canaan, puis arrivés dans une ville nommée Harân, en Haute Mésopotamie, ils s’y installent.

 

 

Commentaires sur le chapitre 3 : Du Déluge à Abraham

 

 

Sur la malédiction de Canaan, on a longtemps glosé, et on discutera encore longtemps sans doute. Les avis des exégètes divergent, d’abord sur le récit, et ensuite sur les conséquences historiques de cette soi-disant malédiction dont les effets se font encore sentir de nos jours.

 - Cham a-t-il seulement observé la nudité de son père Noé ? Et en quoi cette faute justifie-t-elle la malédiction proférée contre son fils Canaan ?

- Autre hypothèse : Cham a-t-il sodomisé Noé pendant son sommeil éthylique ? Et pourquoi le seul Canaan devrait-il payer, et non pas le coupable, Cham lui-même ?

- Enfin, troisième supposition, Cham a-t-il commis l’inceste avec sa mère ?[41] Et, ce qui est plus grave encore, s’en est-il vanté auprès de ses frères ? Dans ce cas, nous comprenons mieux pourquoi Noé maudit Canaan, le fruit de cette coupable union, bien qu’il soit innocent de la faute supposée de son père. Cette hypothèse justifie la malédiction sur Canaan, énoncée en termes non équivoques :

« Maudit soit Canaan ! Qu’il soit pour ses frères le dernier des esclaves ! » (Gn 9, 25)

 

Plus tard, se fondant sur cette malédiction biblique, des hommes blancs ont justifié l’exploitation des peuples noirs, descendants supposés de Canaan, et des trafiquants indigènes et arabes[42] ont capturé des esclaves noirs pour les revendre aux négociants blancs venus d’Europe qui pratiquaient le commerce triangulaire lucratif entre l’Afrique, l’Amérique et l’Europe. Ainsi, des millions d’hommes noirs ont subi l’esclavage, ont souffert atrocement dans leur chair et dans leur âme. Ils sont morts à cause de la cupidité des trafiquants européens et des planteurs de coton et de canne à sucre du Nouveau Monde, absous de leurs crimes par des considérations bibliques affabulatoires, tirées du livre de la Genèse.

En Afrique du Sud, la malédiction de Cham nourrit encore les préjugés raciaux de certains Afrikanders.[43]

 

Cette malédiction n’empêchera pas les fils de Canaan d’occuper la « terre promise », le pays de Canaan, au moins jusqu’à la conquête par les Hébreux conduits par Josué. Mais elle justifiera, plus tard, les atrocités commises pendant ladite conquête, puisque les fils de Canaan, en proie à la malédiction de Noé, furent cruellement chassés de leur pays et condamnés à l’anathème avec la bénédiction de Yahvé Dieu, explicite dans le texte.  

 

Des fouilles archéologiques effectuées en l’an 2000 par l'Allemande Feltings Dina et le Français Pierre Miroschedji[44] confirment la présence de peuples noirs apparentés aux Phéniciens, dans la région de Canaan, voisine de Tyr, vers la fin du quatrième millénaire et au début du troisième av. J.-C.

De nombreuses interprétations furent émises sur ce texte biblique assez obscur, il est vrai, et où tout devient possible quand chacun y projette ses propres fantasmes ; mais reconnaissons le, aucune n’est vraiment fondée. 

 

Personne ne connaît la vérité sur la tour de Babel[45]. Aucun vestige archéologique n’a été découvert, hormis les anciennes ziggourats mésopotamiennes érigées en briques de terre cuite, et dont certaines pouvaient atteindre jusqu’à sept étages (Elemenanki à Babylone). Précurseurs ou contemporaines des pyramides d’Egypte ? Et on en a trouvé beaucoup. Ces constructions édifiées dans la région de Babylone, Sumer (l’antique plaine de Shinear), et observées par les Juifs déportés au VIè siècle av. J.-C., ont pu servir de modèle à cette légende.

 

On a beaucoup glosé sur le sujet. Des écrivains (Isaac Asimov et Stephan Zweig), un réalisateur (Fritz Lang avec le film Metropolis), une psychanalyste (Marie Balmary) et un ecclésiastique (Monseigneur François Marty), ont avancé des hypothèses, et suggéré des explications. Mais tout cela ressort de l’imaginaire. La matière sur laquelle se fondent leurs  travaux manque cruellement, et le texte biblique est insuffisamment précis.

 

L’important réside moins dans l’histoire fantaisiste brièvement esquissée que dans le comportement de ce Dieu trop humain : possessif, jaloux et névrosé. Il craint que les hommes, ses créatures, réunis en une seule nation, et capables d’ériger une tour qui monte jusqu’au cieux, ne lui contestent ses pouvoirs : « Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. » (Gn 11, 6) De même qu’il a chassé Adam et Eve du paradis terrestre parce qu’ils avaient goûté au fruit de l’arbre de la connaissance, il disperse les hommes trop entreprenants. Il les contraint à parler plusieurs langues pour qu’ils ne s’unissent plus pour construire une tour. Divide ut regnes ! Divise pour régner ! Recommandaient les anciens stratèges. Divide et impera ! Préconisait Machiavel.

 Sous une autre forme, on retrouve le mythe de Prométhée[46]. Ce Titan ravit le feu du ciel (char d’Apollon) pour le donner aux hommes. Très irrité, Zeus, le roi des dieux de l’Olympe, le condamne à un singulier supplice ; enchaîné sur le mont Caucase, chaque jour un aigle dévore son foie qui renaît la nuit.

Ces histoires fabuleuses relèvent toutes du domaine mythique.

 

Quand on considère la descendance de Noé et de ses fils : Sem, Cham et Japhet, après le Déluge, on ne trouve mentionné aucun nom de femme. Les compagnes que Dieu a données aux hommes (mâles) pour leur venir en aide, sont indignement oubliées dans le palmarès successoral.   


 

 

4)-Histoire d’Abraham Gn (12 à 25)

 

 

Abraham s’appelait alors Abram.

Il habitait à Harân avec sa femme Saraï et son père Térah.

 

Plus tard, Yahvé ordonne à Abram :

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai. » (Gn 12, 1)

« Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom […] » (Gn 12, 2)

« Je bénirai ceux qui te béniront,

Je réprouverai ceux qui te maudiront.

Par toi se béniront toutes les nations de la terre. » (Gn 12, 3)

 

A l’âge de soixante-quinze ans, Abram émigre, avec sa femme Saraï et son neveu Lot. Arrivé au pays des Cananéens, le futur patriarche s’arrête au lieu saint de Sichem, au Chêne de Moré. Yahvé lui apparaît, et lui annonce :

« C’est à ta postérité que je donnerai ce pays. » (Gn 12, 7)

 

Plus tard, chassé par la famine, Abram se réfugie en Egypte. Mais, craignant d’être tué par les Egyptiens qui convoitent son épouse qui est une très belle femme, il prétend que Saraï est sa propre sœur, et il la cède au Pharaon qui l’emmène dans son palais. Cette transaction lui rapporte des nombreux avantages :

« […] du petit et du gros bétail, des ânes, des esclaves, des servantes, des ânesses, des chameaux. » (Gn 12, 16)

Heureusement, Yahvé veille sur son protégé ; il frappe Pharaon et sa maison de grandes plaies. Aussitôt Pharaon libère Saraï, puis il fait reconduire Abram à la frontière. Et Abram, devenu très riche, revient en Canaan, avec son épouse et son neveu Lot, lui aussi richement doté.

 

Comme le pays ne suffit pas à nourrir leurs nombreux troupeaux, Abram se sépare de Lot. Magnanime, il lui laisse le choix de son installation. Lot choisit la riche plaine du Jourdain : « c’était avant que Dieu ne détruisît Sodome et Gomorrhe » (Gn 13, 10), et Abram s’installe au pays de Canaan où « il dressa ses tentes jusqu’à Sodome. » (Gn 13, 12)

Après que Lot se fut séparé de lui, Yahvé dit à Abram :

« Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es, vers le Nord et le Midi, vers l’Orient et l’Occident. (Gn 13, 14) Tout le pays que tu vois, je te le donnerai à toi et à ta postérité pour toujours. » (Gn 13, 15)

Abram s’établit au chêne de Mambré, qui est à Hebron. Et il érige un autel.

 

Sur ses nouvelles terres, Abram lutte contre quatre grands rois dont certains avaient emmené Lot en captivité, après avoir pillé Sodome et Gomorrhe. Il les vainc tous, et il délivre son neveu, sa famille et ses biens, puis il reçoit la bénédiction de Melchisédech, le roi de Shalem :

« Béni soit Abram par le Dieu Très Haut qui créa ciel la terre […] » (Gn 14, 19)

 

Abram est sujet à plusieurs visions oniriques :

- Yahvé lui demande de lever les yeux au ciel et de dénombrer les étoiles, « […] si tu peux les dénombrer » et il lui dit : ″Telle sera ta postérité.″ » (Gn 15, 5)

- Yahvé demande à Abram de procéder à plusieurs sacrifices d’animaux, puis il le plonge dans un profond sommeil, et lui annonce qu’il mourra en paix, au terme d’une vieillesse heureuse, mais que ses descendants reviendront ici à la quatrième génération.

- Enfin, Yahvé conclut une alliance avec Abram :

« […] A ta postérité, je donne ce pays, du torrent d’Egype au Grand Fleuve, le fleuve de l’Euphrate (Gn 15, 18), les Quénites, les Quénizzites, les Qadmonites (Gn 15, 19), les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm (Gn 15, 20, les Amorites, les Cananéens, les Girghashites, les Jébuséens. » (Gn 15, 21)

 

Naissance d’Ismaël (Gn 16)

 

Saraï, la femme d’Abram, ne lui donne pas d’enfant ; aussi, lui conseille-t-elle de prendre sa servante qui lui donnera les enfants qu’elle ne peut avoir.

« Et Abram écouta la voix de Saraï. » (Gn 16, 2)

« Sa femme prit Agar l’Egyptienne pour servante, et la donna pour femme à son mari. » (Gn 16, 3)

Abram « connaît » Agar qui tombe enceinte.

Mais Saraï devient jalouse ; elle maltraite la malheureuse, et la contraint à s’enfuir dans le désert. Par chance, Agar rencontre l’Ange de Yahvé. Il lui ordonne de retourner auprès de sa maîtresse, et lui annonce :

« Tu es enceinte et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom d’Ismaël[47], car Yahvé a entendu ta détresse. » (Gn 16, 11)

« Celui là sera un onagre d’homme […].Il s’établira à la face de tous ses frères. » (Gn 16, 12)

A la naissance d’Ismaël, Abram a quatre-vingt-six ans.

 

L’alliance et la circoncision (Gn 17)

 

Abram a quatre-vingt-dix-neuf ans. Yahvé lui apparaît, et lui dit :

- « […] Je suis El Shaddaï, marche en ma présence et sois parfait. » (Gn 17, 1)

- « J’établis mon alliance entre moi et toi, et je t’accroîtrai extrêmement. » (Gn 17, 2)

- « Et l’on ne t’appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te fais père d’une multitude de peuples. » (Gn 17, 5)

- « A toi et à ta race après toi, je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession à perpétuité, et je serai votre Dieu. » (Gn 17, 8)

- « Quand ils auront huit jours, tous vos mâles seront circoncis, de génération en génération. Qu’il soit né dans ta maison ou acheté à prix d’argent à quelque étranger qui n’est pas de ta race, on devra circoncire celui qui est né dans la maison et celui qui est acheté à prix d’argentMon alliance sera marquée dans votre chair comme une alliance perpétuelle. (Gn 17, 13)

- « L’incirconcis, le mâle dont on n’aura pas coupé la chair du prépuce, cette vie là sera retranchée de sa parenté ; il a violé mon alliance ». (Gn 17, 14)

- « Ta femme Saraï, tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom est Sara. » (Gn 17, 15)

- « Ta femme Sara te donnera un fils, tu l’appelleras Isaac, j’établirai mon alliance avec lui, comme une alliance perpétuelle pour être son Dieu et celui de sa race après lui. » (Gn 17, 19)

Abraham circoncit Ismaël qui a treize ans, et lui-même qui en a quatre-vingt-dix neuf. Et aussi : « […] tous les hommes de sa maison, enfants de la maison ou étrangers acquis à prix d’argent, furent circoncis avec lui. » (Gn 17, 27)

 

Abraham voit encore Yahvé sous le chêne de Mambré.

« […] voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui […] » (Gn 18, 2)

L’un des hôtes lui annonce que Sara aura un fils nommé Isaac, dans un an. Or Sara, trop vieille pour enfanter, écoutait la conversation, et elle se mit à rire et à douter. Mais Yahvé dit à Abraham :

« […] Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? A la même saison, l’an prochain, je reviendrai chez toi et Sara aura un fils. » (Gn 18, 14)

 

La destruction de Sodome et de Gomorrhe (Gn 18 et 19)

 

Yahvé Dieu avertit Abraham qu’il va détruire Sodome et Gomorrhe. Ce sont des villes pécheresses :

« Le cri contre Sodome et Gomorrhe est bien grand ! Leur péché est bien grave ! » (Gn 18, 20).

Abraham supplie Yahvé d’épargner Sodome, si seulement cinquante justes s’y trouvent, mais Dieu refuse de négocier. Abraham réduit sa prétention à quarante, puis en habile négociateur, il arrive à dix. Yahvé fini par accepter :

« […] Je ne détruirai pas, à cause des dix. » (Gn 18, 32)

 

Le soir, dans sa maison de Sodome, Lot héberge deux visiteurs affamés. Ce sont deux anges envoyés par Yahvé, mais il l’ignore. Tout le peuple de Sodome cerne sa maison, et lui demande : « […] Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène les nous pour que nous en abusions. » (Gn 19, 5)

Lot sort de sa maison, referme sa porte, et leur propose le marché suivant :

« J’ai deux filles qui sont encore vierges, je vais vous les amener : faites leur ce qui vous semble bon, mais pour ces hommes, ne leur faites rien puisqu’ils sont entrés sous l’ombre de mon toit. » (Gn 19, 8)

En souvenir d’Abraham, les anges font s’éloigner Lot, son épouse et ses deux filles.

Et Yahvé fait « […] pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe, du soufre et du feu venant de Yahvé (Gn 19, 24), et il renversa ces villes et toute la plaine, avec tous les habitants des villes et la végétation du sol. » (Gn 19, 25)

 

Origine de Moabites et des Ammonites (Gn 19, 30 à 38)

 

Lot s’installe dans une grotte isolée dans la montagne, avec ses deux filles. Mais les demoiselles, restées célibataires, désirent se donner une descendance. Elles enivrent leur père, puis elles s’accouplent l’une après l’autre avec lui pendant son délire éthylique. Ainsi naissent :

- De l’aînée, Moab qui deviendra l’ancêtre des Moabites ;

- Et de la cadette, Ben-Ammi, le père des Béné-Ammon ou Ammonites.

 

Le séjour à Gérar, le pays du Néguev (Gn 20)

 

Abraham séjourne au pays de Gérar dont le roi se nomme Abimélek. Comme il craint d’être tué parce que sa femme Sara, très belle, est convoitée par le roi, il fait croire qu’elle est sa sœur. Le roi Abimélek l’enlève, mais ne la touche pas. Pendant la nuit, Yahvé Dieu lui apparaît en songe, et lui ordonne de rendre Sara à son époux légitime, sous peine de mort, lui et tous les siens :

« Maintenant, rend la femme de cet homme : il est prophète et il intercédera pour toi afin que tu vives. Mais si tu ne la rends pas, sache que tu mourras sûrement avec tous les tiens. » (Gn 20, 7)

Le souverain du pays de Gérar comprend son erreur. Il s’excuse auprès d’Abraham, lui rend son épouse Sara, et le comble de bienfaits :

« […] du petit et du gros bétail, des serviteurs, des servantes […] » (Gn 20, 14)

Il lui propose même de s’installer où bon lui semble sur son territoire :

« […] Vois mon pays est ouvert devant toi. Établis-toi où bon te semble. » (Gn 20, 15)

Il lui verse en plus « […] mille pièces d’argent […]. » (Gn 20, 16)

Abraham prie Dieu qui  guérit Abimélek, et délivre ses femmes de leur stérilité :

« Car Yahvé avait rendu stérile le sein de toutes les femmes dans la maison d’Abimélek. » (Gn 20, 18)

 

Naissance d’Isaac (Gn 21, 1-7)

 

« Yahvé visita Sara, […] et il fit pour elle comme il avait promis. » (Gn 21, 1)

« Sara conçut et enfanta un fils à Abraham, dans sa vieillesse » : (Gn 21, 2).

Abraham a cent ans, quand lui naît un fils nommé Isaac.

 

Renvoi d’Agar et d’Ismaël (Gn 21, 8 à 20)

 

Plus tard, Sara supplie Abraham de chasser sa servante Agar et son fils Ismaël.

Yahvé Dieu accepte cette relégation. Il dit à Abraham :

« Ne te chagrine pas à cause du petit et de ta servante, tout ce que Sara te demande, accorde-le car c’est par Isaac qu’une descendance perpétuera ton nom » (Gn 21, 12)

Mais Dieu veille sur Agar qui est en exil dans le désert de Bersabée, et il protège Ismaël : « […] j’en ferai un grand peuple » (Gn 21, 18), même s’il n’est pas le peuple élu.

Ismaël devient tireur d’arc et il épouse une femme d’Égypte.

 

Abraham et Abimélek (Gn 21, 22 à 34)

 

Abraham rencontre Abimélek avec qui il conclut une alliance au lieudit Bersabée, puis il séjourne longtemps au pays des Philistins.

 

Le sacrifice d’Isaac (Gn 22)

 

Yahvé Dieu veut éprouver Abraham. Il lui ordonne :

« Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va t-en au pays de Moriyya[48], et là, tu l’offriras en holocauste sur une montagne que je t’indiquerai. » (Gn 22, 2)

 

Sans hésiter, Abraham s’exécute. Il fait même porter le bois destiné au bûcher par son fils qu’il s’apprête à immoler bientôt. Et quand Isaac lui demande où est l’agneau du sacrifice, Abraham lui répond :

« C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils […]. » (Gn 22, 8)

 

Au moment de sacrifier son fils bien aimé, quand Abraham lève son couteau sur Isaac lié sur le bûcher, un ange apparaît dans le ciel ; il lui ordonne de libérer l’enfant. Yahvé avait soumis Abraham à une épreuve pour vérifier jusqu’où la crainte de Dieu le mènerait. L’épreuve est réussie, et par chance, un bélier, « […] qui s’était pris les cornes dans un buisson […] » (Gn 22, 13), est offert en holocauste à la place d’Isaac.

 

Yahvé Dieu promet à Abraham :

« […] je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité conquerra la porte de ses ennemis. » (Gn 22, 17)

 

Mort de Sara (Gn 23)

 

Abraham est déjà bien avancé en âge, quand Sara meurt à Qiryat-Arba (Hébron) ; elle a cent vingt-sept ans. On l’enterre :

 « […] dans la grotte du champ de Mapkéla, vis-à-vis de Mambré, au pays de Canaan. » (Gn 23, 19)

 

Mariage d’Isaac (Gn 24)

 

Pour marier son fils unique, Abraham envoie un serviteur lui choisir une femme au pays de ses parents, car il ne veut pas que son fils prenne une épouse cananéenne. Le serviteur revient avec Rébecca, fille de Bétuel et petite fille de Milka et de Nahor, le frère du Patriarche. Rébecca est aussi la sœur de Laban. Arrivée devant Isaac, Rébecca prend son voile, et se couvre le visage.

 

Sara morte, Abraham épouse Qetura, qui lui donne six enfants (Gn 25, 2). Mais il cède tous ses biens à Isaac.

 

Mort d’Abraham (Gn 25, 7 à 11)

 

Le Patriarche meurt à l’âge de cent soixante-quinze ans. Sa dépouille est enterrée « […] dans la grotte de Makpéla […] vis-à-vis de Mambré » (Gn 25, 9), auprès de sa femme Sara.

 

Descendance d’Ismaël (Gn 25, 12 à 18)

 

Ismaël, père de nombreux enfants, « […] douze chefs d’autant de tribus » (Gn 25, 16) qui occupent de nombreux douars et camps, «  […] depuis Havila jusqu’à Shur […], » (Gn 25, 18)

Il meurt à l’âge de cent trente-sept ans.

 

 

Commentaires sur le chapitre 4 : Histoire d’Abraham

 

 

Sur les dates et sur les âges des intervenants, la Genèse est d’une précision horlogère. Ne nous étonnons pas ! Dieu a inspiré ce Livre, et il ne peut « ni se tromper ni nous tromper » selon le catéchisme de l’Église catholique. Pour les croyants, tout est vrai, puisque c’est écrit, même si aucune trace historique ni aucun vestige archéologique, n’ont jamais confirmé ces merveilleux récits. Pour être convaincu, il suffit de croire ; surtout ne pas chercher à comprendre ni analyser.

 

Yahvé Dieu fait le choix magistral d’Abram (le futur Abraham) pour devenir le père d’un «  grand peuple » a vocation universelle. Il lui donne un pays « pour toujours » mais ce pays est habité par dix nations : « les Quénites, les Quénizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm, les Amorites, les Cananéens, les Girghashites, les Jébuséens. » (Gn 15, 18 à 21) Qu’importe ! Plus tard, en vertu de l’alliance passée avec leur Dieu, les descendants du Patriarche les combattront, les vaincront, les extermineront, prendront leurs femmes vierges pour esclaves, et ils confisqueront leurs terres.

 

Pourquoi Yahvé Dieu a-t-il choisi Abraham pour devenir le Père du « peuple élu » ? Le Patriarche vénéré par les trois religions du Livre, est un homme couard, menteur, retors, souteneur et cupide. Il ment au Pharaon pour sauver sa vie, et il lui abandonne sa femme Saraï, mais il accepte ses dons, et il s’enrichit énormément.

Soyons lucides : cet homme prostitue son épouse. Et pourtant Dieu ne lui fait aucun reproche ; il vient même en aide à cet époux indigne ; pire encore, il punit le Pharaon, innocent et trompé, et il l’oblige à restituer l’épouse d’Abram, et à le couvrir de richesses, de troupeaux et de biens dont le Patriarche profitera avec son neveu Lot.

La femme, traitée comme un bien meuble, est décidément méprisée par ce Dieu là.

Yahvé Dieu est injuste envers le Pharaon. Il agit selon ses caprices. Caprices de souverain absolu. Selon que vous adorerez et reconnaîtrez le seul vrai Dieu ou non, vous bénéficierez de son indulgence ou vous subirez sa « juste » colère. Toutes les religions du Livre sont ainsi conçues : l’histoire nous montre qu’elles privilégient les puissants, dans la mesure où ils se soumettent à la « loi » de Dieu, c’est-à-dire ils s’allient du clergé ; elles condamnent ou massacrent les mécréants (à l’occasion), et confisquent leurs biens.

 

La même aventure se reproduit au pays de Gérar. Le couard Abraham craint pour sa vie. Il prétend que son épouse est sa sœur - même mensonge -, et il l’abandonne au roi Abimélek qui lui offre l’hospitalité. Une fois encore, Yahvé, Dieu injuste, punit Abimélek qui n’a commis aucune faute ; il rend stériles toutes ses femmes.

Pourquoi se venger sur les femmes d’Abimélek ? Elles ne sont pas responsables du mensonge, de la couardise et de la duplicité d’Abraham ? Et pourquoi Dieu ne châtie-t-il pas Abraham, le seul vrai responsable de ce vaudeville déplorable et sinistre ? Parce qu’Abraham est fidèle à Yahvé Dieu. Partout où il s’installe, il bâtit un autel à Yahvé, il invoque son nom, et il lui offre des sacrifices. Ce Dieu insatiable et friand de sacrifices favorise ses adeptes. Il intervient en faveur d’Abraham qui retrouve son épouse, et reçoit beaucoup de biens, une somme d’argent et même des territoires. Abimélek, comme le Pharaon, subit les foudres de ce Dieu injuste et partial. Et Abraham s’enrichit d’avoir prostitué son épouse.

 

Où est la morale ?

Yahvé Dieu impose une loi inique, celle du plus fort. Il donne l’avantage à ceux qui l’adorent sans conditions[49]. Alors, religion d’obédience ? Cette histoire nous offre un avant-goût de la toute puissance du souverain absolu. O Dieu, que d’injustices et de malheur n’a-t-on pas fait subir aux hommes en ton saint nom ! Dieu joue avec les hommes, il méprise les femmes, et il couvre l’abjection de ses fidèles. De nos jours encore, l’Église se montre tolérante envers les fautes des membres de son clergé.

 

Pour compléter le portrait de ce démiurge trop partial, rappelons qu’Abraham, revenu au pays de Canaan, trompe son épouse Sara avec Agar, sa servante égyptienne. A sa décharge, il allègue une double excuse : d’une part, Sara ne peut pas lui donner l’héritier mâle qu’il souhaite, et d’autre part, elle lui propose elle-même de « connaître » sa propre servante. Mais, a-t-elle le pouvoir de refuser ce service à son époux et maître ? Est-elle vraiment consentante ? On peut penser que non, puisque, plus tard, très jalouse de sa rivale enceinte, elle demande à Abraham de chasser cette malheureuse. Et le Patriarche, qui n’est pas à une indignité près, livre Agar entre les mains de son épouse Saraï qui « […] la maltraite tellement que l’autre s’enfuit devant elle. » (Gn 16, 6) alors qu’elle est enceinte d’Ismaël, le futur père d’un peuple qui ne sera pas le « peuple élu », mais celui des Ismaélites d’où sortira Mahomet, le prophète de l’Islam.

Une fois encore, Yahvé Dieu couvre cette ignominie parce que le futur nouveau-né, Ismaël, n’est pas celui qu’il a choisi pour conduire les destinées du « peuple élu. »

Le Coran qualifie Ismaël par deux fois « l’endurant », celui que la Genèse appelle : « un onagre pour l’homme. » (Gn 16, 12)

Magnanime, Yahvé Dieu protège Ismaël. Il fera de lui le père d’un « grand peuple » (Gn 21, 18), mais ce ne sera pas le « peuple élu ».

 

Ces récits nous donnent une piètre image du célèbre Patriarche Abraham, reconnu et vénéré par les trois religions du Livre : judaïque, chrétienne et islamique. Cet homme est couard, menteur, cupide et influençable, qui cède aux caprices de son épouse Saraï jalouse de sa servante Agar. Son comportement est indigne d’un homme de bien, et son attitude à l’égard des femmes montre à quel point, en ces temps là, on tenait la compagne de l’homme pour une quantité négligeable, mais toujours sous l’œil bienveillant de Yahvé Dieu, juge partial et intéressé.

Le comportement indigne d’Abraham a même choqué Paul de Tarse[50] qui, plus tard, évitera de mentionner le sacrifice avorté d’Isaac.

Quant à Yahvé Dieu, il voit tout, et il sait tout, mais il laisse faire parce qu’il a choisi Abraham, homme lige, pour engendrer des fils d’où sortira son « peuple élu ». Ce Dieu là pratique un favoritisme d’exclusion.

 

Plus sordide encore est l’attitude de Lot envers ses filles.

Soucieux de protéger ses hôtes, deux anges de Dieu, venus incognito lui demander asile, il n’hésite pas à proposer à la canaille qui assiège sa maison, de lui livrer ses deux filles encore vierges, à la place de ses hôtes : « J’ai deux filles qui sont encore vierges, je vais vous les amener : faites leur ce qui vous semble bon ! » (Gn 19, 8) Le devoir d’hospitalité passe avant l’amour paternel et le respect de l’intégrité physique et morale de la femme.

Plus tard, les deux demoiselles se vengeront à leur manière ; elles abuseront de ce père indigne après l’avoir saoulé. Elles enfanteront des fils qui deviendront les pères des peuples Moabites et Ammonites. Hélas pour eux, ils sont étrangers au « peuple élu », et leurs descendants seront voués à l’anathème, c'est-à-dire condamnés à disparaître sous les coups des Hébreux conduits par Josué, au moment de la conquête de la terre promise.

 

A qui me répondra qu’en ces temps-là, le statut de la femme n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, je répondrai : Sans doute ! Mais Dieu, le Tout Puissant, l’Omnipotent, le miséricordieux, pourquoi a-t-il laissé perpétrer une telle injustice ? Pourquoi n’a-t-il pas enseigné aux hommes que la femme doit être l’égale de l’homme, en droit. Et pourquoi Dieu serait-il incapable de faire régner la justice ?

Comme il est impensable d’imaginer un Dieu imparfait dans ses œuvres, je suis enclin à considérer que Yahvé est une invention humaine, imaginée par des mâles surtout, pour affirmer leur domination sur les femmes, traitées comme des servantes et presque des esclaves. Mais je puis me tromper.

 

En dépit des défauts et du comportement aberrant d’Abraham, Yahvé conclut un pacte d’alliance avec lui. Il lui promet une terre, celle précisément où il habite, mais que ses descendants opprimés (Gn 15, 13) devront conquérir par le glaive et le feu, et arracher à leurs petits cousins, les Cananéens, issus du même patriarche Noé, mais qui, eux, ne bénéficient pas de la divine alliance.

Pourquoi Yahvé Dieu a-t-il choisi pour Patriarche, un homme lâche, couard, menteur et cupide ?

Allez savoir ? Divin mystère. Les voies du Seigneur sont insondables.

Une seule réponse me semble plausible. Cette histoire, écrite par des hommes, sert, in fine, à justifier plus tard la mainmise du peuple hébreu sur les territoires de Canaan, par la guerre de conquête. Avec Abraham, les scribes inféodés au pouvoir des prêtres légitiment la conquête de la « terre promise » et la domination sur les peuples innocents que, plus d’un demi millénaire plus tard, Josué chassera de leurs pays avec une cruauté féroce. Certains seront exterminés avec une sauvagerie inouïe : épée, feu et pal.

Et Dieu ? Il sert de caution. Un moyen fort pratique, en somme, pour justifier les turpitudes et les crimes (à venir) des hommes.

 

Dix peuples vont subir - voir le livre de Josué -, les assauts meurtriers du « peuple élu », avec la bénédiction de Yahvé Dieu :  « […] les Quénites, les Quénizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm, les Amorites, les Cananéens, les Girghashites, les Jébuséens. » (Gn 15, 19 à 21)

 

Est-il besoin d’autres commentaires ? Beaucoup d’interprétations ont été avancées sur ce même sujet. Que devons nous penser d’Abraham ? Cet homme, choisi par Yahvé, ce mari couard, indigne et menteur, prostitue deux fois son épouse Sara pour obtenir des richesses, sachant pertinemment que Yahvé le soutiendra. Puis il « connaît » la servante de sa femme ? Et Dieu, complice de ses forfaits, l’assiste, et l’absout. Est-il coupable lui aussi ? Ce démiurge fut conçu par l’homme à son image et pour le servir ?

 

Pour marier son fils Isaac, Abraham exclut toute femme cananéenne. Racisme primitif ou souci de pureté ethnique ? Qu’importe ! Le cher enfant épousera Rébecca, sa petite cousine. N’eut-il pas mieux valu qu’il conclût un mariage non consanguin ? Avec une jeune fille de l’un de ces peuples étranger à sa « race »[51]

 

Au moment d’aborder son futur époux et maître, la jeune Rébecca se voile la face, mais le jeune homme, lui, ne dissimule pas son visage. Pourquoi la femme doit-elle se soumettre à un rituel auquel l’homme n’est pas astreint ?

 

A chaque étape du Livre de la Genèse, on découvre, par petites touches, les égratignures faites aux droits légitimes des femmes ; elles les empêchent de mener une vie normale, conforme à leur statut d’être humain. Les hommes ont imaginé une loi qui, nous le verrons plus tard, est proclamée d’essence divine et restreint énormément la liberté des femmes. 

 

Dieu conclut une alliance avec son futur peuple représenté en la personne d’Abram, renommé pour la circonstance Abraham.

Peuple élu, mais circoncit[52], prépuce entaillé avec un couteau de silex[53] poli, et chairs mutilées des mâles, en signe de reconnaissance. Les fondateurs du mythe prétendent que Dieu a voulu cette marque d’alliance. En son nom et pour sa gloire, des millions d’enfants mâles ont été et sont encore mutilés, et leurs pénis privés d’une partie de leurs terminaisons nerveuses, avec pour conséquences des érections douloureuses et des libidos perturbées. Comment s’opposer à la volonté de Dieu ? Quand elle s’exprime par l’entremise des rabbins et autrefois du grand Sanhédrin (jusqu’en l’an 70 apr. J.-C.) ?

 

« Mon alliance sera marquée dans votre chair […] » (Gn 17, 13 à 26)

 

Isaac est circoncis à l’âge de treize ans, et Abraham à quatre-vingt-dix-neuf. Imagine-t-on la douleur causée par cette opération, à ces âges ? Cette opération douloureuse concerne tous les habitants de la maison d’Abraham :

 « […] celui qui est né dans la maison et celui qui est acheté à prix d’argent » (Gn 17, 13)

La nouvelle religion s’impose à tous. Par contrainte. Il n’y a pas d’échappatoire, sinon, la mort.

« L’incirconcis, le mâle dont on n’aura pas coupé la chair du prépuce, cette vie-là sera retranchée de sa parenté. Il a violé mon alliance. » (Gn 17, 14)

Tout est dit. C’est la circoncision ou la mort, si l’on prend à la lettre le sens du verbe retrancher utilisé en d’autres circonstances : retrancher de son peuple.

 

Pour couronner l’édifice de l’alliance, ou plutôt de la soumission à un Dieu jaloux et partial, voici le sacrifice suprême. Yahvé Dieu veut éprouver Abraham. Il lui demande de lui sacrifier son fils bien-aimé : Isaac, la chair de sa chair, « ton fils unique que tu chéris ». Comment réagit le Patriarche ? Sans hésiter, il prépare un bûcher. Pire encore, il contraint son malheureux fils à porter sur son dos le bois destiné à son propre holocauste, et quand celui-ci lui demande où est l’agneau du sacrifice, il lui ment effrontément :

« C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils […] » (Gn 22, 8)

Ce comportement est-il digne d’un père affectueux ? Que de crimes seront perpétrés contre des innocents au nom de Dieu miséricordieux, au cours des siècles à venir ! Heureusement, Yahvé compatit. Au moment où Abraham lève son couteau pour frapper son fils ligoté sur le bûcher, Yahvé lui dépêche un ange qui interrompt son geste. Un bélier qui, par hasard, s’est encorné dans un buisson, fera l’affaire.

 

On établira facilement le parallèle avec le mythe d’Iphigénie en Aulis. Sur les conseils du devin Calchas, son père Agamemnon veut l’offrir en sacrifice, pour que la déesse Artémis libère enfin la flotte grecque en partance pour son deuxième voyage vers Ilion[54]. Heureusement, au moment critique, Artémis suspend le geste sacrificiel d’Agamemnon, sauve Iphigénie de la mort, et libère les vents favorables. Comme Abraham ment à son fils Isaac, Agamemnon ment à Iphigénie ; pour la convaincre de venir en Aulis, il lui fait miroiter un mariage de rêve avec Achille, le roi des Myrmidons.

 

Des travaux scientifiques très importants, menés par les archéologues, ont permis de conclure que le nom Abraham était courant dans l’antique Mésopotamie. Mais aucune migration correspondant à celle du Patriarche biblique n’a pu être mise en évidence. Bien que son histoire soit relatée dans le livre de la Genèse avec un luxe de détails propres aux récits fondés sur la réalité vécue, on ne peut pas conclure qu’Abraham de l’Ancien Testament fut un personnage historique avéré[55] [56]. Ce conte légendaire (rédigé sans doute entre le VIIè et le Vè siècle av. J.-C.[57]) est révélateur de l’attente divine.

 

Les Musulmans reconnaissent ce Patriarche qu’ils appellent Ibrahim, mais ils considèrent qu’Ismaël, son second fils, fut l’enfant promis à l’holocauste, et non pas Isaac.

 

Dieu est tout. L’homme n’est rien ; il doit se plier à ses exigences et caprices. Et les prêtres sont les ministres de ce Dieu devant lequel tout homme doit se soumettre et obéir. Quel est le moteur du système religieux ? La crainte de Dieu, mais pas l’amour. Et où conduit la crainte de Dieu ? Au sacrifice des animaux et des hommes, à l’exclusion des non croyants, ces mécréants qui refusent de se convertir, à l’intégrisme et au fanatisme parfois, déviations mentales qui continuent de faire des victimes de nos jours : ostracisme, attentats et tueries. L’homme suggestionné, influencé et abusé par ces croyances, hypnotisé par des visions psychédéliques, victime de manipulations mentales et impressionné par la pompe liturgique ou l’attrait du rêve, devient capable des pires horreurs.

 

On peut invoquer le mythe, considérer que les mœurs de cette époque étaient encore barbares, et que les sacrifices d’animaux et d’humains sur les autels de pierre étaient fort répandus. Il n’empêche que certains parmi ceux qui ont cru à ces histoires se sont comportés en véritables criminels, au cours des siècles qui ont suivi.

Au seizième siècle, les bons pères Las Casa et Sepulveda qui animèrent la controverse de Valladolid pour déterminer si les peuples du Nouveau Monde, récemment découvert par Christophe Colomb, avaient une âme, alléguaient les sacrifices humains pratiqués par les prêtres Incas avec leurs couteaux d’obsidienne sur les autels dédiés à leurs Dieux sanguinaires. Ont-ils pensé un seul instant que leur Dieu Yahvé, le Père de la Trinité chrétienne, a exigé qu’Abraham lui sacrifiât son propre fils ? On sacrifiait aussi des êtres humains sur les hauts lieux, non loin de Jérusalem, en ces temps là. Où est la différence ? Cette pratique était courante dans la haute Antiquité.

Des âmes bien pensantes, me rétorqueront peut-être : mais Abraham n’a pas sacrifié Isaac ! Encore heureux pour Isaac et pour le « peuple élu » ! Mais gageons que, sans hésiter, Abraham aurait sacrifié son fils si l’ange de Dieu n’avait pas arrêté son bras au moment fatal. C’est l’intention qui compte.

 

Autre avantage pour le peuple élu, Yahvé lui donne une terre, le pays de Canaan.

C’est, en gros, le territoire occupé aujourd’hui par l’état d’Israël.

Mais d’autres peuples vivent déjà sur ces terres ; ils descendent de Noé ; ce sont des petits cousins, en somme. On en dénombre dix : « les Quénites, les Quénizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm, les Amorites, les Cananéens, les Girghashites et les Jébuséens.» (Gn 15, 19 à 21) Tant pis pour eux ! Les fils de Jacob Israël, les descendants d’Abraham, s’y installeront par la force, avec la bénédiction de Dieu, en vertu du pacte d’alliance. Ce sera la première conquête de la future Palestine. Quant aux malheureux habitants, ils seront sacrifiés, car ils n’ont pas fait allégeance à Yahvé ; ils connaîtront la dépendance, l’esclavage, l’expulsion et la mort ignominieuse, voués à l’anathème, terrible condamnation par laquelle les vaincus seront exterminés.

 

Invasions, annexions, conquêtes territoriales et colonialisme.

Sur cette terre de Palestine (nom dérivé des Philistins, les descendant des « Peuples de la Mer »), trois mille cinq cents ans de malheurs s’abattront. Le sang coulera. Le « peuple élu » sera chassé de son territoire, et chaque fois, renouvelant les termes de l’antique alliance, il reviendra sur la terre promise. Trois conquêtes, trois exils, et toujours la haine et les guerres entre peuples voisins issus d’un même ancêtre, Noé, mais séparés par des religions ennemies qui vénèrent le même Dieu impuissant et invisible, titulaire de patronymes spécifiques : Yahvé, Jésus, Allah. Voici poindre les germes de la gangrène qui emportera les peuples dans les siècles à venir : conquêtes, croisades, djihad par l’épée[58], guerres saintes, guerres de religions et colonisation.

Dieu l’a voulu ! Got mit uns ! In God we faith !

 

Le criminel cherche toujours une raison pour justifier un acte que la morale réprouve, et pour échapper à la justice ; l’excuse de Dieu en est une très puissante devant laquelle rien ne saurait résister.

 

Dans la Genèse, la relation à Dieu est déroutante. Tantôt le souverain démiurge intervient en personne. Doté des attributs humains, il hume le bouquet des holocaustes, il marche, il parle, il commande, et parfois il envoie des anges messagers. Mais les anges ne sont jamais décrits dans les livres de l’Ancien Testament. Comment les reconnaître, puisqu’on ignore leur morphologie ? Avec Lot, on sait qu’ils mangent, boivent et dorment. Eux aussi doivent être conçus à l’image de Dieu, comme les hommes.

Ici, tout est miracle, merveille et conte.

 

Sur l’historicité du patriarche Abraham, il n’y a guère de doutes : c’est une légende.

 

Il est écrit : « Abraham séjourna longtemps au pays des Philistins. » (Gn 21, 34)

A l’époque supposée d’Abraham, deux cent soixante-deux ans après le déluge et plus de deux mille ans av. J.-C., les Philistins, peuples venus de l’Occident, et appelés « Peuples de la mer » par les Egyptiens, n’avaient pas encore conquis les rivages de l’actuelle Palestine. Ils y viendront seulement vers le XIIè siècle av. J.-C., (Âge du Fer I).

 

Quant aux supposés voyages d’Abraham : en Mésopotamie (Ur, en Basse Mésopotamie et Harân, en Haute Mésopotamie), à Canaan en Palestine, et en Egypte, ils ne sont pas avérés. Vers la fin du bronze ancien, époque supposée où aurait vécu Abraham, les déplacements étaient rares car le chameau n’avait pas encore été introduit en Asie mineure. Il ne le sera que vers l’an 1000 av. J.-C.

Les nombreuses recherches des biblistes, des historiens et des chercheurs internationaux qui fouillèrent le terrain, et interrogèrent l’histoire et l’archéologie n’ont jamais révélé de mouvements de populations à cette époque. La merveilleuse histoire des prétendus voyages d’Abraham[59] est une invention des concepteurs de la Genèse. Les spécialistes estiment que ce livre fut écrit pendant le second exil, celui de Juda, après l’an 587 av. J.-C. ; il répond au souci politique de souder le peuple d’Israël.

 

Pour compléter le portrait du Patriarche, posons nous cette question :

Qui était vraiment Abram devenu Abraham par la grâce de Dieu ?

Selon la Genèse, le fils de Térah est né vers 2100 av. J.-C., à Ur[60]., une grande et belle cité de Basse Mésopotamie, au royaume de Sumer. Contemporain de la troisième dynastie d’Ur (Ur III), Abram devait donc pratiquer le culte en vigueur dans son pays natal, celui du dieu Lune Nanna (Sîn) vénéré comme le « Créateur de toutes choses. » Ce dieu, reconnu à Harân (Haute Mésopotamie), avait une parèdre nommée Ningal, et il commandait à plusieurs divinités d’importance secondaire.

Nous voilà donc loin de Yahvé qui, probablement, était encore inconnu, à cette époque, d’autant plus que la civilisation sumérienne et la ville d’Ur sont antérieures à la création du monde et à la venue sur terre d’Adam et Eve, selon le livre de la Genèse. Les habitants qui vivaient avant la Création, vénéraient déjà un dieu, et même plusieurs, longtemps avant que Yahvé ne se manifestât.

Comment, et par quel mystère, la Bible a-t-elle pu ignorer cette vérité là ?

 

Comment Yahvé Dieu a-t-il pu choisir Abraham qui, naturellement, devait adorer le dieu Lune des Sumériens ? Quand Yahvé, Dieu jaloux, s’adresse à Abram, il ne lui demande même pas - la condition paraît fondamentale - de répudier ses anciennes croyances pour n’adorer que lui ; le futur Patriarche, âgé de soixante quinze ans, a déjà une longue pratique de la religion des Sumérien. Pourquoi ces omissions ?  

 

Heureuse époque ! Yahvé Dieu en personne se soucie du sort des hommes, et plus particulièrement du futur « peuple élu » avec lequel il vient de conclure une alliance, par l’intermédiaire de son Patriarche Abraham dont il couvre les vices et les faiblesses, pourvu qu’il lui fasse allégeance, et lui rende un hommage sans failles, pouvant aller jusqu’au sacrifice de son fils unique qu’il chérit, Isaac. De même, plus tard, les plus hautes autorités ecclésiastiques couvriront les crimes de leurs clercs, fidèles soldats du Christ, car leur dévouement à la « sainte Église » est ce qui importe le plus. Sans évoquer les problèmes de pédophilie récemment révélés, mais qui restèrent longtemps cachés aux yeux du grand public, sans que les clercs coupables fussent inquiétés par la justice des hommes, si fort était l’esprit de caste dans ce milieu secret dominé par la loi du silence et le pardon assuré des crimes commis par ses représentants dans l’exercice de leur sacerdoce, sous condition de repentir et de contrition : « mea culpa ! »

 

Cette remarque en appelle une autre de Marcel Jouhandeau[61], à propos du crime commis par l’abbé Desnoyers, curé d’Uruffe, citation rapportée par Jean-Bertrand Pontalis[62] : « Le propre du christianisme et plus proprement du catholicisme, c’est qu’à l’homme, tout est permis, même le pire, du moment que la miséricorde de Dieu est infinie, excepté d’en désespérer. »

 

Retenons enfin ces traits de caractère pour notre futur portrait-robot :

Dieu est partial, jaloux,  misogyne et volontiers joueur.

S’ennuie-t-il donc tant ?


 

 

5)- Histoire d’Isaac et de Jacob (Gn 25 à 37)

 

 

Naissance d’Ésaü et de Jacob (Gn 25, 19-28)

 

Yahvé prend Isaac en affection. Pour le remercier de l’alliance conclue avec son père Abraham, il lui annonce que sa nombreuse postérité dominera les peuples. La mansuétude divine commence avec la guérison de la stérilité de Rébecca, l’épouse d’Isaac ; elle implore Yahvé qui exauce sa demande d’enfant. Alors, elle met au monde des jumeaux : Ésaü et Jacob. Ésaü, un enfant roux et poilu, naît le premier ; il précède Jacob, son cadet qui tient dans une main le talon de son frère aîné. Ensuite :

« Les garçons grandirent : Ésaü devint un habile chasseur, courant la steppe. Jacob était un homme tranquille, demeurant sous les tentes. » (Gn 25, 27)

« Isaac préférait Ésaü car le gibier était à son goût, mais Rébecca préférait Jacob. » (Gn 25, 28)

 

Ésaü cède son droit d’aînesse à Jacob (Gn 25, 29 à 34)

 

Un jour qu’Ésaü revient épuisé de la chasse, il demande à Jacob de lui laisser avaler un potage qu’il avait préparé, mais Jacob lui répond :

« Vends moi d’abord ton droit d’aînesse ! » (Gn 25, 31)

Ésaü proteste mollement, mais, poussé par la faim, il prête serment, et lui vend son droit d’aînesse.

« Alors Jacob lui donna du pain et du potage de lentilles, il (Ésaü) mangea et but, se leva et partit. C’est tout ce qu’Ésaü fit du droit d’aînesse. » (Gn 25, 34)

 

Isaac à Gérar, alliance avec Abimélek (Gn 26)

 

Une famine sévit dans le pays, et Isaac se réfugie à Gérar, chez Abimélek, le roi des Philistins. Yahvé lui dit :

« Ne descends pas au pays d’Egypte ; demeure au pays que je te dirai ! (Gn 26, 2)

« Séjourne dans ce pays-ci, je serai avec toi et je te bénirai. Car c’est à toi et à ta race que je donnerai tous ces pays-ci et je tiendrai le serment que j’ai fait à ton père Abraham. » (Gn 26, 3)

Plus tard, des gens l’interrogent sur Rébecca qui est une très belle femme. Il leur répond : « C’est ma sœur. » (Gn 23, 7) Il avait peur qu’ils ne le fissent mourir. Mais Abimélek qui craint Dieu, voit Isaac caresser Rebecca ; aussitôt, il devine la supercherie, fait des remontrances à Isaac, et donne l’ordre suivant à tout le peuple :

« Quiconque touchera à cet homme et à sa femme, sera mis à mort ! » (Gn 26, 11)

 

Isaac s’attarde au pays de Gérar. Il y prospère, et il amasse une grande fortune, mais Abimélek, jaloux de sa fortune, le chasse. Comme Dieu le soutient, l’assiste, et lui renouvelle son alliance, Isaac lui construit un autel au lieudit Bersabée.

Enfin Isaac signe un traité d’alliance avec Abimélek, lequel reconnaît que Yahvé Dieu soutient Isaac.

 

A quarante ans, Ésaü prend deux femmes chez les Hittites.

« Elles furent des sujets d’amertume pour Isaac et Rebecca. » (Gn 26, 35)

 

Jacob usurpe la bénédiction d’Isaac (Gn 27 et 28, 1 à 5)

 

Isaac « devenu vieux et aveugle » sent venir sa mort. Il commande un civet de gibier à son fils préféré Ésaü, et il lui promet de le bénir[63] après avoir dégusté ce civet.

« Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père. » (Gn 27, 5)

Mais Rebecca, qui a entendu la conversation, propose à Jacob de régaler son père avec deux chevreaux prélevés sur le troupeau. Elle le revêt des plus beaux habits de son frère Ésaü, et elle couvre ses bras et la partie lisse de son cou avec une peau de chevreau pour que son père, en les touchant, croie qu’il touche Ésaü qui est un homme velu.

« Puis elle mit le régal et le pain qu’elle avait apprêtés entre les mains de son fils Jacob. » (Gn 27, 17)

Grâce à ce stratagème, Jacob obtient la bénédiction que son père, malvoyant et malentendant, croyait donner à Ésaü :

 

« Sois un maître pour tes frères,

Que se prosternent devant toi les fils de ta mère !

Maudit soit qui te maudira,

Béni soit qui te bénira ! » (Gn 27, 29)

 

Désormais Jacob est établi successeur du maître de famille, avec tous ses frères comme serviteurs.

Mais, à peine Isaac a-t-il donné sa bénédiction à Jacob, qu’Ésaü rentre de la chasse. Conscient d’avoir commis une erreur qu’il regrette fort, Isaac ne peut plus retirer sa bénédiction. Ésaü est doublement frustré : d’abord de son droit d’aînesse, puis de la bénédiction paternelle. Il devient le serviteur de son frère. Aussi, prend-il Jacob en haine, et projette-t-il de le tuer.

Rébecca craint pour la vie de son fils préféré.

Jouant de ruse, une fois de plus, elle réussit à convaincre Isaac, d’envoyer Jacob prendre femme dans la famille d’Abraham, au pays de Harân, en Haute Mésopotamie, chez Laban, son oncle, le frère de Rebecca. Comme son père Abraham, Isaac ne veut pas que son fils épouse une fille de Canaan. Il bénit son fils, et lui commande :

 « Ne prend pas une femme parmi les filles de Canaan. » (Gn 28, 1)

 

Dépité, Ésaü prend une femme chez Ismaël. En plus des femmes hittites qu’il avait déjà. Pourquoi ? Parce que :

« Ésaü comprit que les filles de Canaan étaient mal vues de son père. » (Gn 28, 8)

Ce mariage est une mésalliance et un sujet d’amertume pour Isaac et Rébecca.

 

Le songe de Jacob (Gn 28, 10 à 22)

 

Sur le chemin qui le conduit au pays de Harân, Jacob fait un songe : une échelle plantée en terre monte jusqu’au ciel ; des anges l’escaladent et en redescendent. Yahvé lui apparaît, et lui fait la promesse suivante :

« […] La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne à toi et à ta descendance. » (Gn 28, 13)

« Ta descendance deviendra nombreuse comme la poussière du sol, […] » (Gn 28, 14)

« Toutes les nations du monde se béniront par toi et par ta descendance. » (Gn 28, 14)

Quand Jacob s’éveille, il fait ce voeu :

« Si Dieu est avec moi, et me garde en la route par où je vais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir. » (Gn 28, 20)

« Si je reviens sain et sauf chez mon père, alors Yahvé sera mon Dieu. » (Gn 28, 21)

 

Chez Laban, les mariages de Jacob (Gn 29, 1 à -30)

 

Au pays de Harân, Jacob s’éprend de Rachel, la fille cadette de son oncle Laban. Pour la mériter, selon une vieille coutume, il travaille sept années au service de ce parent. « Donc Jacob servit pour Rachel, pendant sept années qui lui parurent comme quelques jours, tellement il l’aimait. » (Gn 29, 20)

Mais, au moment de conclure le mariage, Laban unit Jacob avec Léa, sa fille aînée, car, selon le père de la mariée :

« […] Ce n’est pas l’usage dans notre contrée de marier la plus jeune avant l’aînée. » (Gn 29, 26)

Heureusement pour lui, Jacob, amoureux fou de la cadette qui a « belle tournure et beau visage », l’épouse une semaine plus tard, bien entendu avec le consentement du père, mais sous la réserve de le servir encore sept années.

« Jacob s’unit aussi à Rachel, et il aima Rachel plus que Léa ; il servit chez son oncle encore sept autres années. » (Gn 29, 30)

Laban donne Zilpa pour servante à sa fille Léa et Bilha pour sa fille Rachel.

 

Les enfants de Jacob (Gn 29, 31 à 35 et 30, 1 à 24)

 

Le jeune époux, amoureux fou de Rachel, délaisse Léa, mais Yahvé veille :

« Yahvé vit que Léa était délaissée et il la rendit féconde, tandis que Rachel demeurait stérile. » (Gn 29, 31)

Léa met successivement au monde quatre fils : Ruben, Siméon, Lévi et Juda.

« Puis elle cessa d’avoir des enfants. » (Gn 29, 35)

 

Rachel qui n’a pas d’enfants devient très jalouse de Léa :

« Elle lui (à Jacob) donna donc pour femme sa servante Bilha et Jacob s’unit à celle-ci. » (Gn 30, 4)

Deux fils naissent successivement de cette union ancillaire : Dan et Nephtali.

 

A son tour, Léa, « […] voyant qu’elle avait cessé d’avoir des enfants, prit sa servante Zilpa et la donna pour femme à Jacob. » (Gn 30, 9)

Deux autres fils naissent : Gad et Asher.

 

Puis Dieu, se souvenant des épouses légitimes de Jacob, les rend fécondes toutes les deux, et leur accorde plusieurs fils.

Léa met au monde : Issachar et Zabulon.

Et aussi une fille, Dina.

 

« Alors Dieu se souvint de Rachel, il l’exauça et la rendit féconde. » (Gn 30, 22)

Rachel enfante Joseph.

Plus tard, en terre de Canaan, elle accouchera d’un fils, Benjamin. (Gn 35, 17)

Elle mourra en couches. On l’enterrera à Bethléem.

 

En résumé, alternativement fécondées par Jacob, ses deux épouses Léa et Rachel et leurs deux servantes Bilha et Zilpa donnent douze enfants mâles à Jacob :

- Fils de Léa : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar et Zabulon ;

- Fils de Zilpa, la servante de Léa : Gad et Asher ;

- Fils de Rachel : Joseph et Benjamin ;

- Fils de Bilha, la servante de Rachel : Dan et Nephtali.

 

Jacob s’enrichit et s’enfuit (Gn 30, 25 à 43 et 31, 1 à 21)

 

Au moment de quitter son beau-père Laban pour retourner au pays de Canaan, alors que ce brave homme veut lui remettre son salaire, Jacob lui répond :

« Tu n’auras rien à me payer : si tu fais pour moi ce que je vais te dire, je reprendrai la conduite de ton troupeau. » (Gn 30, 31)

Il lui demande de séparer : « […]tout animal noir parmi les moutons et ce qui est tacheté ou moucheté parmi les chèvres. Tel sera mon salaire. » (Gn 30, 32) et de les lui donner.

Puis, prenant des « baguettes fraîches de peuplier, d’amandier et de platane » (Gn 30, 37) écorcées de bandes blanches, il les dépose dans les abreuvoirs « où les bêtes s’accouplaient en venant boire » (Gn 30, 38), et il obtient « des petits rayés, mouchetés et tachetés. » (Gn 30, 39)

« […] Ainsi il se constitua des troupeaux à lui […]. » (Gn 30, 40)

Grâce à cet artifice :

« L’homme s’enrichit énormément et il eut du bétail en quantité, des servantes et des serviteurs, des chameaux et des ânes. » (Gn 30, 43)

 

Les fils de Laban sont mécontents, et même Laban fait grise mine à Jacob.

 

Enfin, l’ange de Dieu apparaît en songe à Jacob, et il lui commande :

« Je suis le Dieu de Béthel. […] Maintenant, debout, sors de ce pays et retourne dans ta patrie ! » (Gn 31, 13)

Au terme de vingt années de bons et loyaux services, Jacob quitte le pays de Laban avec ses femmes, ses fils, ses serviteurs, ses servantes et ses troupeaux en nombre considérable.

 

Laban poursuit Jacob, et conclut un traité avec lui (Gn 31, 22 à 53 et 32, 1-3)

 

Mais Laban est furieux. Il poursuit Jacob pendant sept jours, et il le rejoint au mont Galaad. Il lui reproche de lui avoir enlevé ses filles et ses fils, et de lui avoir dérobé « ses dieux. » Mais il ne retrouve pas ses idoles domestiques ; Rachel « […] les avait mises dans le palanquin du chameau et s’était assise dessus. » (Gn 31, 34)

Au terme d’une rude dispute, le gendre et son beau-père se réconcilient, concluent un traité d’alliance, puis chacun s’en retourne vers son pays natal : Laban vers Harân et Jacob vers Canaan.

 

Jacob craint Ésaü (Gn 32, 4 à 22)

 

Ésaü marche à la rencontre de Jacob avec quatre cents hommes. Comme Jacob appréhende de rencontrer son frère, il lui envoie des messagers chargés de présents pour tenter de l’amadouer :

« […] deux cents chèvres, vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, trente chamelles qui allaitaient, avec leurs petits, quarante vaches et dix taureaux, vingt ânesses et dix ânons. » (Gn 32, 15 et 16)

 

La lutte avec Dieu. Jacob devient Israël (Gn 32, 23 à 33)

 

Une nuit, alors qu’il est seul sous sa tente, Jacob lutte avec un étranger. Il le tient en respect « […] Et quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore. » (Gn 32, 25) Sacrée bagarre ! Mais avec qui ? Avec Yahvé Dieu en personne qui lui démet l’emboîture de la hanche.

En récompense de ce pugilat mémorable, Yahvé confie à Jacob :

« […] On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël[64], car tu as été fort contre Dieu, et contre les hommes tu l’emporteras. » (Gn 32, 29)

Jacob appela cet endroit Penuel :

« […] car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve. » (Gn 32, 31)

« Au lever du soleil, il avait passé Penuel, et il boitait de la hanche. » (Gn 32, 32)

« C’est pourquoi les Israélites ne mangent pas, jusqu’à ce jour, le nerf sciatique qui est à l’emboîture de la hanche. » (Gn 32, 33)

 

La rencontre avec Ésaü (Gn 33, 1 à 17)

 

Fort de ses quatre cents hommes, Ésaü rejoint Jacob, mais ce dernier, très inquiet, dispose toute sa famille en avant, et il se prosterne sept fois à terre avant d’aborder son frère.

« […] Ésaü, courant à sa rencontre, le prit dans ses bras, lui donna l’accolade et pleura. » (Gn 33, 4)

Jacob lui présente sa famille, et il lui offre de riches présents. Ésaü accepte les cadeaux, et les deux frères se réconcilient.

Ésaü reprend la route vers Séïr, et Jacob vers Sichem en pays de Canaan.

 

A Sichem (Gn 33, 18 à 20 et 34, 1 à 31)

 

A Sichem, Jacob s’installe dans un champ acheté aux fils de Harmor, le père de Sichem.

« […] et il y érigea un autel, qu’il nomma : ″El, Dieu d’Israël″ » (Gn 33, 20)

 

Violence faite à Dina (Gn 34)

 

Le chef de la tribu des Sichémites est amoureux fou de Dina, la fille de Jacob et de Léa. Comme il souhaite l’épouser, il l’enlève, puis :

 « […] il coucha avec elle, puis il lui fit violence. » (Gn 34, 2)

Entre les deux clans, on négocie. On propose de se donner mutuellement les filles de chaque tribu. Jacob consent au mariage, mais à une condition : que Sichem se fasse circoncire, et avec lui, tous les mâles de sa tribu.

Une nouvelle alliance est conclue. Tous les mâles de Sichem sont circoncis.

Mais, le troisième jour, désireux de venger l’offense faite à leur sœur, et profitant de la souffrance des mâles de Sichem qui viennent tout juste d’être circoncis, Siméon et Lévi, deux fils de Jacob et de Léa, tuent tous les mâles sichémites, passent au fil de l’épée Sichem et son père Harmor, enlèvent Dina, et pillent la ville.

« Ils ravirent tous leurs biens, tous leurs petits-enfants et leurs femmes, et ils pillèrent tout ce qu’il y avait dans les maisons. » (Gn 34, 29) 

Jacob est contrarié. Il craint les réactions des autres peuples : Cananéens et Perrizzites.

 

Jacob à Béthel (Gn 35, 1-15)

 

Dieu dit Jacob :

« Debout ! Monte à Béthel et fixe toi là-bas ! Tu y feras un autel au Dieu qui t’est apparu lorsque tu fuyais la présence de ton frère Ésaü. » (Gn 35, 1)

Jacob fait enlever les dieux étrangers et les anneaux auriculaires. Il les enfouit sous un chêne.

Aussitôt, les peuples alentour « […] levèrent le camp, et une terreur divine tomba sur les villes alentour ; on ne poursuivit pas les fils de Jacob. » (Gn 35, 5)

 

Dieu apparaît plusieurs fois à Jacob. Il le bénit, et il lui confirme que désormais son nom est Israël :

« Je suis El Shaddaï. Sois fécond et multiplie ! Un peuple, une assemblée de peuples naîtra de toi et des rois sortiront de tes flancs. » (Gn 35, 11)

« Le pays que j’ai donné à Abraham et à Isaac, je te le donne et à ta postérité après toi, je donnerai ce pays. » (Gn 35, 12)

Jacob donne le nom de Béthel au lieu où Dieu vient de lui parler.

 

Mort de Rachel (Gn 35, 16-20)

 

Rachel meurt à Bethléem, alors qu’elle vient de mettre au monde Benjamin.

 

(Gn 35, 21)

 

En l’absence de son père, Ruben couche avec Bilha, qui est la servante de Rachel et la concubine d’Israël. Cet acte est considéré comme un inceste, mais quand Israël l’apprend, il ne sévit pas.

 

Isaac, le père de Jacob (Israël) meurt à l’âge de cent quatre-vingt ans, au village de Qiryat-Arba (Hébron).

 

Ésaü migre avec sa famille, et devient le père d’Édom :

« Ésaü, c’est Édom. » (Gn 36, 8)

 

 

Commentaires sur le chapitre 5 : Histoire d’Isaac et de Jacob

 

 

La Genèse dresse un portrait peu élogieux des premiers patriarches : Abraham, Isaac et Jacob (devenu Israël) d’où sortiront les douze tribus d’Israël, un étalage de : roueries, mensonges, trahisons, concubinages, fornications, ruses et cupidité. Et toujours, Yahvé Dieu ferme les yeux sur les comportements répréhensibles, voire criminels, de ses protégés. Il bénit les maris polygames, les femmes jalouses et les servantes courtisanes, parce que tout ce petit monde donne aux mâles dominants les fils nécessaires pour assurer leur descendance, et servir Yahvé - bien entendu, c’est le plus important.

 

Devons-nous conclure que les hommes de cette époque étaient tous pécheurs, et que Dieu n’avait guère le choix ? Ou alors, Yahvé Dieu sélectionnait-il ses représentants parmi les plus ambitieux sans scrupules envers les autres, y compris leurs proches, mais respectueux de sa divine personne ? Ou encore, les Pères fondateurs de la religion, ont-ils voulu convaincre les lecteurs de la Sainte Bible que l’adoration de Dieu était l’essentiel. Ses sicaires pouvaient tout se permettre. Puisqu’ils adoraient Dieu, leurs fautes leur seraient pardonnées ?

Ce Dieu opportuniste, complice et complaisant avec les plus forts et les plus roués, s’accommode fort bien des entorses à la morale et aux bonnes mœurs. Il favorise l’enrichissement personnel des élites, et il leur octroie : des servantes, des serviteurs, des troupeaux innombrables, de l’or, de l’argent et des propriétés. Bientôt il leur commandera de conquérir par la force les territoires nécessaires pour mener paître leurs troupeaux.

 

Dieu a besoin des hommes du peuple élu pour assurer et développer son culte. Est-il tolérant ? Oui, quand il s’agit de satisfaire ses représentants avec lesquels il a contracté une alliance. Mais envers les autres peuples, nous verrons bientôt qu’il pratique l’ostracisme, le racisme et l’extermination, un génocide aux fondements religieux. Yahvé, Dieu jaloux méprise tous les peuples qu’il n’a pas choisis, parce qu’ils adorent d’autres dieux que lui.

 

En vérité, il conviendrait d’inverser le propos. Le portrait du Dieu de l’Ancien Testament est brossé par des scribes à la solde de leurs maîtres. Ces hommes d’écriture ont mis Yahvé Dieu au service de la caste dominante. Apparemment, ce n’est pas l’homme qui est au service de Dieu, mais le contraire. Des hommes assoiffés de pouvoir ont hissé leur Dieu au pinacle, et ils utilisent ce mythe pour dominer la masse, et satisfaire leurs ambitions et leurs vices.

Le triomphe de l’égoïsme élitique.

 

Les peuples étrangers, reconnaissons le, ne comptent guère.

On les craint (Isaac chez le pharaon et chez Abimélek), mais on ne prend pas de femme chez eux. Isaac et Jacob retournent en Harân pour épouser leurs petites cousines.

On les trompe, on les vole, et on les extermine (Siméon et Lévi contre les Sichémites), on massacre tous les hommes, on prend leurs femmes, et on pille leurs biens. Pas de remords ! Aucune pitié envers ces gens là, bien intentionnés, qui pourtant avaient accepté la cruelle opération de la circoncision, pour satisfaire la demande de Jacob ! Que ressent Jacob ? Simplement, il s’inquiète à cause de la juste réaction des autres peuples : les Cananéens et les Périzzites. Pour le reste, il n’éprouve ni pitié ni remord. Qu’importe, puisque Yahvé Dieu le protège : « Une terreur divine tomba sur les villes d’alentour : on ne poursuivit pas les fils de Jacob. » (Gn 35, 5) Le patriarche peut dormir en paix.

 

Abraham exige que son fils Isaac prenne une femme, Rebecca[65], dans sa propre famille, son clan, en Haute Mésopotamie. Isaac exige la même chose de son fils Jacob : « Ne prend pas une femme parmi les filles de Canaan. » (Gn 28, 1) Isaac et Rébecca sont amers parce qu’Ésaü, leur fils, a pris une femme chez Ismaël. Ces Patriarches sont chauvins et xénophobes. La crainte de l’étranger et la peur du mélange des sangs, source d’impureté, trahissent un comportement grégaire, ethnique et clanique, source du communautarisme et du racisme. Ils choisissent la consanguinité dont ils ignorent les conséquences sanitaires. Venant des hommes, on le conçoit, mais sous la conduite permanente de Yahvé Dieu, le Tout-puissant, l’omniscient, c’est incompréhensible.

Pourquoi le divin Créateur n’a-t-il pas empêché les mariages consanguins, et favorisé la mixité entre les peuples ? Quitte à leur demander de se convertir, ensuite ? Pourquoi a-t-il constamment défendu et sauvé - ce qui n’est pas tout à fait exact -, un seul petit peuple, une tribu insignifiante, et omis de s’intéresser aux grands empires contemporains ? Pourquoi n’a-t-il pas enseigné sa bonne parole, aux quelques dix millions d’êtres humains qui peuplaient la terre à l’époque supposée des origines de l’homme ? La réponse semble évidente. Le livre de la Genèse, remarquable au plan littéraire et tellement humain dans sa composition, fut écrit et imaginé par des hommes. Les scribes rédacteurs étaient au service des prêtres, lesquels soutenaient le pouvoir central. Et ces prêtres entendaient maintenir le peuple sous leur domination, celle des membres mâles du clan des fils de Lévi. L’invention d’un Dieu tout puissant est l’élément fondamental du système élaboré de croyances entretenues et imposées par la force des armes, un moyen de gouvernement et de soumission d’un peuple. Nous verrons Moïse et son frère Aaron à l’œuvre dans les prochains livres : Exode et Nombres.

 

A propos des femmes

 

Servantes des hommes, elles sont soumises à la domination des mâles, et priées ou contraintes de leur donner une descendance - surtout des fils -, et de se taire[66]. Avec la bénédiction de Dieu qui, selon ses humeurs, décide quelle femme deviendra féconde. Yahvé Dieu permet la polygamie, le concubinage et l’inceste. Les mâles ont beaucoup de droits à l’égard des femelles. Femmes utérus, mères porteuses de progéniture ; et mâle, de préférence ! Que vaut une femelle, en cette époque où l’exigence de procréer et de servir les mâles est une ardente obligation ? Car enfin, il faut bien l’assurer cette descendance promise à Abraham : « […] nombreuse comme la poussière du sol » (Gn 28, 14), indispensable pour la survie et le développement du peuple élu et la propagation du culte d’un Dieu exclusif sous la houlette d’un clergé de nantis dont nous verrons bientôt se dessiner le caractère intéressé, égoïste et cupide quand nous aborderons le livre appelé Lévitique. Du Machiavel avant l’heure, version simpliste et primitive, politique de la terre brûlée et de l’extermination des peuples.

 

Au passage, on notera l’expression « prendre femme ». Elle est souvent employée dans l’Ancien Testament. Elle marque la différence de statut entre l’homme et la femme ; elle spécifie l’asservissement de la femme-objet, servante de l’homme. La misogynie suinte à travers les récits bibliques. Jamais une femme ne va « prendre homme. » L’homme choisit, mais la femme subit ; en aucun cas elle ne décide.

 

Jacob et ses quatre femmes et servantes, Léa, Rachel, Bilha et Zilpa, donne naissance à douze enfants mâles qui deviendront les chefs des douze tribus d’Israël. Mais de filles point ? Il y en a, et on l’apprend avec l’histoire de Dina, mais on ne les cite pas. Ce sont des femmes servantes, sans doute oubliées par l’histoire.

 

A qui m’objectera que telles étaient les mœurs de cette époque, je répondrai : Si la Bible traduit la parole et la volonté de Dieu, symbole de perfection et d’idéal, alors Dieu a bien voulu que la femme soit moins bien traitée que l’homme. Pourquoi le Créateur omnipotent n’a-t-il pas instauré d’autres règles ? Décrété, par exemple, que la femme fût l’égale de l’homme. En conséquence, les femmes devront endurer cette ignominie pendant plusieurs millénaires, sous la coupe des Églises, Synagogues et Mosquées qui les maintiendront sous la dépendance des mâles ?

 

Si les femmes se sont lentement émancipées dans les démocraties, mais elles n’y sont pas encore parvenues tout à fait, elles ne le doivent ni à Dieu, ni aux religions, mais à leur propre combat, à l’influence des « Lumières » éclairées par la Raison des philosophes et le développement des sciences qui ont mis en évidence les erreurs des vieux textes, et à la lente évolution des esprits libres qui accompagne les progrès de la connaissance.

 

La domination de l’homme sur la femme et la préférence accordée aux fils restera longtemps la référence absolue des peuples soumis aux trois monothéismes : judaïque, chrétien et musulman qui considèrent qu’Abraham est leur Patriarche commun. Est-elle fondée ? Non ! Elle résulte d’un consensus très ancien, lié peut-être à la plus grande force physique du mâle, à une époque où ce paramètre conditionnait la survie du clan par la domination des mâles. Des prêtres cupides (tous mâles) l’ont codifiée ; ils étaient avides d’asseoir leurs pouvoirs discrétionnaires, et soucieux de flatter leurs semblables mâles pour conserver leurs privilèges. Yahvé Dieu leur servira d’alibi pour justifier ce forfait, et longtemps encore pour légitimer les nombreux crimes commis par les Eglises (concept pris au sens le plus large). A-t-on jamais vu des femmes aux commandes des églises, synagogues et mosquées, des femmes prêchant la « bonne parole » ? Certaines furent, et sont encore des religieuses remarquables. Un petit nombre fut même sanctifié. Mais jamais elles n’ont accédé aux échelons supérieurs de la hiérarchie. Jamais elles n’ont gouverné. Le système clérical les a toujours reléguées à des tâches subalternes. La plupart d’entre elles furent enfermées, cloîtrées dans les couvents, menant une vie monastique, en dehors du mouvement séculier. Hélas ! Souvent, ces lieux clos servaient de lupanars réservés à la satisfaction des besoins inavoués des mâles dominants, prêlats aux pulsions sexuelles refoulées par les contraintes du célibat, serviteurs en soutane qui coiffaient la barrette ou la mitre. Egoïsme et hypocrisie.

Une fois encore, la suprématie du mâle enseignée par le Livre des livres, nous confirme que seuls des hommes ont pu inventer et cette grande histoire et ce Dieu pratique et accommodant, il est vrai, pour assurer leur domination sur l’autre sexe.

 

Dans cette saga familiale patriarcale complexe, où l’on migre en toute promiscuité avec les femmes, les enfants, les servantes, les serviteurs, les esclaves et les troupeaux, Dieu - tantôt Yahvé, tantôt Elohim, et tantôt El Shaddaï, ou simplement El -, veille sur Israël et ses fils. Il les guide. Il les avertit. Il les protège, et il les aide à vaincre leurs ennemis. Il accorde sa confiance à Jacob, un homme qui a successivement trompé : son frère Ésaü (droit d’aînesse), son père Isaac (bénédiction paternelle), son beau-père Laban (enrichissement à ses dépens) et ses femmes (concubinage avec ses servantes).

Cette confiance est-elle justifiée ? Défendable ? 

L’Etre suprême serait-il naïf ou simplement victime d’hommes plus retors que lui ?

Est-ce un Dieu de pacotille ?

Ou alors, n’est-il pas le Dieu que le la Bible prétend ?

J’estime que poser ces questions constitue un grand pas vers plus de vérité.

 

Sur l’aspect historique

 

Abimélek ne peut pas être le roi des Philistins. Ces peuples appelés « Peuples de la mer » par les Egyptiens[67] n’avaient pas encore abordé les rivages de la future Palestine (zone comprise entre la mer méditerrannée et le fleuve Jourdain) à l’époque supposée où vivaient Abraham et Isaac. Leur apparition remonte au XIIè siècle av. J.-C., soit plus de six siècles plus tard.

Quant aux « chameaux » qui permettaient les longues transhumances, on n’en trouve aucune trace à cette époque. Vers 1700 av. J.-C. ? A cette époque, les dromadaires n’existaient pas encore sur le territoire de la future Palestine, ni en Égypte où ils n’apparaissent sur aucun bas-relief. C’est un anachronisme.

 

Et le pugilat avec Yahvé Dieu ?

Il dure toute une nuit, et vaut à Jacob de s’appeler Isra-ël, un nom qui signifie : celui qui a lutté contre Dieu. Comment l’interpréter ? A quel jeu Dieu se prête-t-il ? Est-ce un artifice pour justifier la source de l’interdit alimentaire de consommer le nerf sciatique, une règle de la cacherout ? Il fallait bien une raison. Et l’intervention divine en est une. Pertinente ? Allons donc !

 

Et l’engagement de donner une terre aux descendants d’Abraham ?

« A toi et à ta race après toi, je donnerai le pays où tu séjournes, tout le pays de Canaan, en possession et à perpétuité, et je serai votre Dieu. » (Gn 17, 8)

Quand se réalisera cette promesse ? Longtemps plus tard (environ cinq siècles). Au terme d’une rude conquête, les douze tribus issues des douze fils de Jacob (devenu Israël) se partageront Canaan, la terre que Yahvé avait promise à leur ancêtre Abraham. Mesure-t-on le temps écoulé ? Pour nous, contemporains du XXIè siècle, cela équivaut à une promesse faite à l’époque de Jeanne d’Arc. Est-ce sensé ?


 

 

6)- Histoire de Joseph. (Gn 37 à 50)

 

 

Joseph et ses frères (Gn 37, 2 à 36)

 

Joseph, le fils de Rachel est le préféré de Jacob Israël. Cette préférence suscite la jalousie et la haine de ses onze frères. Quand il leur explique les deux rêves qu’il vient de faire, elle atteint son paroxysme au point qu’ils décident de le tuer.

- Dans le premier rêve, Joseph voit des gerbes de blé dans un champ :

« […] voici que ma gerbe se dressa et qu’elle se tint debout, et vos gerbes l’entourèrent et elles se prosternèrent devant la gerbe. » (Gn 37, 7)

Ses frères imaginent qu’il veut régner sur eux.

- Dans le second :

« […] il me paraissait que le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. » (Gn 37, 9)

Il révèle son rêve à son père qui lui répond :

« Allons-nous donc, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner à terre devant toi ? » (Gn 37, 10)

 

La jalousie des frères s’exaspère. Ils complotent de le faire mourir, mais Ruben lui sauve la vie : il propose à ses frères de l’enfermer dans une citerne vide où, pense-t-il, il reviendra le délivrer plus tard. 

« […] ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique à longues manches qu’il portait. » (Gn 37, 23)

«  Ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne ; […] où il n’y avait pas d’eau. » (Gn 37, 24)

« Puis ils s’assirent pour manger. » (Gn 37, 25)

Sur les conseils de Juda (un prénom prédestiné), pour vingt pièces d’argent, ils vendent Joseph à un groupe d’Ismaélites dont la caravane transporte en Egypte de la gomme d’adragante, du baume et du laudanum, puis ils racontent à leur père Israël qu’une bête féroce l’a dévoré. Pour preuve de leur mensonge, ils lui présentent sa tunique longue trempée dans le sang d’un bouc. « […] Et son père le pleura. » (Gn 37, 35) 

 

Histoire de Juda et Tamar (Gn 38)

 

Juda, épouse la fille de Shua le Cananéen. Elle enfante successivement trois fils : Er, Onân, puis Shéla.

Juda prend une femme nommée Tamar pour son aîné Er. Mais Er déplait à Yahvé qui le fait mourir. (Gn 38, 6)

Alors, Juda commande à Onân de remplacer son frère défunt auprès de Tamar, selon la loi du lévirat. Mais Onân, conscient du fait que la postérité qu’il mettrait au monde ne serait pas la sienne, laisse perdre à terre sa semence chaque fois qu’il s’unit à Tamar. Cela déplait à Dieu qui le fait mourir aussi. (Gn 38, 10)

 

En attendant que grandisse son troisième fils Shéla, Juda renvoie Tamar chez son père. Quelques temps plus tard, devenu veuf, puis « consolé », autrement dit, ayant accompli les rites du deuil, il vient à Timna (où habite le père de Tamar) pour tondre des brebis. Et là, il connaît Tamar qu’il prend pour une prostituée parce qu’elle a voilé son visage. Et il lui donne des gages.

Plus tard, Tamar, enceinte des œuvres de Juda, vient se présenter à lui, avec les gages qu’il lui a donnés. Juda la reconnaît et juge :

« […] Elle est plus juste  que moi. C’est qu’en effet, je ne lui avais pas donné mon fils Shéla. » (Gn 38, 26)   

L’enfant né de cette union malencontreuse se nomme Péreç.

Pour mémoire, rappelons que Péreç, fils de Juda est l’ancêtre du futur roi David, dont descendra, longtemps plus tard, Jésus de Nazareth, le Messie.

 

Les débuts de Joseph en Egypte (Gn 39)

 

En Egypte, les Ismaéliens vendent Joseph à Potiphar, qui est l’eunuque du Pharaon et le commandant de ses gardes. Heureusement, Yahvé veille sur son protégé, dont les remarquables qualités font des merveilles. Joseph devient l’homme de confiance de l’eunuque Potiphar qui le nomme majordome, un poste enviable :

 « […] en charge de sa maison et de tout ce qui lui appartenait […]. » (Gn 39, 5)

Mais l’épouse de l’eunuque convoite Joseph qui

 « […] avait une belle prestance et un beau visage. (Gn 39, 6)

« […] Couche avec moi ! » (Gn 39, 7) lui propose t-elle.

Comme Joseph est honnête et fidèle à son maître, il refuse ces propositions. La dame, vexée et très déçue, complote pour le compromettre. Elle intrigue auprès de son mari jaloux qui fait mettre Joseph en prison.

 

Joseph en prison interprète les songes des officiers du Pharaon (Gn 40)

 

Dans sa geôle, Joseph, toujours protégé par Yahvé, interprète avec succès les rêves de deux officiers du Pharaon qui sont emprisonnés avec lui : l’un est l’échanson de Pharaon et l’autre son grand panetier.

- L’échanson voit en rêve un cep de vigne sur lequel mûrissent trois grappes de raisin dont il presse le jus pour en abreuver Pharaon. Consulté sur le sens de ce rêve, Joseph lui annonce qu’il sera libéré dans trois jours, et qu’il reprendra sa fonction à la cour. Puis il lui demande :

« Souviens toi de moi lorsqu’il te sera arrivé du bien, et sois assez bon pour parler de moi à Pharaon, qu’il me fasse sortir de cette maison. » (Gn 40, 14)

- Le grand panetier voit trois corbeilles de gâteaux sur sa tête. Dans celle du dessus, il y a tout ce que mange Pharaon. Mais les oiseaux mangent aussi dans cette corbeille. Alors Joseph lui révèle le sens de son rêve :

« Encore trois jours et Pharaon te relâchera, et il te pendra au gibet, et les oiseaux mangeront la chair de dessus toi. » (Gn 40, 19)

Les prédictions de Joseph se réalisent : l’échanson retrouve sa fonction avec ses attributs et ses avantages, et le grand panetier est pendu au gibet du Pharaon.

 

Hélas pour Joseph, le grand échanson l’oublie.

 

Les songes de Pharaon (Gn 41)

 

Deux ans plus tard, Pharaon fait deux rêves. Mais aucun devin ne trouve la clé de ces songes, personne ne parvient à les expliquer. Alors, l’échanson se souvient de Joseph, le prisonnier qui interprétait les rêves. Il propose à Pharaon de le faire extraire de sa prison.

Quels sont ces rêves ?

 

- Le premier :

« […] et il vit monter du Nil sept vaches de belle apparence et grasses de chair, qui pâturèrent dans les joncs. » (Gn 41, 2)

« Mais voici que sept autres vaches montèrent du Nil derrière elles, laides d’apparence et maigres de chair, et elles se rangèrent à coté des premières sur la rive du Nil. » (Gn 41, 3)

« Et les vaches laides d’apparence et maigres de chair dévorèrent les sept vaches grasses et belles d’apparence. Alors Pharaon s’éveilla. » (Gn 41, 4)

 

- Le second :

« […] sept épis montaient d’une même tige, gros et beaux. » (Gn 41, 5)

« Mais voici que sept épis grêles et brûlés par le vent poussèrent après eux. » (Gn 41, 6)

« Et les épis grêles engloutirent les sept épis gros et pleins. Alors Pharaon s’éveilla. » (Gn 417)

 

Interrogé par Pharaon, Joseph lui répond :

« Je ne compte pas ! C’est Dieu qui donnera à Pharaon une réponse favorable. » (Gn 41, 16)

Puis il lui explique que les sept vaches grasses et les sept beaux épis représentent sept années d’abondance pour l’Egypte. Ensuite viendront sept années de famine : les sept vaches maigres et les sept épis brûlés. Enfin, il lui conseille d’entasser des provisions (au cinquième des récoltes) pendant les sept années favorables, afin de mieux supporter les sept années de disette. Joseph conclut :

« Ces vivres serviront de réserve au pays pour les sept années de famine […] et le pays ne sera pas exterminé par la famine. » (Gn 41, 36)

 

Enchanté par ces bonnes et sages paroles, Pharaon prend Joseph à ses côtés. Il lui remet un anneau d’or, le revêt d’habits de lin fin, lui confie son meilleur char, et il l’établit maître du palais, sur tout le pays d’Egypte. A l’âge de trente ans, Joseph, le fils d’Israël, gouverne l’Egypte au nom de Pharaon pendant les quatorze années : sept d’abondance et sept de disette. Pharaon lui donne une épouse, Asnat, fille d’un prêtre d’On[68]. Son épouse lui donne deux fils : Manassé et Ephraïm.

 

Pendant les sept années d’abondance, Joseph fait remplir tous les silos à grains de Pharaon :

 « […] en telle quantité qu’on renonça à en faire le compte, car cela dépassait toute mesure. » (Gn 41, 49)

 

La disette survient, et la famine s’abat sur toute la terre, sauf en Egypte. Les gens accourent en Egypte pour acheter des grains.

« De toute la terre, on vint en Egypte pour acheter du grain à Joseph, car la famine s’aggravait sur toute la terre. » (Gn 41, 57)

 

Israël, le père de Joseph, est resté au pays de Canaan. Comme la famine frappe sa famille, il envoie ses fils acheter du grain en Egypte, mais il garde Benjamin avec lui parce qu’il craint de le perdre. Joseph reconnaît ses dix frères qui l’ont vendu à une caravane d’Ismaélites, mais eux ne le reconnaissent pas, et ils se prosternent aux pieds de cet homme important qui occupe la plus haute fonction dans ce pays, après Pharaon.

Joseph leur parle durement ; il les traite d’espions et il les fait emprisonner. Il les libère après trois jours, mais pour les éprouver, il exige qu’ils lui amènent Benjamin, le plus jeune d’entre tous. Pour garantie de ce marché, il garde Siméon prisonnier en Égypte. Enfin, il leur vend du blé, mais il fait cacher dans leurs sacs l’argent qu’ils lui ont payé pour ce blé.

 

Comme la famine persiste, les frères reviennent en Egypte avec Benjamin qui est, après Joseph, le second fils de Rachel, morte et enterrée à Bethléem. Juda se porte responsable de la vie de Benjamin auprès de Jacob.

Les dix frères se présentent devant Joseph avec l’argent du premier achat, une autre somme pour le nouvel achat, des cadeaux et, bien entendu, Benjamin. Magnanime, Joseph refuse l’argent qu’ils veulent lui restituer, libère Siméon, les invite à sa table (grande émotion), évite de se faire reconnaître, leur donne du blé, mais fait mettre sa coupe en argent dans le sac de Benjamin.

 

Joseph se fait reconnaître (Gn 44 et 45)

 

Pendant que ses onze frères s’en retournent en Canaan, Joseph envoie des cavaliers à leur poursuite ; ils fouillent leurs bagages, trouvent la coupe de Joseph, et ramènent les frères prisonniers. Benjamin est accusé de vol ; il risque la mort ou l’esclavage. Alors, Juda, qui a vendu Joseph aux caravaniers, intercède auprès de Joseph ; il lui représente la douleur de son père Israël, et il lui propose d’échanger sa vie contre celle de Benjamin. Et Joseph, submergé par l’émotion, se fait enfin reconnaître :

« Je suis Joseph, votre frère que vous avez vendu en Egypte […] » (Gn 45, 4)

 « Dieu m’a envoyé en avant de vous pour assurer la permanence de votre race dans le pays et sauver la vie à beaucoup d’entre vous […] » (Gn 45, 7)

« Alors, il se jeta au cou de son frère Benjamin et pleura. Benjamin aussi pleura à son cou. » (Gn 45, 14)

« Puis il baisa tous ses frères et pleura en les embrassant.» (Gn 45, 15)

 

Les frères de Jacob remontent en Canaan pour annoncer la bonne nouvelle à leur père.

 

Jacob en Égypte (Gn 46)

 

Pharaon invite Jacob (Israël) et toute sa famille, fils, épouses et enfants : en tout soixante dix personnes. Ajoutons les serviteurs, les servantes et les troupeaux. Pharaon leur permet d’habiter la terre de Goschèn. Ils y élèvent des troupeaux.

 

Politique agraire de Joseph (Gn 47, 13 à 26)

 

Pendant que les Egyptiens et les Cananéens languissent, et meurent de faim, Joseph vend les grains qu’il a fait stocker dans les silos du Pharaon :

« Joseph ramassa tout l’argent du pays d’Egypte et du pays de Canaan en échange du grain qu’on achetait, et il livra cet argent au palais de Pharaon. » (Gn 47, 14)

Ensuite, comme les Égyptiens et les Cananéens n’ont plus d’argent, il leur échange leurs troupeaux contre du pain :

« […] pour prix des chevaux, du petit et du  gros bétail, et des ânes […] » (Gn 47, 17)

Puis Joseph acquiert pour Pharaon tout le terroir d’Egypte, contre :

 « […] de quoi semer […]. » (Gn 47, 19)

Joseph vend des graines aux paysans pour leur permettre d’ensemencer leurs champs, mais en contrepartie, il exige qu’ils reversent le cinquième des revenus annuels de leur travail au Pharaon :

« […] sur la récolte, vous devrez donner un cinquième à Pharaon. […] » (Gn 47, 24)

Enfin, il réduit tous les Egyptiens au servage, sauf les prêtres. Il n’acquiert pas le terroir des prêtres :

« Seul le terroir des prêtres ne fut pas à Pharaon. » (Gn 47, 26)

Ainsi Joseph préserve les Égyptiens de la famine, et il leur sauve la vie, mais en retour, il les dépouille de tous leurs biens (sauf les prêtres). Tel est le prix à payer pour la politique agraire de Joseph.

 

Bien entendu, les onze frères et les parents de Joseph sont tous richement dotés.

« Les Israélites demeurèrent au pays d’Egypte, dans la terre de Goshèn. Ils y acquirent des propriétés, furent féconds et devinrent très nombreux. » (Gn 47, 27)

 

Bénédictions de Jacob (Gn 48 et 49)

 

Ayant vécu dix-sept ans en Égypte, Jacob (Israël) âgé de cent quarante-sept ans, sent sa mort venir. Il fait venir auprès de lui Joseph et ses fils Ephraïm et Manassé qu’il bénit.

Il dit à Joseph :

« El Shaddaï m’est apparu à Luz, au pays de Canaan, il m’a béni (Gn 48, 3)  et m’a dit : ″ Je te rendrai fécond et je te multiplierai, je te ferai devenir une assemblée de peuples et je te donnerai ce pays en possession perpétuelle à tes descendants après toi. » (Gn 48, 4)

 

Jacob (Israël) nomme ses douze fils légitimes chefs des douze tribus d’Israël. Puis il les bénit l’un après l’autre, chacun selon ses mérites respectifs : Ruben, Siméon et Lévi, Juda, Zabulon, Issachar, Dan, Gad, Asher, Nephtali, Joseph et Benjamin. Ses bénédictions prennent la forme d’un très beau poème, chant lyrique d’origine inconnue et tardive.

 

Jacob demande à être enterré :

« […] près de mes pères (Gn 49, 29) « 

« […] dans la grotte qui est dans le champ d’Éphrôn le Hittite, dans la grotte du champ de Makpéla, en face de Mambré, au pays de Canaan. » (Gn 49, 30)

« Là furent ensevelis Abraham et sa femme Sara, là furent ensevelis Isaac et sa femme Rebecca, là j’ai enseveli Léa. » (Gn 49, 31)

 

Funérailles de Jacob et mort de Joseph (Gn 50)

 

Jacob rend son dernier souffle en terre d’Egypte.

Ses funérailles durent quarante jours. On embaume son corps, et on le ramène pour l’enterrer dans la grotte du champ de Makpéla qu’Abraham avait acquise d’Ephrôn le Hittite, au delà de Jourdain, en face de Mambré.

 

Joseph revient en Egypte avec toute la famille de son père.

Jacob (Israël) mort, les onze frères ont peur que Joseph ne veuille se venger. Mais il les rassure. Il a pardonné le mal qu’ils lui ont fait :

« Ne craignez point ! [...] » (Gn 50, 19)

« Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui, sauver la vie à un peuple nombreux. » (Gn 50, 20)

 

Avant de mourir, Joseph prophétise à ses frères :

« Je vais mourir, mais Dieu vous visitera et vous fera remonter de ce pays vers le pays qu’il a promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob. » (Gn 50, 24)

 

 Il leur fait prêter serment d’y emmener plus tard ses ossements.

« Joseph mourut à l’âge de cent dix ans, […] on le mit dans un cercueil en Egypte. » (Gn 50, 26)

 

 

Commentaires sur le chapitre 6 : Histoire de Joseph

 

 

L’histoire de Joseph serait presque édifiante. C’est une belle aventure, un conte merveilleux et émouvant. Le pardon des offenses, la revanche de l’exilé, l’ascension du paria, le triomphe de l’émigré pauvre qui parvient aux plus hautes fonctions dans le pays le plus riche de la terre, grâce à ses vertus et à ses dons naturels, et avec l’aide de Dieu - ne n’oublions pas ! Devenu un puissant et magnanime seigneur, parvenu au faîte des honneurs et du pouvoir, il accorde le pardon à ses frères qui avaient comploté sa perte.

Mais, dans cette saga du peuple élu, de Caïn à Joseph, que de crimes, d’adultères, de jalousies et de vengeances, de vilenies et de tromperies ! L’homme à l’image de Dieu ? Singulière image fournie par un miroir !

 

Avec Joseph, remarquable gestionnaire, non seulement nous entrons dans le domaine du rêve prémonitoire, de l’oniromancie et de la sagesse, mais aussi nous abordons le début de l’asservissement du peuple élu, et nous assistons à la concentration capitalistique des moyens de production. Mais quelle grandeur et que d’émotions !

 

Sur l’analyse des rêves, selon Joseph, que Sigmund Freud aurait sans doute balayé d’un revers ironique de la main, passons ! Ces interprétations sont dignes de figurer dans La véritable clé des songes. Depuis la haute antiquité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les voyants, les mages, les pythonisses, les marchands d’horoscopes et les radiesthésistes, ces vendeurs de rêves et d’espérances, continuent de faire florès, qui abusent de la naïveté et de l’ignorance des braves gens.   

 

Le récit de la vie de Joseph est beau, mais profondément immoral.

 

Sur la politique agraire de Joseph

 

 L’homme de confiance du Pharaon devient le premier vrai spéculateur capitaliste monopolistique (au sens péjoratif) de l’histoire. Sa « politique agraire » est un modèle du genre.

 

Première phase. Ce gestionnaire habile, avisé et prévoyant (génial, sans doute ?) accumule des réserves considérables de grains pendant les années d’abondance. De nos jours, nous parlerions de concentration de capital. Puis, quand arrivent les années de disette, il vend ses grains au prix fort au peuple affamé. Il spécule sur les matières premières pour extorquer l’argent des pauvres gens. De cette manière, il ramasse tout l’argent qui se trouve au pays d’Egypte et au pays de Canaan, puis il le reverse au trésor du Pharaon.

Le pouvoir central confisque et accumule le capital.

 

Deuxième phase. Comme la disette continue, et que les grains atteignent des prix considérables (nous dirions maintenant que leurs cours montent en flèche à la bourse des matières premières), Joseph achète tous les troupeaux et toutes les terres du peuple, toujours au profit de Pharaon qui exerce un véritable monopole, et concentre tous les moyens de production.

 

Troisième phase et suprême monstruosité. Comme les gens sont dépossédés de tous leurs biens, il achète même les personnes. Autrement dit, leur force de travail. Tout se vend et tout s’achète, quand la nécessité fait loi. Désormais, le peuple d’Egypte est réduit à l’esclavage au profit de Pharaon grâce aux talents de Joseph, homme sage et avisé, mais retors et sans scrupules. Ce véritable « requin de la finance » expérimente l’exploitation de l’homme par l’homme poussée à son paroxysme.

 

Enfin, comble de la perversité, l’inflexible Joseph, exige encore que chaque travailleur verse à Pharaon le cinquième de ses revenus. Il soumet le peuple à l’impôt.

 

L’édifiante histoire de Joseph annonce le futur capitalisme étatique. L’Etat centralisateur est né, qui assujetti le peuple à une contribution obligatoire ; du vol organisé, avec la bénédiction divine, car Joseph est chéri par Yahvé Dieu, puisque le peuple de son père Jacob (Israël) est élu par le Très Haut qui veille sur son protégé.

 

En quelques années, Joseph, l’exilé, l’esclave vendu par des Ismaélites (ses cousins, par Isaac et Ismaël), le prisonnier des geôles du Pharaon, est devenu un homme très riche, considéré et tout puissant. De nos jours, nous l’appellerions un « self made man. » Au nom de Pharaon, il a pris possession de tout l’argent, de toutes les terres et de toutes les personnes du pays qui, à l’époque, était sans doute le plus grand empire de la Haute Antiquité.

Les habitants de l’Egypte ont aliéné leur liberté contre des grains et du pain. Pour sauver leurs vies, ils sont devenus les esclaves du Pharaon par la volonté, l’intelligence et la ruse de Joseph. L’exploitation de l’homme par l’homme vient de commencer ; elle est inscrite dans le texte sacré, et Yahvé Dieu la cautionne.

 

Mais un détail important n’échappe pas à la sagacité du maître du palais. Il nous éclaire sur la duplicité de ce fin calculateur. Joseph, très habile, ménage la caste cléricale.

« Seul le terroir des prêtres ne fut pas à Pharaon. » (Gn 47, 26)

Les prêtres conservent leurs terres, et ne paient pas l’impôt.

Le pouvoir central ménage le pouvoir religieux. C’est de bonne guerre. La caste cléricale est le relais du pouvoir temporel auprès du peuple. C’est elle qui endoctrine, asservit, vassalise, et confisque la pensée populaire. Elle est le relais du pouvoir, elle transmet les messages, et elle endort le peuple. Elle exerce un rôle analogue à ce que, maintenant, nous appelons la publicité. Tromperie et leurre. Avec Joseph, l’alliance du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel est consommée. Longtemps, la royauté et le clergé marcheront de concert pour assurer leurs pouvoirs et privilèges. Plus tard, on parlera « d’alliance entre le sabre et le goupillon.[69] » Longtemps cette union singulière parasitera les relations humaines et empoisonnera la vie des sociétés.

 

Quand les potentats s’allient au pouvoir spirituel, ils assurent la pérennité de leurs trônes, quand ils s’opposent au clergé, ils paient cher le prix de leur reniement :

- Ainsi, en Egypte, vers 1 370 av. J.-C., le Pharaon Akhenaton instaura une religion monothéiste contre l’avis des prêtres d’Amon. On pense qu’il fut assassiné à la suite d’une rébellion fomentée par cette caste spoliée.

- Alexandre le Grand (356 à 323 av. J.-C.) conservera, et respectera les cultes des peuples de son immense empire, pour pérenniser ses conquêtes.

- Plus tard, en l’an 313 apr. J.C., l’empereur Constantin, souverain avisé, proclamera la religion chrétienne licita ; cette décision assurera le pouvoir impérial jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs de Mehmet II, le 29 mai 1453.

- Par le baptême du rusé et intéressé Clovis, persuadé que le Dieu des Chrétiens était plus fort que le dieu germain Odin, grâce à son épouse Clotilde et à son ministre Éloi, la France est devenue : « la fille aînée de l’Église de Rome. »

- Souvenons nous aussi d’Henri IV. Il se convertit à la religion catholique dominante, avec cette formule lapidaire « Paris vaut bien une messe », qu’on lui attribue, peut-être à tort.

- Napoléon premier reconnaîtra lui-même que « les conquérants habiles ne se sont jamais brouillés avec les prêtres. » Il négociera un concordat avec le Vatican.

- Mais au XXè siècle, le shah d’Iran perdra son trône pour avoir tenté de moderniser son pays contre les mollahs et les ayatollahs.

L’histoire de Joseph nous offre un bel exemple de complicité et de duplicité entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Le résultat, c’est l’exploitation du peuple par une oligarchie alliée aux prêtres, le prélude à la montée des privilèges. Longtemps plus tard, ils seront abolis (momentanément) par des révolutions nées de la frustration des peuples, mais ils seront vite remplacés par d’autres privilèges qui profiteront à d’autres castes.

 

Autre question. Ces prêtres égyptiens que l’on ménage, adoraient-ils aussi Yahvé ?

Non ! Ils pratiquaient le culte de Pharaon, véritable Dieu vivant. Ils adoraient (ou utilisaient avec habileté) les quelques deux milles divinités de l’ancienne Egypte.

 Joseph, fin politicien et diplomate consommé, doit obligatoirement composer avec la religion dominante d’Etat, puisqu’il épouse Asnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d’On. (Gn 41, 45) Peut-être même s’y est-il converti ? Et pourquoi Yahvé, Dieu si jaloux, ne se manifeste-t-il pas ? Silence dans le ciel d’Israël ! Pourquoi ? Encore une incohérence à porter au passif déjà lourd de la Genèse.

Comment interpréter ce passage du Livre ? Simplement ! Le peuple doit craindre Dieu, respecter les puissants, et ne pas juger leurs actes. Soumission ! Soumission !

 

L’histoire de Joseph est-elle historique ?

         

On ne trouve aucune mention de ce Joseph hébraïque dans les textes hiéroglyphiques de l’ancienne Egypte ni aucune trace archéologique. On sait aussi que le chameau est devenu une bête de somme au Moyen Orient, longtemps après l’an 1000 av. J.-C. De même, le commerce de la gomme adragante, du baume et du ladanum, négoce dominé par les Assyriens, remonte aux VIIIè et VIIè siècles av. J.-C. A l’époque où, selon l’Ancien Testament, vivait le soi-disant Joseph, aucune caravane ne transportait les précieuses gommes à travers le désert. Ce commerce est seulement avéré sous le règne du roi Josias (640 à 609 av. J.-C.).

Au terme des analyses textuelles et des fouilles archéologiques récentes, les spécialistes situent unanimement la compilation de la Genèse vers la fin du VIIè siècle av. J.-C. (âge du Fer II), sous le règne du roi Josias, et non dans ce passé mythique auquel le Livre prétendu sacré situe la vie des Patriarches (Bronze intermédiaire), vers le XXè siècle av. J.-C., soit treize siècles plus tôt.

 

Enfin, ne l’oublions pas, Dieu, tantôt Yahvé, tantôt El Shaddaï, demeure constant dans son alliance avec le peuple des prophètes. Il apparaît en personne à Jacob (Israël) : « […] El Shaddaï m’est apparu à Luz, au pays de Canaan […] » (Gn 48, 3)

Il lui renouvelle sa promesse de multiplier son peuple, et de lui donner tout le pays de Canaan :

 « […] en possession perpétuelle à tes descendants après toi […]  » (Gn 48, 4)

 

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi, fort de l’appui de son Dieu tout puissant, Jacob n’est pas demeuré en Canaan avec ses onze fils ? Pourquoi toute la tribu a émigré en Egypte, auprès de Joseph, avec ses serviteurs et ses troupeaux ? Pourquoi Dieu a-t-il fait prospérer les Hébreux en Egypte pendant quatre cent trente années, et non pas au pays de Canaan que leurs descendants devront reconquérir plus tard par la force des armes ? Décidément, les voies du Seigneur…


 

 

 

Sur Yahvé Dieu

Première approche d’un portrait-robot

 

 

A travers la Genèse, qu’avons-nous appris sur ce formidable architecte de l’univers et des hommes, appelé Dieu ?

 

Dieu est faillible. Il se trompe.

Les erreurs scientifiques et chronologiques magistrales détectées lors de la création de l’univers le prouvent. L’arche (mission impossible) qu’il fait construire par Noé, et dont il lui dicte les dimensions est ridiculement petite pour contenir un couple de chaque espèce, ou alors ont-elles été compactées ? D’où vient l’eau du Déluge qui recouvre les plus hautes montagnes quand on sait que l’appoint résultant de la fonte de tous les glaciers suffirait à peine pour élever le niveau des mers de quelques mètres ?

 

Dieu est fier de lui. Narcissique.

A chaque jour de la Création, il se décerne un satisfecit :

 « Et Dieu vit que cela était bon. » (Gn 1- 10, 12, 18, 21, 25)

 

Dieu est exigeant, tyrannique et impitoyable.

Il n’admet pas que l’on transgresse son unique commandement :

« […] de l’arbre de la connaissance, tu ne mangeras pas ! » (Gn 2, 17)

Trois fois, il punit les hommes :

- Il chasse Adam et Eve du jardin d’Eden, et les condamne à devenir mortels parce qu’ils ont désobéi à ses ordres ;

- Ensuite, il punit les descendants de Caïn jusqu’à la septième génération, et il les condamne à l’errance parce que Caïn a tué Abel ;

- Enfin, mille cinquante-six ans après la Création du monde, il détruit l’humanité par le déluge parce que les hommes, conçus à son image, sont devenus méchants et violents. Mais, aussi, tous les animaux de toutes les espèces, à l’exception d’un couple de chaque espèce que Noé enfermera dans l’arche.

- Il détruit Sodome et Gomorrhe, avec tous ses habitants et la végétation, par le soufre et le feu, supprimant « le juste avec le pécheur. »

 

Mais Dieu pardonne aussi.

- Il met un signe sur Caïn afin que le premier venu ne le frappe pas.

- Après la punition, il conclut une alliance avec le peuple de Noé. Le signe de ralliement est l’arc céleste, apparu au milieu des nuées. Enfin, un geste généreux. Une marque d’humanité. Cela est à porter au bénéfice de Dieu. 

 

Dieu misogyne préfère l’homme à la femme, le mâle à la femelle.

- Les générations se succèdent toujours de père en fils, jamais de père ou de mère en fille ; La femme est exclue du cycle de la transmission du nom patronymique. Une fois leur descendance mâle assurée, les hommes, engendrent « des fils et des filles » ;

- La polygamie est de règle constante : Jacob et Rachel et Léa :

- Le mari peut « connaître » les servantes de ses épouses : Abraham avec Agar et Jacob avec Zilpa et Bihla ;

- Le père peut prostituer ses filles vierges : Lot à Sodome ;

- L’époux dispose de sa femme femme-objet : Abram, mari couard, indigne et menteur, prostitue deux fois son épouse Saraï pour obtenir des richesses, sachant pertinemment que Yahvé le soutiendra. Auprès de Pharaon, Isaac se comporte de la même manière avec son épouse Rebecca ;

- La femme est exclue du pacte d’alliance signé avec le sang de la circoncision du pénis de l’homme.

- Elle ne figure pas dans la liste des descendants.

 

Dieu choisit mal ses Patriarches.

- Abraham est un homme couard, menteur, retors, souteneur et cupide ;

- Jacob, arriviste et rusé, trompe son frère et son père, et vole son oncle Laban.

 

Dieu demande plusieurs fois à l’homme de multiplier et dominer : « sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux […] » (Gn 1, 26)

A son image, l’homme sera tyrannique, dominateur et destructeur. L’écologie n’est pas inscrite dans le Livre sacré. L’homme en paiera les conséquences, plus tard.

 

Dieu glouton et gourmand est imbu de sa personne. Il n’aime que lui.

Il apprécie la viande grasse des sacrifices. Il se régale du fumet des holocaustes.

 

Dieu est injuste.

- Il préfère l’homme à la femme, Abel à Caïn, Isaac à Ismaël, Jacob à Ésaü, et le peuple élu à tous les autres qu’il devra chasser de leurs territoires, et éliminer par la force.

- Il punit Abimélek et le Pharaon qui pourtant sont innocents des turpitudes d’Abraham.

- Il favorise les mâles au détriment des femmes et le peuple élu à l’encontre des peuples étrangers.

 

Dieu se mêle des affaires des hommes. Il est en contact direct avec eux, parfois.

- Il parle avec Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et Jodeph ;

- Il lutte toute une nuit contre Jacob pour l’éprouver, et lui brise l’emboîture de la hanche, puis il le nomme Israël ?

 

Dieu est jaloux et exclusif.

- Il ferme les yeux sur les comportements répréhensibles, voire criminels, de ses protégés. - Il bénit les maris polygames, les femmes jalouses et les servantes courtisanes, parce que tout ce petit monde à sa botte donne aux mâles dominants les fils nécessaires pour assurer leur descendance et servir Yahvé - bien entendu, c’est le plus important.

 

Dieu est chauvin, xénophobe et raciste.

La crainte de l’étranger, la peur du mélange des sangs et le souci de protéger la pureté de la race du peuple élu trahissent un comportement grégaire, ethnique et clanique, à la source du racisme. Il semble ignorer les conséquences sanitaires de la consanguinité.

 

Yahvé, Dieu est fondamentalement humain.

Dieu a conçu l’homme à son image. (Gn 1, 27) Il parle, il marche, et on entend son pas quand il se promène dans le jardin d’Eden, « à la brise du jour. » Sans doute, possède-t-il un corps semblable à celui des humains. Ceci explique certaines représentations iconographiques qui décorent, par exemple, la chapelle Sixtine La création d’Adam par Michel-Ange.

Il éprouve des sentiments : jalousie, colère ou compassion. Il se trompe sûrement et souvent, mais il persiste dans l’erreur, privilège du souverain omnipotent. Il pratique le favoritisme de sexe, de caste et de race. Communautarisme.

 

Grâce à Yahvé Dieu, des hommes - Patriarches chefs de tribus, Juges puis Rois et potentats dominants - ont contraint d’autres hommes à filer droit sous la férule des pouvoirs cléricaux. Grâce à Dieu et à la religion, des hommes autoproclamés bergers du peuple élu ont trouvé le moyen idéal pour maintenir d’autres hommes (et les femmes surtout) sous leur joug.

 

Pendant trois millénaires, les fabuleux récits de la Genèse ont marqué les esprits des croyants. Ces mythes ont influencé la vie de millions hommes. Des générations de rabbins, de prêtres et d’imams zélés - que l’on espère croyants - ont enseigné aux petits enfants juifs, chrétiens et musulmans, et aux adultes aussi, cette fable grandiose et incroyable, érigée en vérité suprême. Ils ont converti les masses incultes parce que leurs moyens de persuasion furent convaincants, soutenus par la mise en scène spectaculaire et la contrainte par les armes, moyens de viol des foules.

 

Au XXIè siècle, l’influence délétère et insidieuse des anciennes croyances continue d’influencer des centaines de millions de fidèles. A notre insu, elle imprègne nos mœurs, et commande, à notre insu, certains de nos comportements, influence la politique et la diplomatie, mais surtout, elle pèse sur les droits des femmes qui ne sont pas encore les égales des hommes.

 

 

 

 

 

FIN DE LA GENESE

 

 

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3 - EXODE

(Deuxième livre du Pentateuque)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En voici les principaux chapitres :

 

Israël en Egypte (Ex 1)

Jeunesse et vocation de Moïse (Ex 2 à 7)

Les plaies d’Egypte et le départ (Ex 7 à 13)

Le passage de la mer des roseaux (Ex 13 à 14)

La marche au désert (Ex 15 à 18)

Le Sinaï et l’Alliance (Ex 19 à 40). 

 

Je les aborderai successivement et chaque fois, j’émettrai les commentaires qu’ils m’inspirent.

 


 

 

1)-Israël en Egypte (Ex 1)

 

 

Les douze enfants d’Israël : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar, Zabulon, Gad, Asher, Joseph, Benjamin, Dan et Nephtali vivent, et meurent en Egypte.

Au pays d’Egypte, leurs descendants se multiplient :

« Mais les enfants d’Israël, féconds comme ils l’étaient, pullulèrent, ils devinrent nombreux à l’extrême, au point de remplir le pays. » (Ex 1, 7)

 

Longtemps plus tard :

« Un nouveau roi vint au pouvoir en Egypte pour qui Joseph était un inconnu. » (Ex 1, 8)

Le souverain s’inquiète de cette prolifération jugée dangereuse, et il soumet les Israélites à de durs travaux. Comme ces dispositions n’enrayent pas le développement de leurs naissances, il ordonne aux accoucheuses de faire mourir tous les nouveaux-nés de sexe masculin. (Ex 1, 16)

Mais Yahvé veille sur son « peuple élu. » Les accoucheuses qui le craignent, ne respectent pas les ordres de Pharaon, et le peuple devient « […] très nombreux et très fort. » (Ex 1, 20)

Alors Pharaon donne l’ordre suivant à tous ses sujets :

« Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez les au Fleuve, mais laissez vivre toutes les filles ! » (Ex 1, 22)

 

 

Commentaires sur le chapitre 1 : Israël en Égypte

 

 

Au début, les douze enfants d’Israël sont installés en Égypte dont, rappelons-le, le vice roi est Joseph, l’un des leurs.

Combien sont-ils, avec leurs femmes et leurs enfants ? Soixante-dix, répond le livre de la Genèse :

« Total des personnes de la famille de Jacob qui vinrent en Égypte : soixante dix. » (Gn 46, 27) Sans compter les serviteurs et les servantes.

 

Combien de temps les enfants d’Israël sont-ils restés en Egypte jusqu’à la naissance de Moïse ? La Bible avance quatre cent trente années :

« Le séjour des enfants d’Israël en Égypte avait duré quatre cent trente ans. » (Ex 12, 40)

Ainsi, pendant presque un demi millénaire, Yahvé Dieu ne s’est pas manifesté. Ou, plus probablement, le peuple d’Israël a oublié son Dieu, mais il se souvient de lui par intérêt, parce qu’ils souffre.

Même Pharaon ignore qui est Yahvé.

 

Pourquoi cette longue absence, pendant laquelle Yahvé omet de se manifester et de le guider son « peuple élu » ?

A quoi occupait-il son temps pendant que les Israélites croissaient, et se multipliaient sur la terre d’Egypte ?

Avons-nous quelques preuves qu’il fût vénéré ailleurs ? Aucune. Devons-nous conclure que ce Dieu - imaginé par la conscience collective - pouvait disparaître des esprits, et revenir fort à propos, pour servir les desseins des conducteurs de peuples ? Et Moïse, nous le verrons bientôt, en fut un vrai, assisté par son éminence grise, Aaron, son frère. 

 

Plusieurs raisons m’incitent à penser que les fils de Jacob (Israël) ont oublié leur Dieu et adopté la religion des Égyptiens.

 

D’abord, le plus éminent d’entre eux, Joseph occupe la seconde place de ce royaume, immédiatement après le Pharaon. Est-il concevable que ce très haut personnage ne pratique pas la religion en vigueur dans l’Égypte, de ce temps-la ?

Il est probable que Joseph a embrassé la religion polythéiste des Pharaons.

Car il a épousé Asnat, la fille de Poti-Phéra, prêtre d’On (Héliopolis).

Et il ménage les prêtres qu’il ne dépossède pas de leurs terres :

« Seul le terroir des prêtres ne fut pas à Pharaon. » (Gn 47, 26)

 

On peut légitimement considérer que toute la tribu d’Israël fut séduite par la religion du pays où ils choisirent d’émigrer. Ou peut-être dut se plier aux rites égyptiens pour survivre et prospérer dans leur pays d’adoption.

 

Et pourquoi les fils de Jacob auraient-ils délaissé leur Dieu ?

Parc que les dieux des Égyptiens - et la haute situation de Joseph -, leur permettaient de vivre plus à l’aise sur de riches terroirs. 

 


 

 

2)- Jeunesse et vocation de Moïse (Ex 2 à 7)

 

 

Presque cinq siècles après l’arrivée des Hébreux en Égypte.

Un homme et une femme de la tribu de Lévi conçoivent un enfant. Inquiets pour sa survie, ils le cachent au milieu des roseaux, dans un panier en papyrus enduit d’asphalte. Descendue au Fleuve pour s’y baigner, la fille du Pharaon découvre le nouveau-né. Touchée par la compassion, elle le prend sous sa protection, puis elle demande à sa servante de l’allaiter. Par un heureux hasard, cette femme est la mère du petit. L’enfant grandit, et la fille du Pharaon le traite comme son fils. Elle le nomme Moïse, ce qui veut dire « sauvé des eaux. »

 

Devenu grand, Moïse ne supporte pas de voir ses frères réduits en esclavage. Il surprend un Egyptien en train de rouer de coups un Hébreu : « […] un de ses frères. » Il le tue, et cache son corps dans le sable. (Ex 2, 12)

Pharaon entend parler de cette affaire, et il cherche à faire périr Moïse qui fuit l’Egypte, et se réfugie au pays de Madiân[70]. Héros d’un épisode où il protège les sept filles de Réuel[71], le prêtre de Madiân, Moïse épouse Cippora, l’une d’entre elles. Cippora lui donne un fils, Gershom.

 

Le roi d’Egypte meurt, et : « Les enfants d’Israël, gémissant de leur servitude, poussèrent des clameurs, et leur appel à l’aide monta vers Dieu, du fond de leur servitude. » (Ex 2, 23)

Alors, Dieu se souvient de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob.

Sur le mont Horeb[72], il se manifeste à Moïse sous la forme d’une « flamme de feu jaillissant du milieu d’un buisson ardent » (Ex 3, 2) qui ne se consume pas.

Puis il se fait reconnaître :

« C’est moi, le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » (Ex 3, 6)

 

Yahvé Dieu confie une mission à Moïse : faire sortir d’Egypte le peuple élu pour l’emmener à Canaan, la terre promise. Enfin il lui annonce :

« Je suis résolu à le délivrer de la main des Egyptiens et à le faire monter vers une contrée plantureuse et vaste où ruissellent lait et miel, demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizzites, des Hivvites et des Jébuséens. » (Ex 3, 8)

« […] maintenant, va, je t’envoie auprès de Pharaon pour faire sortir d’Egypte mon peuple, les enfants d’Israël. » (Ex 3, 10)

 

Moïse doute de ses propres capacités à convaincre les hommes. Mais Dieu l’encourage. Il promet de l’aider, et il lui demande de lui rendre un culte sur cette montagne.

 

Enfin, sur la requête de Moïse, Yahvé se nomme :

 

« Je suis celui qui suis. » (Ex 3, 14)

 

Puis il enjoint à Moïse :

« Va, réunis les anciens d’Israël et dis leur : Yahvé, le Dieu de vos pères, s’est manifesté à moi - le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, […] » (Ex 3, 16)

Et il les exhorte au pillage :

« […] Lors de votre départ, vous ne vous en irez pas les mains vides. » (Ex 3, 21)

« La femme demandera à sa voisine et à celle qui séjourne dans sa maison des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Vous en couvrirez vos fils et vos filles et vous en dépouillerez les Egyptiens. » (Ex 3, 22)

 

Comme Moïse hésite encore, Yahvé le met en état d’accomplir trois prodiges pour convaincre ses interlocuteurs égyptiens :

- A sa demande, son bâton pourra se transformer en un serpent, mais il redeviendra bâton dès qu’il le touchera ;

- Sa main se couvrira de lèpre à volonté, quand il la mettra dans son sein, mais elle redeviendra normale quand il la reposera de nouveau dans son sein ;

- L’eau qu’il puisera dans le Fleuve pourra se changer en sang sur la terre.

 

En dépit de ces pouvoirs exceptionnels, Moïse hésite encore. Il reconnaît qu’il est un piètre orateur :

« Ma bouche est inhabile et ma langue pesante ! » (Ex 4, 10)

Yahvé lui propose d’utiliser les talents oratoires de son frère Aaron :

« Je sais qu’il parle bien, lui […] » (Ex 4, 14)

« Il adressera la parole au peuple en ton nom, et il en sera comme s’il était ta bouche et que tu fusses le Dieu qui l’inspire. » (Ex 4, 16)

 

Conforté par son Dieu, Moïse quitte le mont Horeb, prend congé de son beau-père Jéthro, et revient en Egypte avec sa famille.

 

A la demande de Yahvé, Aaron vient rencontrer Moïse sur la montagne de Dieu. Et Moïse lui narre son entrevue avec Dieu. Puis, les deux frères réunissent les anciens, et devant le peuple, Moïse exécute les prodiges.

« Le peuple fut convaincu et se réjouit de ce que Yahvé  avait remarqué leur misère. […] » (Ex 4, 31)

 

Pour convaincre Pharaon de laisser sortir d’Egypte les enfants d’Israël, Moïse et Aaron imaginent un stratagème. Ils lui demandent de laisser les Hébreux aller fêter leur Dieu, Yahvé. Comme le Pharaon ignore qui est Yahvé (Ex 5, 2), il refuse de libérer Israël. Alors Moïse précise :

« […] à trois jours de marche dans le désert pour y sacrifier à Yahvé notre Dieu. » (Ex 5, 3)

Mais Pharaon s’obstine dans son refus. Il exige encore plus de travail des Hébreux, et il fait même bâtonner les scribes qu’il traite de paresseux.

 

Moïse désespéré rend compte à Yahvé Dieu de ses insuccès et de la grande misère qui frappe son peuple. Dieu lui renouvelle l’engagement qu’il avait fait à ses pères de faire sortir son peuple d’Égypte, et de lui donner la terre promise de Canaan.

Incapable de convaincre son propre peuple, Moïse hésite à rencontrer Pharaon. Alors, Yahvé Dieu l’encourage :

« Vois, je fais de toi un Dieu pour Pharaon, et Aaron ton frère sera ton prophète. » (Ex 7, 1)

« Pour moi, je ferai s’obstiner Pharaon, et je multiplierai les miracles et prodiges […] » (Ex 7, 3)

« Les Égyptiens, tous tant qu’ils sont, seront contraints de reconnaître que je suis Yahvé quand j’étendrai ma main contre eux et ferai sortir de chez eux les enfants d’Israël. » (Ex 7, 5)

 

Moïse entreprend une nouvelle ambassade auprès de Pharaon.

« Moise était âgé de quatre-vingts ans et Aaron de quatre-vingt-trois ans lors de leur entretien avec Pharaon. » (Ex 7, 7)

 

 

Commentaires sur le chapitre 2 : Jeunesse et vocation de Moïse

 

 

Sur l’aspect théologique de l’Exode

 

Pharaon ignore qui est ce dieu, Yahvé : « […] J’ignore tout de Yahvé ! » (Ex 5, 2) répond-il quand Moïse et Aaron lui demandent de les laisser partir dans le désert, lui et son peuple, pour célébrer Yahvé. Comme il est impensable que le souverain d’un pays, l’Egypte, où vit une communauté aussi innombrable d’Hébreux, puisse ignorer leur dieu, il est fort possible que ce peuple ait oublié Yahvé, Dieu d’Abraham pour épouser la religion des Égyptiens. Et pourquoi se sont-ils souvenus que leurs ancêtres adoraient un Dieu unique nommé Yahvé ? La Bible reste muette sur cette question.

Ne cherchons pas d’explications ! Cette belle histoire, bourrée d’anachronismes et d’erreurs, ressemble plus à une fable qu’à une vérité historique.

 

Qui Yahvé choisit-il pour sauver le peuple élu ? Moïse, « sauvé des eaux », un criminel qui a tué un Égyptien, un fuyard devant la justice de son pays, mais qui n’hésite pas à revenir demander une faveur à Pharaon, un homme qui hésite trois fois avant de répondre à l’appel de son Dieu, et qui manque de confiance en lui, d’autorité et de talents oratoires, au point que Yahvé doit lui accorder le pouvoir de faire des prodiges pour convaincre son peuple, et même lui adjoindre son frère Aaron, qui deviendra son porte-parole auprès du peuple et de Pharaon.

Moïse doute de lui et de sa mission. Est-il l’homme de la situation ?

 

Souvenons nous ! L’histoire se répète. Cette fable est une réminiscence de celle du roi de Sumer et d’Akkad, Sargon l’ancien. (2334 - 2279 av. J.-C.). La légende[73] raconte qu’il fut mis au monde en secret, et sa mère le déposa dans une corbeille de roseaux enduite de bitume[74] flottant sur les eaux du fleuve Euphrate. L’irrigateur Akki l’a recueilli, puis élevé comme son propre fils. Et l’enfant, « sauvé des eaux », grandit, devint l’échanson du roi, puis il se rebella, et le détrôna. Son règne fut remarquable.

Il est vraisemblable que ce conte babylonien répandu dans le Moyen-orient fut intégré dans la rédaction de l’Exode, l’un des cinq Livres du Pentateuque, par les prêtres judéens en exil à Babylone au VIIè siècle av. J.-C.

Selon la thèse d’Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman[75], les textes « historiques » de la Bible hébraïque furent rédigés sous le règne du roi Josias (VIIè siècle av. J.-C.), et définitivement mis en forme au IVè siècle, sous Esdras. Ainsi le Pentateuque (les cinq premiers Livres de l’Ancien Testament) et plus particulièrement le Deutéronome (le cinquième) fut un instrument de propagande idéologique au service du royaume de Juda.

« Nous soutiendrons les savants qui affirment que l'histoire deutéronomiste fut compilée, en grande partie, sous le règne de Josias, afin de servir de fondement idéologique à des ambitions politiques et à des références religieuses particulières[76] Note le théologien Jean-Michel Maldamé[77] qui rappelle les conclusions des deux archéologues israéliens.

 

Moïse tue un Egyptien qui battait un Hébreu. Mais quand on appartient au peuple élu, tuer un Egyptien, un étranger qui n’adore pas le même Dieu, n’est pas un crime, sans doute, au regard de Yahvé ?

 

Et Yahvé ? Ne serait-il pas un avatar du Dieu unique Aton (émanation du dieu solaire Amon Rê), imaginé et imposé par le génial et révolutionnaire Pharaon Akhenaton (Aménophis IV) ? Aton…Yati…Yahvé ?

Ce Pharaon fut assassiné, paraît-il, parce que les prêtres de l’ancienne religion délaissée n’y trouvaient plus leur compte. Et les adorateurs de Aton (Yahvé) ? Ils furent expulsés d’Egypte, refoulés dans le désert. Contraints à l’exode.

Certains Hébreux avaient-ils adopté le nouveau monothéisme égyptien, mais sous une autre appellation ? Et, plus tard, pour donner plus de corps à leur doctrine, la fable de la Création et du Déluge empruntée à d’autres peuples, au moment de l’exil babylonien ?

Faute de preuves, on discute encore cette hypothèse là.

 

Mais aussi, que penser de l’étonnante instruction que Yahvé donne à Moïse ; piller les Égyptiens pour que le peuple ne parte pas les mains vides :

« La femme demandera à sa voisine et à celle qui séjourne dans sa maison des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements […] Vous en couvrirez vos fils et vos filles et vous en dépouillerez les Egyptiens. » (Ex 3, 22)

Le Tout-puissant encourage la rapine et le vol, au mépris du huitième commandement : « Tu ne voleras pas » (Ex 20, 15) qu’il va bientôt dicter à Moïse avec les Tables de la Loi. Au seul profit du peuple élu. C’est tellement humain ! Comment interpréter cet ordre du Très-Haut ? Est-ce pour mieux inciter le peuple élu au départ, ou est-ce une couverture pour pratiquer la rapine ? Sont-ce les premiers fondements de la xénophobie et la justification du pillage des trésors des peuples étrangers ? De droit divin ?

Il est difficile de croire que Dieu, Etre parfait, puisse, dans le même Pentateuque, dicter aux hommes une action aussi vile, puis son contraire, avec le Décalogue. Si l’on admet que les textes prétendus sacrés ont été remaniés et complétés au cours des siècles, on comprend que parfois, ils puissent contenir des incohérences et des absurdités. Et je ne parle pas des anachronismes dont ils regorgent. Nous en prendrons conscience quand nous aborderons l’aspect historique. 

Autre explication possible : conscients de leur supériorité, les Hébreux considèrent que les lois (divines) qu’ils appliquent à l’intérieur des douze tribus, ne concernent pas les étrangers. Nous verrons bientôt comment ils se comporteront en pays conquis.

 

Mais aussi, de quelle utilité seront tous ces objets d’argent et d’or quand on sait que le « peuple élu » est condamné à vivre et errer dans le désert pendant quarante ans ? Car Dieu ne pouvait pas ignorer quel sort il réservait à ses protégés.

 

En dépit des prodiges accomplis, pourquoi Yahvé Dieu pousse-t-il Pharaon à s’entêter, et à refuser de satisfaire la demande de Moïse ?

« […] je ferai s’obstiner le Pharaon, et je multiplierai miracles et prodiges en terre d’Égypte. » (Ex 7, 3) Pour mieux le contraindre par la force, pour mieux le subjuguer, et le convaincre de reconnaître son pouvoir. N’est-ce pas un comportement infantile ? Incompréhensible de la part d’un Être infiniment supérieur ?

Et cette prophétie ?

« Les Égyptiens, tous tant qu’ils sont, seront contraints de reconnaître que je suis Yahvé […] » (Ex 7, 5) Jamais accomplie, puisque les Égyptiens ont continué pendant des siècles encore à vénérer leur Pharaon et leurs multiples dieux.

 

On se demande où réside la divine sagesse ? Et de quels pouvoirs disposait ce Yahvé, incapable de convaincre les Égyptiens de sa divinité ? Et même son peuple qu’il doit convaincre avec des prodiges.

Ou alors, les rédacteurs des Livres du Pentateuque ont-il jugé pertinent de varier la panoplie des miracles pour justifier les pouvoirs (et la réalité) de leur Dieu fantaisiste, pour impressionner le seul « peuple élu » auquel, plus tard, le roi Josias fera lire chaque jour ce texte étonnant ?

 

Sur l’aspect historique de l’Exode

 

L’exil du peuple israélien en Egypte, pullulant, prospère et puissant, pendant un demi millénaire, est-il avéré par l’histoire ?

Aucune trace archéologique, aucune mention dans tous les documents retrouvés en Egypte et dans le reste du Moyen-Orient - et ils sont en nombre considérable -, n’ont jamais été mises à jour qui attestent l’existence du prétendu Moïse et de l’Exode de tout un peuple. L’absence de données et de preuves ne suffit pas à infirmer l’existence de Moïse, mais elle constitue un indice sérieux qu’il s’agit, sinon d’une pure invention, du moins d’un personnage secondaire.

 

Les quatre cent trente années avancées par le Livre de l’Exode couvriraient une période comprise entre les dynasties Hyksos (pharaons asiatiques) et thébaines (pharaons venus du sud) jusqu’à Ramsès II. Les tentatives de datations sont difficiles parce que, d’une part, aucun texte de l’ancienne Egypte ne mentionne ni Moïse ni l’Exode, et d’autre part, jusque vers 1300 av. J.-C. l’Egypte exerçait sur le futur sillon palestinien une domination militaire et administrative telle qu’il était matériellement impossible que les Hébreux aient pu conquérir Canaan. La seule période propice se situerait entre 1300 et 1200 av. J.-C., mais un pareil exode sous le règne de Ramsès II aurait laissé des traces.

 

Aucune preuve directe de la présence de tout un peuple n’a jamais été retrouvée dans les nombreux documents égyptiens : peintures, bas-reliefs, sculptures, stèles, monuments, ostraca et papyrus. Si l’on observe quelques traces d’échanges entres ces peuples voisins et des similitudes avec certains noms et écritures, elles ne permettent pas de conclure.

Ces remarques fondées, émises par plusieurs archéologues renommés[78], conduisent Alain Zivie à conclure[79] :

« Tant qu’on n’aura pas apporté des arguments véritables et nouveaux en faveur d’une datation de ces événements si insaisissables sous le règne de Ramsès II, cessons donc de mettre face à face le plus célèbre des pharaons et le chef hébreu. Tant qu’à faire, si l’on tient à voir deux grandes figures s’affronter, on préférera encore la confrontation entre Akhénaton et Joseph évoquée dans la série romanesque de Thomas Mann : Joseph et ses frères. Celle-ci n’est pas plus fondée historiquement, tant s’en faut, que celle opposant Ramsès II et Moïse, mais du moins a-t-on affaire là à une fiction littéraire digne de ce nom. »

 

Combien y avait-il d’Hébreux en Egypte ?

Au départ, la famille de Jacob, invitée à s’installer sur les terres du Pharaon par Joseph, comptait soixante-dix personnes :

 « Total des personnes de la famille de Jacob qui vinrent en Égypte : soixante-dix » (Gn 46, 27)

Ce total incluait les fils, les épouses et les enfants, sans compter les serviteurs et les servantes.

Au moment de l’exode, soit 430 années plus tard :

« Les enfants d'Israël partirent de Ramsès pour Sukkot, au nombre d'environ six cent mille hommes de pieds sans compter les enfants. » (Ex 12, 37)

 

Le recensement effectué par Moïse et Aaron quelques mois après la sortie d’Egypte dénombre 603 550 mâles de vingt ans et plus (Nb 1, 46), tous aptes à faire campagne, sans compter ceux de la tribu de Lévi, au nombre de 22 000 (Nb 3, 39). Cela représente une population totale de l’ordre de deux million cinq cent mille à trois millions de personnes : femmes, enfants, serviteurs et servantes. Ce nombre est exagéré et impensable. Jamais 70 personnes n’auraient pu engendrer autant de descendants en une vingtaine de générations, en raison du taux de mortalité infantile de cette époque. Même la population de toute l’Egypte du Nouvel Empire est estimée très inférieure au nombre des enfants d’Israël. Le Coran aussi conteste ce chiffre ; il considère que les Hébreux « Les Israélites, disait-on, ne sont qu’un ramas de gens de toute espèce, ils sont peu nombreux.[80] » Selon André Lemaire qui a longtemps fouillé cette région, si des Hébreux ont effectivement quitté l’Egypte, en ces temps là, contraints ou volontaires, ils ne devaient pas être plus de quelques centaines.[81] Sur cette question, l’Ancien Testament ment ment.

 

Les textes opposent Moïse au Pharaon. Mais quel Pharaon ?

Le livre de l’Exode ne cite pas le nom de ce roi qui a construit les villes de Pitom et Ramsès, information assez vague. Pourtant les recherches archéologiques ont permis de retrouver, et de nommer toutes les dynasties régnantes sur près de quatre mille ans, car les scribes de l’Égypte pharaonique notaient systématiquement tous les évènements importants. Mais les égyptologues n’ont jamais retrouvé de texte relatif à ce Moise énigmatique, bien que l’on admette que des travailleurs immigrés d’origine sémitique auraient été employés en Egypte vers 1700 av. J.-C.[82].

La légende ne fait guère de doutes.

 

Les Hébreux étaient-ils les esclaves des Egyptiens ?

Non, mais un peuple opprimé, astreint à de pénibles corvées et à de « rudes labeurs » à cause de sa trop grande fécondité ! Prétend l’Ancien Testament.

Cette affirmation est fausse.

Nous savons depuis Champollion, confirmé par Christiane Desroches Noblecourt[83] et de nombreux autres auteurs comme : Claire Laouette[84], Donald Redford ou Bernadette Menu, qu’il n’y avait pas d’esclaves, au sens propre, en Egypte[85], mais des travailleurs libres et bien traités par le Pharaon.

 

Ces remarques laissent planer plus qu’un doute sur la véracité des événements relatés dans l’Ancien Testament, et le sérieux du texte prétendu sacré.


 

 

3)- Les plaies d’Egypte, la Pâque et le départ (Ex 7 à  13)

 

 

Pour convaincre Pharaon de laisser partir son peuple « à trois jours de marche, dans le désert » (Ex 8, 23), Moïse - toujours sur l’ordre de Yahvé -, fait accomplir deux prodiges à son frère Aaron : Le bâton qu’il jette devant Pharaon se transforme en serpent, et l’eau du Fleuve qu’il frappe avec le bâton devient sang. Les poissons crèvent, et les Égyptiens ne peuvent plus en boire. Mais Pharaon ne s’émeut pas. Ses devins et ses mages peuvent en faire autant. Même quand le bâton de Moïse engloutit ceux des magiciens, prodige de qualité supérieure, Pharaon refuse d’écouter le Patriarche.

Alors Yahvé conseille à Moïse d’insister. Il l’incite à réaliser d’autres prodiges, mais toujours par l’entremise d’Aaron, son frère.

 

Ce sont les dix plaies d’Egypte.

Chaque fois, sur ordre de Yahvé Dieu, Moïse demande à son frère Aaron de frapper l’Égypte d’une plaie.

 

L’eau changée en sang (Ex 7, 14 à 25)

 

« Il leva son bâton et, aux yeux du Pharaon et de ses courtisans, il frappa les eaux du Fleuve. Et toute l’eau du Fleuve se changea en sang. » (Ex 7, 20)

Les poissons crèvent, le Fleuve est empuanti, et les Egyptiens ne peuvent plus boire l’eau. Hélas, bien que ses magiciens ne puissent pas rivaliser avec Moïse, Pharaon s’endurcit, et refuse de laisser partir les Hébreux. 

 

Les grenouilles (Ex 7, 26 à 29 et 8, 1 à 11)

 

Moïse fait jaillir des troupeaux de grenouilles hors du Fleuve.

« […] Les grenouilles en sortirent et couvrirent la terre d’Egypte. » (Ex 8, 2)

Les magiciens du Pharaon peuvent réaliser aussi ce prodige.

Pharaon demande à Moïse d’arrêter l’invasion des grenouilles. En contrepartie, il s’engage à laisser partir le peuple. Mais les grenouilles crèvent :

« […] dans les maisons, dans les cours et dans les champs » (Ex 8, 9)

Elles empestent le pays. Mais Pharaon s’entête, et refuse d’écouter Moïse et Aaron, « […] comme l’avait prédit Yahvé.» (Ex 8, 11)

 

Les moustiques (Ex 8, 12 à 15)

 

Avec son bâton, Aaron frappe la poussière du sol, qui se transforme en une nuée de moustiques : « […] par tout le pays d’Egypte. » (Ex 8, 13)

« […] Bêtes et gens furent la proie des moustiques. » (Ex 8, 14)

Les magiciens au service du Pharaon sont impuissants à reproduire le phénomène ; ils reconnaissent : « Le doigt de Dieu est là. » Mais le Pharaon refuse de céder : « […] comme l’avait prédit Yahvé. » (Ex 8, 15)

 

Les taons (Ex 8, 16 à 28)

 

Toujours à la demande de Yahvé, des myriades de taons s’introduisent dans le palais du Pharaon, dans les demeures de ses sujets, par tout le pays d’Egypte. Ils ruinent le pays, sauf la contrée de Goshèn où réside le peuple de Moïse. Pharaon promet de laisser Moïse emmener son peuple pour sacrifier dans le désert, à trois jours de marche. Mais, une fois les taons disparus, il reprend sa promesse.

« Pharaon s’entêta, cette fois encore, et ne laissa pas partir le peuple. » (Ex 8, 28)

 

Mortalité du bétail (Ex 9, 1 à 7)

 

Moïse frappe les troupeaux des Egyptiens d’une peste meurtrière. Et meurent : « […] les chevaux, les ânes, les chameaux, les bœufs et le petit bétail, d’une peste meurtrière. » (Ex 9, 3), sauf les troupeaux qui appartiennent aux enfants d’Israël :

« […] mais du bétail des enfants d’Israël, pas une bête ne périt. » (Ex 9, 6)

Une fois encore, Pharaon s’entête. Il refuse de laisser partir Moïse et son peuple.

 

Les ulcères (Ex 9, 8 à 12)

 

Obéissant à la volonté de Dieu qui les presse d’accomplir la mission qu’il leur a confiée, mais empêchés par l’entêtement du Pharaon qui refuse d’accéder à leur demande, Moïse et Aaron prennent la suie d’un fourneau à pleines mains, et Moïse la lance en l’air devant Pharaon. Aussitôt :

 « […] Gens et bêtes furent couverts d’éruptions qui bourgeonnaient en pustules. » (Ex 9, 10)

Même les magiciens ne peuvent plus paraître devant Moïse ; ils sont couverts de pustules. Mais Yahvé endurcit le cœur de Pharaon qui « […] refusa d’écouter Moïse et Aaron, comme l’avait prédit Yahvé. » (Ex 9, 12)

 

La grêle (Ex 9, 13 à 35)

 

Yahvé dit à Moïse :

« Etends ta main vers le ciel, qu’il grêle sur tout le pays d’Egypte, sur les gens, sur les bêtes, sur tout ce qui croît dans les champs au pays d’Egypte. » (Ex 9, 23)

Le tonnerre retentit, et la grêle hache les herbes, brise les arbres, abat le lin et l’orge, sauf le froment et l’épeautre, céréales tardives qui ne sont pas encore levées. Seule la contrée de Goshèn, où résident les enfants d’Israël, est épargnée. Le Pharaon reconnaît que Yahvé a raison. Il promet à Moïse d’accéder à sa demande, mais une fois encore, la tourmente passée, et sous la pression de Yahvé Dieu, il s’entête, revient sur ses paroles : « […] et il ne laissa pas partir les enfants d’Israël, comme Dieu l’avait prédit. » (Ex 9, 35)

 

Les sauterelles (Ex 10, 1 à 20)

 

Yahvé annonce à Moïse :

« Rends-toi chez Pharaon, car c’est moi qui les ait fait s’entêter, lui et ses courtisans, afin d’accomplir au milieu d’eux mes prodiges. » (Ex 10, 1)

Il imagine un autre cataclysme. Sur son ordre, Moïse fait tomber une pluie de sauterelles sur le pays d’Egypte. Elles sont apportées par le vent d’est :

«  Elles couvrirent la surface du sol qui en fut obscurci. Elles dévorèrent toute la végétation du pays, et aussi tous les fruits des arbres qu’avait épargné la grêle. Pas un brin de verdure ne subsista sur les arbres ou parmi la végétation des champs, à travers l’Egypte toute entière. » (Ex 10, 15)

Pharaon capitule, et demande à Moïse de supplier Yahvé pour qu’il éloigne ce fléau. Les sauterelles disparaissent.

« Mais Yahvé endurcit le cœur de Pharaon qui ne laissa pas partir les enfants d’Israël. » (Ex 10, 20)

 

Les ténèbres (Ex 10, 21 à 29)

 

Obéissant aux ordres de Yahvé, Moïse étend sa main vers le ciel. Pendant trois jours, l’Égypte se couvre de ténèbres « […] épaisses à se pouvoir palper […] » (Ex 10, 21)

Cependant, la lumière demeure à l’endroit où habitent les enfants d’Israël. Alors, Pharaon accepte de laisser sortir Moïse et son peuple, mais il négocie.

Le départ ? Oui ! Mais sans les troupeaux, petit et gros bétail.

Moïse proteste, exigeant le départ du bétail.

De nouveau Yahvé endurcit le cœur du Pharaon qui menace Moïse de mort s’il reparaît devant lui.

Moïse ne reparaîtra plus devant Pharaon.

 

Annonce de la mort des nouveaux-nés (Ex 11, 1 à 10)

 

Enfin Yahvé décide d’envoyer une dernière calamité sur l’Egypte :

« Il me reste encore une calamité - une seule - à envoyer à Pharaon et à l’Egypte. Après cela, il vous laissera partir d’ici… Il vous en expulsera même. » (Ex 11, 1)

Moïse annonce à Pharaon que tous les premiers-nés d’Egypte mourront :

« […] aussi bien le premier-né de Pharaon, qui doit s’asseoir sur son trône […]. » (Ex 11, 5)

Ce sera le dernier prodige, en plus des neuf premiers.

« […] Mais Yahvé endurcit le cœur de Pharaon qui ne laissa pas les enfants d’Israël quitter son pays. » (Ex 11, 10)

 

La Pâque et la fête des Azymes (Ex 12, 1 à 28)

 

Avant d’infliger la dernière malédiction, Yahvé demande à Moïse d’instaurer la Pâque, une fête en son honneur. Elle comprend des rituels et des sacrifices de bétails, etc. Avec un bouquet d’hysope trempé dans le sang du sacrifice, Moïse devra faire marquer le linteau des portes des maisons où habitent les enfants d’Israël. Yahvé, Dieu souverain, parcourra l’Egypte pendant la nuit, et il frappera tous les premiers-nés, « ceux des hommes et ceux des bêtes » du pays d’Egypte, à l’exception des premiers-nés des enfants d’Israël. En contrepartie, pendant sept jours, les fils d’Israël devront manger du pain azyme, c'est-à-dire confectionné avec une pâte sans levain.

« […] Observez ce jour-là d’âge en âge. C’est un décret imprescriptible. » (Ex 12, 17)

Cette prescription est impérative. Quiconque mangera du pain levé, ce jour là :

« […] celui-là sera retranché d’Israël. » (Ex 12, 15)

 

Pour prendre part à la Pâque, il faut être circoncis.

Cela se passe le quatorzième jour du mois d’Abib qui deviendra Nisân, après l’exil.

Moïse commande au peuple :

« Vous observerez ces dispositions comme une loi perpétuelle pour toi et tes fils. » (Ex 12, 24)

« Quand vous serez entrés dans le pays que Yahvé vous donnera, selon sa promesse, vous retiendrez ce rite. » (Ex 12, 25)

« […] C’est le sacrifice de la Pâque en l’honneur de Yahvé, qui a passé devant les maisons de fils d’Israël, en Egypte, lorsqu’il a frappé l’Egypte, alors qu’il épargnait nos maisons. » (Ex 12, 27)

 

La dixième plaie (Ex 12, 29 à 34)

 

Au milieu de la nuit, Yahvé frappe tous les premiers-nés égyptiens :

« […] le premier-né de Pharaon, qui devait s’asseoir sur son trône, aussi bien que le premier-né du captif dans sa prison et tous les premiers-nés du bétail. » (Ex 12, 29)

Pharaon convoque Moïse et Aaron en pleine nuit, et il leur dit :

« […] Levez vous et sortez du milieu de mon peuple - vous et les enfants d’Israël. Allez rendre un culte à Yahvé, selon votre requête. » (Ex 12, 31)

Et avec tout le bétail, petit et gros.

 

Spoliation des Egyptiens (Ex 12, 35 et 36)

 

Avant de partir, les enfants d’Israël exigent des Egyptiens : « […] des bijoux d’argent, des bijoux d’or, et des vêtements. » (Ex 12, 35)

Incités et commandés par Yahvé (Ex 12, 36), les Hébreux dépouillent tous les Égyptiens.

 

Le Départ (Ex 12, 37 à 42)

 

« Les enfants d’Israël partirent de Ramsès vers Sukkot, au nombre de près de six cent mille hommes de pied - tous des hommes - sans compter leurs familles. » (Ex 12, 37)

Avec le bétail, petit et gros.

« Le séjour des enfants d’Israël en Egypte avait duré quatre cent trente ans. » (Ex 12, 40)

 

Prescriptions concernant la Pâque (Ex 12, 43 à 51)

 

La Pâque et la fête des Azymes sont instaurées selon des prescriptions rigoureuses. Il faut être circoncis pour y participer.

Les étrangers en sont exclus :

« Ni l’hôte ni le serviteur à gages n’y prendront part. » (Ex 12,45)

« Si un étranger  en résidence chez toi veut célébrer la Pâque en l’honneur de Yahvé, tous les mâles de sa maison devront être circoncis. » (Ex 12, 48)

 

Les premiers-nés (Ex13, 1 à 16)

 

Chaque premier-né mâle, homme ou animal domestique, appartient de droit à Dieu ; il lui est consacré :

« Lorsque Yahvé t’aura introduit dans le pays des Cananéens - comme il vous l’a juré, à toi et à tes pères -, et te l’aura livré, tu céderas à Yahvé tout être sorti le premier du sein maternel et tout premier-né mis bas par tes bêtes : les mâles appartiendront à Yahvé. » (Ex 13, 11)

Mais au lieu de l’immoler, chaque famille devra le racheter.

C’est un rituel en l’honneur de Yahvé qui a fait sortir d’Égypte les enfants d’Israël.

 

 

Commentaires sur le chapitre 3 : Les plaies d’Egypte, la Pâque et le départ

 

 

Les dix plaies d’Égypte : histoire vraie ou mythologie ?

 

Toujours Yahvé intervient dans les affaires du peuple élu. D’une part, il pousse Moïse, homme réticent et timoré, a semer - par l’intermédiaire de son frère Aaron - des fléaux sur l’Egypte pour convaincre Pharaon de le laisser sortir avec son peuple. Mais, chaque fois, il incite Pharaon à revenir sur sa promesse pour aggraver son cas, et lui infliger d’autres fléaux qui vont crescendo dans l’échelle des cataclysmes.

Faut-il être vicieux, ou manquer à ce point de confiance sen soi, pour persister dans l’horreur ? Pourquoi ce déploiement de malheurs récurrents ? Et pourquoi cette obstination dans le refus, sous l’influence de Yahvé, Dieu capricieux, pernicieux et cruel, qui joue au chat et à la souris avec Pharaon ?

 

Pourquoi Yahvé Dieu met t-il autant de constance dans l’acharnement à punir les Égyptiens ? Afin qu’ils reconnaissent enfin sa nature divine :

« Les Égyptiens, tous tant qu’ils sont, seront contraints de reconnaître que je suis Yahvé quand j’étendrai ma main contre eux et ferai sortir de chez eux les enfants d’Israël. » (Ex 7, 5)

En dépit de ces prodiges catastrophiques, les Égyptiens ont continué, comme par le passé, à vénérer leurs dieux et leur Pharaon, véritable dieu vivant.

 

Le doute n’est plus permis : nous sommes au cœur d’un conte mythologique.

 

Les dieux des Hellènes ne se comportaient pas autrement pendant la guerre de Troie. A l’époque contemporaine du présumé exode, ils prenaient parti : les uns pour les Grecs et les autres pour les Troyens. Et ils éprouvaient un malin plaisir à tourmenter leurs héros et à les soumettre à leurs caprices. Ils jouaient avec leurs nerfs, et ne leur laissaient guère de liberté. De même Eole et ses comparses olympiens s’ingéniaient à compliquer la vie d’Ulysse et celles de ses compagnons dans leur périple odysséen. Ces dieux oisifs s’ennuyaient ferme dans leurs célestes résidences où ils étaient consignés pour l’éternité, alors ils trouvaient un dérivatif dans l’imbroglio des affaires humaines.

Avec Yahvé, rien n’est changé. Il pourrait figurer au Panthéon grec.

 

Ce Dieu, si dramatiquement humain par ses travers et ses vices, éprouve, semble-t-il, un malin plaisir à torturer les Egyptiens, peuple souffre-douleur, et à mettre à l’épreuve le « peuple élu » qu’il manipule selon son bon vouloir. Peuple élu, mais peuple jouet. Le démiurge infantile des premiers âges, le parangon d’une religion en gestation, est la copie conforme des anciens dieux de Sumer et d’Akkad. Peut-être s’ennuie-t-il lui aussi dans les célestes solitudes ?

 

Sur les plaies de l’Égypte

 

Le Livre de l’Exode cite les dix plaies ou cataclysmes qui ont frappé l’Égypte. Tous ces fléaux peuvent s’expliquer par des causes naturelles ; on les observe encore parfois de nos jours dans les régions tropicales. Ainsi les épisodes biologiques : pullulements de grenouilles, nuées de moustiques, invasions de taons et de sauterelles, épidémies d’ulcères et épizooties qui déciment les troupeaux.

La mort des premiers nés ? Elle peut résulter d’une maladie contagieuse des nourrissons !

Jusque là, rien de surnaturel.

Les ténèbres ? On peut envisager plusieurs hypothèses : éclipse de soleil ou vent de sable venu du désert. Ces phénomènes locaux expliqueraient pourquoi la contrée de Goshèn où vivaient les Hébreux ne fut pas affectée.

A l’examen, ces événements ne sont pas exceptionnels, mais leur survenue dans une aussi courte période, oui. Une telle succession de cataclysmes se produit habituellement sur une longue durée. L’histoire en témoigne.

 

Certains auteurs ont tenté d’expliquer les dix plaies de l’Egypte par l’irruption d’une série de phénomènes naturels concomitants :

- L’assèchement d’un bras du Nil sous l’effet d’une grande sécheresse, qui aurait entraîné l’abandon de la ville de Pi-Ramsès à la fin du règne de Merenptah ;

- L’explosion éruptive du volcan Santorin, situé dans l’archipel des Cyclades proche de l’Egypte, vers l’an 1500 av. J.-C. Ce phénomène majeur, semble coïncider avec la disparition du monde crétois. Il expliquerait, selon certains auteurs, la projection de nuées ardentes vers l’Egypte. Cette hypothèse fut abandonnée ensuite ;

- Le passage, au voisinage de la planète terre, d’une comète astéroïde nommée Sekhmet par Pline l’Ancien. Cette hypothèse sera reprise plus tard par Immanuel Velikovsi[86]. Elle fut aussitôt mise en doute par la communauté scientifique, même si notre planète a connu, au cours des âges, des catastrophes majeures à la suite d’impacts d’astéroïdes.

Ce sont là des hypothèses, des tentatives d’explications pseudo scientifiques

Nous devons les accueillir avec circonspection, car nous n’avons aucune preuve tangible de la relation entre ces phénomènes naturels évoqués et les évènements rapportés par la rumeur ancienne, tous plus légendaires qu’historiques, mentionnés dans le Livre de l’Exode.

 

Des cataclysmes ont pu marquer la mémoire des peuples, et leurs souvenirs transmis, déformés, regroupés dans le texte d’une belle légende auraient, avec le temps et l’amplification orale, servi de trame pour édifier, plus tard, un corpus cohérent, qui fut mis au service des croyances admises pour renforcer la politique des puissants, et asseoir l’autorité de la caste des prêtres alliés au pouvoir temporel. C’est possible. Nous en reparlerons avec les livres Lévitique et Nombres.

 

L’hypothèse d’une intervention divine est la plus improbable. Je dirais même que nous devons l’exclure, car elle émane de l’imaginaire affectif, enfiévré et très crédule des hommes de l’Antiquité. Pour des raisons qui relèvent de la neurobiologie, ils ont cru, comme croient encore beaucoup de nos contemporains, (hélas !) victimes d’une incurable soif d’absolu et de rêve, hantés par la peur de la mort, et influencés par les croyances irrationnelles entretenues par les clergés, puis transmises au sein des familles, de génération en génération. Ne sommes-nous pas, de nos jours, aussi crédules que nos anciens, et enclins à écouter le chant des sirènes propagé dans les médias ?

 

Certains hommes intelligents et manipulateurs ont utilisé Dieu, figure pratique, pour usurper ou affirmer leurs pouvoirs. Une fois le peuple pris dans l’engrenage de la croyance, appelée Foi, il peut difficilement échapper aux poncifs admis par les membres de son clan, de sa tribu ou de son peuple. Ensuite, renier ses convictions, reconnaître ses erreurs, et lutter contre les préjugés courants est très difficile. Il faut être très fort pour les vaincre, et en assumer toutes les conséquences, surtout le rejet par son peuple ? En toute humilité.

 

Yahvé Dieu se présente toujours sous un jour modeste, comme s’il doutait de sa puissance. Il n’est pas un Dieu universel, mais seulement le petit dieu des Prophètes. Au début du livre, il dit, ou le scribe rédacteur du texte sacré lui fait dire :

« C’est moi, le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » (Ex 3, 6)

Et plus loin :

« Va ! Réunis les anciens d’Israël, et dis leur que Yahvé, le Dieu de vos pères s’est manifesté à moi. » (Ex 3, 16)

Ou, encore plus loin : vous direz au roi d’Egypte :

« Yahvé, le Dieu des Hébreux, nous a rencontré. » (Ex 3, 18)

Mais aussi :

« […] afin qu’ils croient que Yahvé s’est bien manifesté à toi, le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham. » (Ex 4, 5)

Et encore :

« Le Dieu des Hébreux nous a rencontrés. » (Ex 5, 2)

« Les Egyptiens, tous, tant qu’ils sont, seront contraint de reconnaître que je suis Yahvé. » (Ex 7, 5)

 

Le peuple égyptien douterait-il de Yahvé, le créateur de l’univers ?

En réalité, il ne le le connait même pas.

 

Quand Yahvé Dieu demande à Moïse de parler de lui à un tiers, peuple élu ou Pharaon, il précise qu’il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il se considère donc comme un dieu particulier parmi ceux vénérés par les autres peuples. Il ne prétend jamais qu’il est le seul et unique Dieu sur la Terre, et que tous les autres sont faux, simples fruits de l’imagination inquiète des hommes.

Yahvé est donc un dieu ethnique, au service d’un petit peuple.

 

Implicitement, le rédacteur du livre de l’Exode reconnaît que Yahvé est un dieu parmi d’autres, plus fort sans doute que les dieux égyptiens, et il tente de le démontrer d’une façon magistrale en infligeant dix catastrophes mémorables à l’Egypte. S’il agit ainsi, c’est pour mieux convaincre de sa supériorité, et les Hébreux, et Pharaon. Yahvé n’est donc qu’un dieu particulier, celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le dieu du « peuple élu ». Encore doit-il réaliser des prodiges pour convaincre ses fidèles. A ce stade de la pensée religieuse conceptuelle, le polythéisme est encore la norme, et Moïse le fait lentement évoluer vers un hénothéisme[87] (ou monolâtrie) qui deviendra plus tard le monothéisme des Israélites.

 

Enfin, si l’on considère, avec la plupart des exégètes, que la première rédaction formelle de ces récits bibliques, idéologiques et visionnaires, se situe vers la fin du VIIè siècle av. J.-C., sous le règne du roi Josias (soit environ huit siècles[88] après ces prétendues plaies), et avec un but politique, théologique et centralisateur, nous pouvons mieux comprendre les intentions qui ont inspiré les rédacteurs du Livre.

 

A l’époque du roi Josias (environ un siècle après la prise de Samarie, en 722 av. J.-C.), le petit royaume de Juda atteint son apogée grâce à l’apport des émigrés qui fuient le royaume d’Israël envahi par les Assyriens. Le pieux souverain rêve de grandeur avec la montée du nationalisme judaïque. Il combat l’idolâtrie. Il tente de restaurer, et d’imposer la religion du Dieu unique, centralisée en un lieu unique, le Temple de Jérusalem. Cette religion avait décliné à la suite du schisme conduit par Jéroboam (Xè siècle av. J.-C.) [89], suivi par trois siècles de royauté (Nord et Sud) tolérantes en matière de cultes idolâtres et parfois rivales.

 

Pendant la restauration du Temple, sous le règne de Josias, le grand prêtre Hilqiyyahu découvre, ou prétend avoir découvert, fort opportunément d’ailleurs, le Livre de la Loi (Deutéronome). Et Josias le fait lire chaque jour devant tout le peuple réuni. C’est un moyen d’unir les Israélites pour lutter contre l’ambition de l’Egypte, la grande et puissante nation voisine. Ce pays prospère est un véritable grenier à grains parce que les crues du Nil ne dépendent pas des variations de la pluviométrie sur le delta. Tout naturellement, les habitants d’Israël se tournent vers l’Égypte quand les récoltes faiblissent, parce que la « terre promise » est sujette aux sécheresses et aux famines. C’est encore l’Egypte qu’Israël appelle au secours quand ses voisins du Nord menacent ses frontières.

Depuis longtemps, le pays des Pharaons a contrôlé Israël, qui est un lieu de passage obligé vers l’Asie Mineure. Pour ces raisons, et à cause des tensions croissantes avec cette voisine gouvernée alors par le Pharaon Niko II, il convient d’élaborer cette allégorie biblique pour stigmatiser le peuple. Ceci explique l’invention du mythe de Moïse, le vainqueur de Pharaon. Mais quel Pharaon ? La Bible ne le nomme pas.

 

Quant aux chameaux, cités au chapitre « la mortalité du bétail » (Ex 9, 3), rappelons simplement qu’il n’y en avait pas encore à l’époque supposée de l’Exode.

 


 

 

4)- Le passage de la mer des Roseaux (Ex 13 à 15)

 

 

Enfin Moïse conduit son peuple hors d’Egypte.

Yahvé lui fait prendre une route détournée, par la « mer des Roseaux. »

« Yahvé les précédait, le jour sous forme d’une colonne de nuée pour leur indiquer la route, et la nuit en la forme d’une colonne de feu pour les éclairer. » (Ex 13, 21)

Moïse emporte les ossements de Joseph, selon le vœu que le Patriarche avait fait.

 

Une fois encore, Yahvé endurcit le cœur de Pharaon qui se lance à la poursuite des fugitifs avec :

« […] six cents des meilleurs chars et tous les chars d’Egypte […]. » (Ex 14, 7)

L’effroi des enfants d’Israël est grand quand ils découvrent qu’ils sont poursuivis.

Mais Yahvé veille sur son peuple ; il conseille à Moïse :

« Toi, lèves ton bâton, étends ta main sur la mer et fends-la en deux, que les enfants d’Israël puissent pénétrer à pied sec dans son lit. » (Ex 14, 16)

Les enfants d’Israël s’engagent :

« […] dans le lit asséché de la mer avec une muraille d’eau à leur droite et à leur gauche. » (Ex 14, 22)

Les Egyptiens les poursuivent entre deux murailles d’eaux, mais ils ne peuvent pas atteindre les Israélites parce que l’ange de Dieu les en empêche à l’aide d’une colonne de feu et de nuées.

Quand tous les enfants d’Israël sont passés, Yahvé commande à Moïse :

« […] Etends ta main sur la mer que les eaux refluent sur les Egyptiens, leurs chars, leurs cavaliers. » (Ex 14, 26)

« […] Pas un d’eux n’échappa » (Ex 14, 28), affirme le Livre de l’Exode.

Les enfants d’Israël sont enfin délivrés des Egyptiens, étendus morts sur la grève.

Le peuple reprend foi en Yahvé et en Moïse ; il entonne un hymne de victoire :

 

« Je célèbre Yahvé ; il s’est couvert de gloire,

Il a jeté à la mer cheval et cavalier […]

(Ex 15, 1)

 

Yahvé régnera pour toujours et à jamais […]

(Ex 15, 17)

 

Célébrez Yahvé, il s’est couvert de gloire,

Il a jeté à la mer cheval et cavalier. »

(Ex 15, 20)

 

 

 

Commentaires sur le chapitre 4 : Le passage de la mer des Roseaux

 

 

Miraculeux est le franchissement de la « mer des Roseaux. »

Yahvé, nuée sombre le jour et ardente la nuit, converse avec Moïse. Il apparaît au peuple, et il commande aux flots de la mer qui s’écartent pour laisser passer le peuple élu, puis se referment aussitôt sur les armées égyptiennes, et les anéantissent.

 

Fallait-il un aussi formidable miracle pour convaincre les enfants d’Israël, « peuple à la nuque raide », de vénérer Yahvé, Dieu jaloux et exclusif ? Et, huit cents ans plus tard, grâce à la lecture édifiante du Livre soi-disant retrouvé dans le Temple, pour emporter l’adhésion des sujets du roi Josias afin qu’ils s’opposent aux Egyptiens ?

Allégories ! Allégories ! Et fantasmagories !

 

Si l’on excepte le livre de l’Exode, aucun document écrit égyptien ne mentionne la mort par noyade en mer d’un Pharaon avec son armée.

 

Yahvé, Dieu particulier, précisément d’un seul petit peuple, n’est pas aussi universel et puissant que le prétend le Livre de l’Exode. Il peine à imposer sa légitimité. Si l’on excepte le premier chapitre de la Genèse intitulé Premier récit de la Création, où le narrateur évoque Dieu sans qualificatifs ni détours oratoires : « Dieu créa […] Dieu dit […] Dieu fit […] », ensuite, son nom est toujours accompagné d’une périphrase qui précise son identité : Yahvé, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, Dieu des Hébreux, etc., de manière à le distinguer des autres. Jamais les multiples dieux des peuples étrangers, et nous le constaterons dans les chapitres suivants, ne sont contestés ès qualité, mais reconnus et combattus comme les rivaux de Yahvé qui est un Dieu jaloux.

 

Quelle était cette « Mer des Roseaux » ?

On a longtemps cru à tort que c’était la Mer rouge, à cause d’une erreur de traduction dans une Bible écrite au XVIIè siècle à l’intention du roi Jacques Ier[90] d’Angleterre. Le copiste avait confondu reed, le roseau et red, la couleur rouge. Quant aux noms des lieux étapes cités dans l’Exode, plusieurs hypothèses ont été avancées, mais aucune preuve ne les a étayés.

 

Quel Pharaon régnait au moment prétendu de l’Exode ?

Certains penchent pour Amenhotep II ou Ramsès II. Sans garantie. Aucun des deux souverains n’est mort noyé par les flots de la Mer des Roseaux. Sauf la Bible, aucune chronique égyptienne, aucun texte hiéroglyphique, aucune fouille archéologique n’a jamais mis en évidence ou relaté : l’existence d’une forte population israélite en Egypte, la mort par noyade d’un Pharaon, et l’errance de tout un peuple dans le désert du Sinaï. Quarante années de pérégrination d’un si grand nombre de personnes avec leurs animaux et leurs richesses volées au départ d’Egypte, auraient laissé des traces visibles, car le désert, milieu sec et aride, conserve les témoignages du passé. A l’évidence, ce récit est mythique.

 

L’Exode est une belle histoire, une jolie fiction littéraire, idéologique, politique et religieuse. Quel but recherchaient ceux qui l’ont inspirée et écrite ? Développer chez le peuple hébreu un sentiment religieux (si tant est que Yahvé est impliqué dans toutes les actions presque au jour le jour) et un vif nationalisme contre l’Egypte, puissance dominante à l’époque (fin du VIIè, début du VIè siècles av. J.-C.).


 

 

5)- La marche au désert (Ex 15, 22 à 27 et 16, 17 et 18)

 

 

Moïse et son peuple entament la traversée du désert de Shur[91].

Pendant trois jours, ils marchent à la recherche d’un point d’eau. Très éprouvé, le peuple murmure contre Moïse. Enfin, il arrive à Elim, une oasis qui possède douze sources et soixante-dix palmiers. (Ex 15, 27)

Après un bref repos, les enfants d’Israël reprennent leur périple dans le désert.

Ils ont faim, ils ont soif, et ils regrettent l’Egypte où ils étaient asservis, peut-être, mais où ils pouvaient manger et boire à satiété. Cette nouvelle épreuve entraîne de nouveaux murmures contre Moïse. Mais Dieu veille sur son peuple. Il apparaît sous la forme de nuée, le jour. Il fait monter des cailles qui recouvrent le camp, le soir. Le matin, il fait pleuvoir une rosée dont le peuple s’abreuve. Une fois évaporée, cette rosée laisse un dépôt granuleux et comestible : c’est la manne.  

« On eut dit de la graine de coriandre ; c’était blanc, cela avait un goût de galette au miel. » (Ex16, 31)

Chaque matin, Yahvé distribue ses bienfaits, à chacun selon ses besoins.

 « Les enfants d’Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu’à leur arrivée en pays habité […] aux confins de la terre de Canaan. » (Ex 16, 35)

Le jour du sabbat, personne ne doit travailler. Dieu ne distribue pas la manne ce jour là, mais la veille, il prend soin de doubler la récolte.

 

A Rephidim, les enfants d’Israël sont attaqués par les Amalécites.

Yahvé Dieu intervient. Il commande à Josué de combattre l’ennemi, et à Moïse de monter sur la colline, et de lever les bras. Quand Moïse lève les bras, Josué l’emporte, mais lorsqu’il baisse les bras, Josué fléchit. Sur les conseils de Yahvé, Aaron et Hur disposent une pierre pour soutenir Moïse, et ils lui tiennent les bras levés jusqu’au soir.

Et : « Josué décima Amaleq et ses gens par le fil de l’épée. » (Ex 17, 13)

Dieu commande à Moïse :

« Consigne ce fait par écrit dans un livre pour en perpétuer le souvenir, et déclare à Josué que j’effacerai la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. » (Ex 17, 14)

 

Enfin, son beau-père Jéthro, le maître de Madiân, vient à la rencontre de Moïse. Il lui ramène son épouse Cippora (qu’il avait congédiée) et ses deux fils, Gershom et Eliézer.

La rencontre est cordiale, et Jéthro conseille à Moïse (apparemment surmené) de déléguer certaines tâches de justice populaire, et de nommer des chefs de milliers, de centaines et de dizaines. Ces hommes sûrs et incorruptibles seront :

 « […] tout le temps à la disposition du peuple pour rendre la justice. » (Ex 18, 22)

 

 

Commentaires sur le chapitre 5 : La marche au désert

 

 

Pendant quarante années, le peuple élu va errer dans le désert, et Yahvé, Dieu boulanger, le nourrira et de pains de manne, prélude à une future multiplication d’autres pains aux noces de Cana. Manger de la manne, nourriture complète, généreusement distribuée par Dieu, tous les jours, pendant quarante ans, n’est-ce pas soumettre le malheureux peuple à l’équivalent du régime canin qui fait fureur de nos jours : croquettes, confectionnés par l’industrie vétérinaire ? Yahvé gavera aussi son peuple de cailles tombées du ciel. Toutes rôties ? Le livre de l’Exode ne le précise pas. Chaque matin, il abreuvera le peuple élu avec la divine rosée. Voici donc la nourriture et la boisson assurées pendant quarante années d’errance.

Le peuple élu tourne en rond, dans le petit désert du Sinaï qui n’est ni très vaste ni labyrinthique. Comment est-ce possible ? Moïse est-il un si mauvais guide qu’il ne puisse en sortir plus vite ? Ou alors, Yahvé veut-il éprouver son peuple ? Et avec le désert pour décor. Serait-ce un simulacre de retour au paradis perdu ? Rien n’est trop beau pour les enfants d’Israël. Les anciennes mythologies sont enfoncées. Tout est si merveilleux et incroyable !

Pour s’en convaincre, il suffit de lire ce commentaire d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman :

« Nous n’avons pas la moindre trace, pas un seul mot, mentionnant la présence d’Israélites en Égypte : pas une seule inscription monumentale sur les murs des temples, pas une seule inscription funéraire, pas un seul papyrus. L’absence d’Israël est totale – que ce soit comme ennemi potentiel de l’Égypte, comme ami, ou comme peuple asservi. »[92].

 

Et les troupeaux avec lesquels les Israélites sont sortis d’Egypte, comment Yahvé les nourrit-il au milieu du désert sans herbages ? Avec de la manne et des cailles ? Le livre de l’Exode ne le précise pas.

 

Dieu ordonne à Moïse de consigner par écrit (Ex 17, 14) le récit de la défaite des Amalécites. Rappelons simplement, que les Israélites ne connaissaient pas encore l’écriture à l’époque des exploits du présumé de Moïse.


 

 

6)- L’Alliance au Sinaï (Ex 19 à 40)

 

 

Ce chapitre comprend plusieurs sous-sections : L’Alliance et le Décalogue (Ex 19 et 20) Code de l’Alliance (Ex 21 à 24) Prescriptions relatives à la construction du sanctuaire et à ses ministres (Ex 25 à 31). L’Apostasie d’Israël et le renouvellement de l’Alliance (Ex 32 à 34). Construction et érection du sanctuaire (Ex 35 à 40). Je ne les ai pas toutes détaillées parce qu’elles ne nous apportent pas  d’informations vraiment utiles sur la connaissance de Dieu.

 

Trois mois après la sortie d’Egypte, le « peuple élu », guidé par la Nuée, atteint le désert du Sinaï :

« […] Israël établit son camp en face d’une montagne. » (Ex 19, 2)

Moïse gravit seul la montagne où Yahvé l’appelle, et lui parle. Si le peuple lui obéit et respecte son alliance, lui promet-il :

« […] je vous tiendrai pour miens parmi tous les peuples : car toute la terre est mon domaine. » (Ex 19, 5)

« Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres et une nation consacrée. » (Ex 19, 6)

 

Moïse descend de la montagne, et il expose les paroles de Yahvé au peuple entier qui lui répond :

« Tout ce que Yahvé a dit, nous le mettrons en pratique. » (Ex 19, 8)

 

Moïse gravit de nouveau la montagne pour transmettre la réponse à Yahvé.

Pendant que le peuple attend au pied de la montagne (il lui est interdit d’y monter sous peine de mort), Dieu apparaît sous la forme d’une nuée ardente environnée par un concert de tonnerres, de lueurs et de sons de trompes. Sa voix est comme le tonnerre. Du haut de la montagne sacrée (toujours interdite au peuple et même aux prêtres), Yahvé ordonne à Moïse de monter. Il lui parle pendant que le peuple tremble, et se tient à distance :

« C’est moi, Yahvé, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude. » (Ex 20, 2)

 

Il lui transmet ses instructions : le Décalogue[93], les dix commandements :

 

- « Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ! » (Ex 20, 3)

- « Tu ne feras aucune image sculptée ! […] » (Ex 20, 4)

- « Tu ne te prosterneras pas devant ces images, ni les serviras, car moi Yahvé, je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits enfants et les arrière petits enfants pour ceux qui me haïssent (Ex 20, 5), mais qui fais grâce à des milliers, pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements. » (Ex 20, 6)

- « Tu ne prononceras pas le nom de Yahvé ton Dieu à faux, car Yahvé ne laisse pas impuni celui qui prononce son nom à faux. » (Ex 20, 7)

- « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier ! (Ex 20, 8) [...]Yahvé a béni le jour du sabbat et l’a consacré. » (Ex 20, 11)

- « Honore ton père et ta mère ! […] » (Ex 20, 12)

- « Tu ne tueras pas ! » (Ex 20, 13)

- « Tu ne commettras pas d’adultère ! » (Ex 20, 14)

- « Tu ne voleras pas ! » (Ex 20, 15)

- « Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain ! » (Ex 20, 16)

- « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ! Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui est à lui ! » (Ex 20, 17)

 

Puis Yahvé recommande à Moïse de ne pas faire « […] des dieux d’argent et des dieux d’or […], » (Ex 20, 23), de lui dresser un autel de terre ou de pierres non taillées pour les holocaustes et les sacrifices en son honneur. Et, il lui dicte un certain nombre de règles de droit qu’il doit exposer au peuple :

 

Achat et traitement des esclaves (Ex 21, 1 à 11)

 

Une faveur particulière est réservée à l’esclave hébreu ; son service durera six ans. Enfin libre, il pourra emmener sa femme s’il était marié avant d’être acheté.

Mais si le maître l’a marié lui-même, et si sa femme lui a donné des enfants :

« […] sa femme et ses enfants resteront la propriété du maître, et lui sortira seul. » (Ex 21,4)

Si, à l’issue des six années, il renonce à sa liberté, le maître :

 « […] lui percera l’oreille avec un poinçon et l’esclave sera pour toujours à son service. » (Ex 21, 6)

« Si quelqu’un vend sa fille comme servante[94], elle ne recouvrira pas sa liberté comme les esclaves mâles. » (Ex 21, 7)

La polygamie est admise, mais sous conditions :

« S’il prend pour lui-même une autre femme, il ne pourra rien diminuer à la première de sa nourriture, de son vêtement ni de ses droits conjugaux. » (Ex 21, 10)

« S’il la frustre de ces trois choses, elles pourra s’en aller, et cela, gratuitement, sans compensation pécuniaire. » (Ex 21, 11)

 

Homicide (Ex 21, 12 à 17)

« Quiconque frappe quelqu’un et cause sa mort, devra être mis à mort. » (Ex 21, 12)

« Qui frappe son père ou sa mère, devra être mis à mort. » (Ex 21, 15)

« Qui enlève un homme […] devra être mis à mort. » (Ex 21, 16)

« Qui traite indignement son père ou sa mère devra être mis à mort. » (Ex 21, 17)

 

Coups et blessures (Ex 21, 18 à 36)

Aux hommes, incombe l’obligation de dédommagements et de soins.

Si des dommages sont causés par des animaux, le propriétaire de l’animal devra un dédommagement.

 

Ces obligations débouchent sur la loi dite du talion :

« Lorsque des hommes, au cours d’une rixe, bousculeront une femme enceinte qui, de ce fait avortera, mais sans en mourir, l’auteur de l’accident devra payer l’indemnité […] » (Ex 21, 22)

« Mais si elle en meurt, tu donneras vie pour vie, (Ex 21, 23) œil pour œil, dent pour dent, main pour main, (Ex 21, 24) brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie. » (Ex 21, 25)

 

Certaines lois concernent : les blessures causées par les animaux, les vols d’animaux, les nombreux délits qui donnent lieu à dédommagements, comme les feux de champs, les prêts d’argent, et les délits relatifs aux animaux domestiques.

 

Le viol d’une vierge entraîne soit le mariage, soit le versement d’une somme d’argent au père de la jeune fille.

 

D’autres lois sont d’ordre moral et religieux. Elles concernent :

- Les magiciennes. « Tu ne laisseras pas en vie la magicienne. » (Gn 22, 17)

- L’accouplement avec une bête « Qui s’accouple avec une bête devra être mis à mort » (Gn 22, 18)

- Le sacrifice à d’autres dieux : « Qui sacrifie à d’autres dieux, sera voué à l’anathème » (Gn 22, 19)

(L’anathème est une sentence terrible ; elle retire le coupable de la communauté humaine et le voue à Dieu ; autrement dit, les membres du peuple élu peuvent le massacrer comme bon leur semble, sans encourir l’opprobre de leur Dieu.)

- Les devoirs envers les étrangers et les ennemis, la veuve et l’orphelin.

- Les prêts d’argent. On ne prendra pas d’intérêt avec les indigents.

- La prise de gages, les prémices et premiers-nés (ils sont obligatoirement livrés à Yahvé, le huitième jour, mais avec une possibilité de rachat), la justice et les devoirs envers les ennemis…

- Le respect de l’année sabbatique et du sabbat : La septième année, on laissera les champs, la vigne et l’olivier en jachère et on en abandonnera le produit aux indigents.

 

Enfin, Yahvé instaure des fêtes en Israël, et en son honneur.

Trois fêtes annuelles : Azymes, Moisson et Récoltes. Ces festivités sont assorties de sacrifices et d’oboles à Yahvé.

« Trois fois l’an, toute ta population mâle se présentera devant le Seigneur Yahvé. » (Ex 23, 17)

Tout est prévu, tout est codifié en matière de cuisine festive.

 

Sous la réserve expresse du respect de la Loi, Yahvé promet à Moïse de guider son peuple vers le pays de Canaan :

« Je m’en vais envoyer un ange devant toi pour qu’il veille sur toi au cours de ton voyage, et te fasse parvenir au lieu que j’ai fixé. » (Ex 23, 20)

« Mon ange te précédera et te mènera chez les Amorites, les Hittites, les Perizzites, les Cananéens, les Hivvites, les Jébuséens et je les exterminerai. » (Ex 23, 23)

« Je fixerai pour limites à ton territoire la mer de Roseaux et la mer des Philistins, le désert et le Fleuve. Je livrerai en effet, entre vos mains les habitants du pays et tu les expulseras devant toi. » (Ex 23, 31)

« Tu ne pactiseras pas avec eux, ni avec leurs dieux. » (Ex 23, 32)

 

Toujours soumis à Yahvé, Moïse rédige le Livre de l’alliance, bâtit un autel avec douze stèles pour les douze tribus d’Israël, lit au peuple les commandements que Yahvé a prescrits, puis il disperse sur ses auditeurs une moitié du sang qui provient du sacrifice de jeunes taureaux, et annonce :

« Ceci est le sang de l’alliance[95] que Yahvé a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses. » (Ex 24, 8)

 

Le Livre précise encore :

« Cette gloire de Yahvé revêtait, aux yeux des enfants d’Israël, l’aspect d’une flamme dévorante couronnant la montagne. (Ex 24, 17) Moïse pénétra dans la nuée. Il gravit la montagne sur laquelle il demeura quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire. » (Ex 24, 18)

 

Moïse monte avec Josué sur le mont Sinaï. Yahvé lui remet les tables de pierre. Elles contiennent la loi et les commandements. Elles sont écrites pour lui. Une nuée recouvre Moïse et Josué. Pendant quarante jours et quarante nuits, Moïse et Josué restent sur la montagne. Et Dieu parle à Moïse :

« Dis aux enfants d’Israël de prélever une contribution. » (Ex 25, 2)

« Fais moi un sanctuaire que je puisse résider parmi eux. » (Ex 25, 8)

 

Puis Yahvé Dieu prescrit avec force détails, tous les éléments propres à réaliser sa volonté : une Tente avec son mobilier, l’Arche d’alliance, une table des pains d’oblation, un candélabre à six branches et un sanctuaire appelé Demeure, plaquée d’or à l’intérieur, avec une charpente en bois d’acacia, des étoffes, une couverture et un voile, un autel des holocaustes et le parvis, sans oublier l’huile pour le luminaire.

Il définit avec minutie la confection des vêtements des prêtres : éphod (ceinture), pectoral, manteau et diadème, et il apporte un soin tout particulier à la description des futures tuniques, des ceintures et des calottes que les fils d’Aaron porteront, car ils sont investis et consacrés au sacerdoce de Yahvé.

 

Après une longue description sur la manière dont Aaron et ses fils, intronisés prêtres, seront purifiés, revêtus et investis des pouvoirs religieux, puis recevront les offrandes et les holocaustes, Yahvé, toujours soucieux de précision, donne ses instructions pour réussir : le repas sacré, la consécration de l’autel des holocaustes et la pratique quotidienne des holocaustes et des offrandes. Il recommande aussi de construire un autel des parfums :

 « […] où faire fumer de l’encens » (Ex 30, 1)

Sur lequel « Une fois l’an, Aaron pratiquera, sur les cornes de l’autel, le rite de l’expiation.» (Ex 30, 10)

 

Enfin il instaure l’impôt de la capitation, qui sera un :

 « […] prélèvement dû à Yahvé en rançon de vos vies. » (Ex 30, 15)

Cette nouvelle charge exige d’abord le recensement des enfants d’Israël, car elle frappe toute personne âgée de vingt ans et plus. Le riche paiera la même somme que le pauvre, et le produit de ce tribut servira à honorer Yahvé.

 

Yahvé Dieu formule de nouvelles exigences et de nouveaux conseils sur la manière de fabriquer et d’utiliser : un bassin pour les ablutions d’Aaron et de ses fils, des chrêmes pour oindre Aaron et ses fils, et des parfums destinés à l’usage exclusif de la Tente de Réunion où se réunissent les prêtres, c'est-à-dire Aaron et ses fils. Puis il choisit lui-même, parmi certaines tribus d’Israël, les artisans qui exécuteront ses directives. Enfin, il prescrit le repos sabbatique, le jour du sabbat qui est une obligation sacrée :

 « […] Qui le profanera devra être mis à mort ; quiconque fera, ce jour-là, quelque ouvrage, sera retranché du milieu des siens. » (Ex 31,14)

« Entre moi et les enfants d’Israël, le sabbat est un signe perpétuel car, en six jours, Yahvé a fait les cieux et la terre, mais, le septième jour, il a chômé et repris haleine. » (Ex 31,17)

 

A la fin de ce long entretien, Yahvé remet à Moïse les :

« […] deux Tables du Témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. » (Ex 31, 18)

 

Le Veau d’or (Ex 32, 1 à 6)

 

En l’absence de Moïse, le peuple s’inquiète et doute ; il demande à Aaron de lui couler une statue de veau, faite avec leurs bijoux en or. Et les enfants d’Israël adorent le Veau d’or ; ils proclament :

« […] Voici ton Dieu, Israël, celui qui t’a fait monter du pays d’Egypte. » (Ex 32, 4)

Yahvé, Dieu jaloux, entre dans une violente colère. Il annonce à Moïse :

« Maintenant, laisse moi, ma colère va s’enflammer contre eux et je les exterminerai ! Mais de toi, je ferai une grande nation ». (Ex 32, 10)

Aussitôt Moïse intercède. Il rappelle la promesse faite à Abraham et renouvelée à ses descendants Isaac et Jacob, et il réussit à fléchir le divin courroux. Alors Dieu lui ordonne de redescendre de la montagne avec les Tables de la Loi.

 

De retour au milieu de son peuple, Moïse, très en colère, « brûle » le Veau d’or, brise les Tables de la Loi, se poste à la porte du camp, et s’écrie :

« Les tenant de Yahvé, à moi ! » (Ex 32, 26)

Tous les fils de Lévi se regroupent autour de lui.

Aussitôt Moïse ordonne :

« Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël. Ceignez chacun votre épée ! Circulez dans le camp d’une porte à l’autre et tuez, qui son frère, qui son ami et qui son proche ! » (Ex 32, 27)

Ce jour là, environ trois mille hommes du peuple perdent la vie.

Puis Moïse annonce aux Lévites (descendants de Lévi) :

« Vous vous êtes aujourd’hui conférés l’investiture comme prêtres de Yahvé, qui au prix de son fils, qui au prix de son frère, de sorte qu’il vous donne aujourd’hui sa bénédiction. » (Ex 32, 29)

Parce qu’ils ont versé le sang de leurs frères, les Lévites, improvisés justiciers, sont investis prêtres de Yahvé.

 

Yahvé Dieu donne l’ordre du départ à Moïse :

« Va, quitte ce lieu en compagnie du peuple que tu as fait monter du pays d’Égypte pour le pays dont j’ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob que je le livrerais à leur postérité. » (Ex 33, 1)

Et Dieu, pour tenir le serment qu’il avait fait à Abraham, lui ordonne de guider le peuple vers le pays de Canaan :

« Gagnez un pays où ruissellent lait et miel. Pour moi, je ne vous accompagnerai pas - car vous êtes un peuple à nuque raide - pour n’avoir pas à vous exterminer en chemin(Ex 33, 3)

Mais un ange les guidera.

Pour gagner ce pays, Yahvé lui promet d’expulser les peuples résidents. (Ex 33, 2)

 

Longtemps, Moïse s’entretient avec Yahvé, dans la Tente plantée en dehors du camp et protégée par une colonne de nuées. Seul Josué, fils de Nûn, ne quitte pas la Tente.

 

De nouveau, Moïse retourne sur la montagne où Yahvé lui ordonne :

« Taille deux tables de pierres semblables aux premières, monte vers moi sur la montagne et j’y écrirai les paroles inscrites sur les premières tables que tu as brisées. » (Ex 34, 1)

 

Yahvé renouvelle l’alliance ; il recommande à Moïse de démolir les autels des peuples cananéens, de mettre leurs stèles en pièces, et de couper leurs pieux sacrés.

Enfin, il lui réitère ce commandement :

« Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu, car Yahvé s’appelle Jaloux. » (Ex 34, 14)

« Ne pactise pas avec les habitants du pays […] » (Ex 34, 15)

Pendant quarante jours et quarante nuits, Moïse demeure auprès de Yahvé, sans manger ni boire, et il écrit les paroles de l’alliance sur les tables de pierre.

 

Construction et érection du sanctuaire (Ex 35 à 40)

 

Yahvé a prescrit le jour du sabbat :

« […] Quiconque fera ce jour-là quelque ouvrage, devra être mis à mort. » (Ex 35, 2)

 

Moïse fait construire un sanctuaire selon les directives de Yahvé. Tout est défini minutieusement : les ouvriers, la collecte, la Demeure, la charpente, le voile, l’arche, la table des pains d’oblation, le candélabre, l’autel des parfums, l’autel des holocaustes,  les bassin, le parvis, etc. Y compris le costume du grand prêtre, et les vêtements sacerdotaux, etc. Et enfin, l’érection et la consécration du sanctuaire.

 

L’ouvrage achevé, érigé et consacré, alors :

« La nuée couvrit la Tente de Réunion, et la gloire de Yahvé emplit la Demeure. » (Ex 40, 34)

 

Les enfants d’Israël se mettent en marche, guidés par la nuée.

« Car le jour, la nuée de Yahvé reposait sur la Demeure et, la nuit, un feu brillait dans la nuée. Et il en fut ainsi à toutes les étapes. » (Ex 40, 38)

 

 

Commentaires sur le chapitre 6 : L’Alliance au Sinaï

 

 

Sur le portrait-robot de Yahvé Dieu

 

Il est confirmé que Yahvé Dieu est :

- Jaloux :

« Je suis un Dieu jaloux. » (Ex 20,5) Et il ne se prive pas de le répéter. Il punit la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants…

- Exclusif :

Les quatre premiers commandements des Tables de la Loi le démontrent aisément.

- Intolérant :

Il n’admet pas que l’on adore d’autres dieux que lui. (Ex 22, 19) La désobéissance est sévèrement punie par la mort ou l’anathème (Ex 31, 14) et (Ex 35, 2) , ce qui revient au même.

- Raciste :

La maxime « Tu ne tueras pas ! » (Ex 20, 13) concerne uniquement les membres du peuple élu, mais pas les autres, voués à l’anathème. Et encore, à conditions qu’ils filent droit et obéissent scrupuleusement aux commandements divins.

Les enfants d’Israël ne doivent pas prendre femme chez les autres peuples.

- Cruel :

Yahvé Dieu est friand de sacrifices et d’holocaustes. Aurait-il conçu les êtres vivants pour le plaisir de les détruire, et de se repaître du fumet de ces victimes pantelantes, encore chaudes et palpitantes, égorgées vives par les prêtres lévites au prix d’atroces souffrances, sur les autels sacrés ? Eprouve-t-il un plaisir sadique à les faire souffrir ? Même les hommes n’échappent pas à férocité divine, puisque la peine de mort est une sanction trop souvent requise pour punir les fautes : meurtre, viol, rapt d’homme, non respect des parents, adoration d’autres dieux, et même le travail le jour du sabbat, etc. Quand le peuple, qui n’en peut plus d’attendre le retour de Moïse au pied de la montagne, se met à vénérer le Veau d’or, comment réagit Yahvé ? Il décrète : « […] ma colère va s’enflammer contre eux et je les exterminerai. » (Ex 32, 10)

Ce Dieu n’a aucune pitié des hommes qui ne respectent pas ses lois. Il les condamne à mort, ou ce qui revient au même, à l’anathème, y compris ceux qui transgressent le repos du sabbat.

 

-Mais, en législateur accompli, il dicte à Moïse les six derniers commandements nécessaires pour assurer la justice à son peuple.

 

Sur l’aspect historique

 

Avec les Tables de la Loi mosaïque (et écrite), les conditions essentielles de la cohésion et de la survie d’un peuple sont enfin posées. Elles constitueront les bases de la future morale judéo-chrétienne. Les dix commandements de Dieu, complétés par ceux de l’Eglise, dicteront longtemps aux croyants l’essentiel de leurs devoirs. Enfin ! Devrions nous nous étonner, puisque plus de deux mille années se sont écoulées depuis la création de l’homme selon l’Ancien Testament avec pour seule recommandation : croître et multiplier. Si l’on considère que, pendant presque un demi millénaire, le peuple élu, retenu en Egypte observait les lois et les coutumes des Egyptiens, il reste encore plus de mille cinq cents ans pendant lesquels, aucune loi ni aucun commandement ne lui ont été prescrits. Comment Yahvé Dieu, soucieux de la santé morale de son peuple, et si prompt à châtier ses manquements, a-t-il pu le laisser aussi longtemps sans directives ? Négligence ou caprice ?

Devons nous douter de la pertinence de ce Dieu-là.

 

On notera, au passage, deux anachronismes dans la rédaction des textes :

- Le premier : En ces temps là, soit mille cinq cent ans avant J.-C. selon la chronologie dérivée de la Bible, les peuples sémites ne connaissaient pas encore l’écriture. Même si l’écriture cunéiforme était utilisée vers 3300 av. J.-C., puis vers le XIVè siècle, à Ungarit (cité du Nord de la Syrie), il faudra plusieurs siècles encore avant que les tribus d’Israël ne pratiquent l’écriture. L’alphabet hébreu (dit rond) n’est apparu que vers le VIIIè siècle av. J.-C. Jamais Moïse n’aurait pu graver les Tables de la Loi.

- Le second : Yahvé Dieu promet à son « peuple élu » un territoire compris entre « la mer de Roseaux et la mer des Philistins » ; or le peuple philistin, appelé « Peuple de la Mer » par les Égyptiens, n’apparaît qu’au XIè siècle av. J.-C., sous le Pharaon Ramsès III.

Ces deux erreurs de datation démontrent, une fois de plus, le caractère fantaisiste d’un récit à caractère mythique, en marge de l’histoire, et rédigé sur une période que les spécialistes estiment à environ mille ans. Elles laissent planer un doute sur les capacités d’un Dieu supposé infaillible, en vertu du célèbre adage : « errare humanum est » que certains attribuent au philosophe stoïcien Sénèque le Jeune. 

 

Même si elle permet la domination du « peuple élu » par les Lévites, cette fiction de l’alliance avec Yahvé est légendaire. A tel point que, le 2 octobre 2002, dans un livre cautionné par le Vatican, deux journalistes agréés[96] ont reconnu que les dix commandements n’ont jamais été dictés par Dieu à Moïse. Et pour cause, ils figuraient déjà dans le « Code d’Hammourabi [97]», un souverain babylonien qui régna vers l’an 1750 av. J.-C. Et même, on retrouve cette législation dans le code sumérien d’Ur-Nammu, vers 2100-2050 av. J.-C. Ces documents contiennent déjà tous les articles du Décalogue, avec la célèbre loi du talion, et ils codifient la plupart des règles de bonne conduite qu’il convient d’observer. Mais il y a une différence par rapport au Décalogue, aucune loi ne se réfère à Dieu.

 

Le peuple élu tourne en rond pendant quarante années dans le désert du Sinaï qui pourtant n’est pas très étendu. Ce plateau rocailleux de 56 000 kilomètres carrés environ, n’est guère plus vaste qu’une province française. Cela aussi constitue l’un des aspects paradoxal du mythe. A qui fera-t-on croire une pareille fable ? Comment un peuple de presque trois millions d’individus, hommes, femmes et enfants, plus les serviteurs et les servantes, avec leurs troupeaux qui doivent être considérables, peut-il errer aussi longtemps dans un aussi petit désert ? Et sans laisser de traces. Abraham, Isaac, Jacob, Joseph et Moïse n’ont laissé aucune preuve historique ni archéologique de leur existence.

 

 

Sur l’aspect théologique

 

Yahvé ne prétend pas être l’unique dieu sur la terre. Il le reconnaît :

« Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu, car Yahvé s’appelle Jaloux. » (Ex 34, 14)

Implicitement, il admet l’existence d’autres dieux que lui, et même, il leur voue une jalousie trop humaine. Cette remarque nous confirme que les rédacteurs de la Bible reconnaissaient l’existence d’autres dieux adorés par d’autres peuples, et parfois par les membres des douze tribus. Mais, par souci de cohérence politique, ils incitaient le peuple israélite à n’en vénérer qu’un seul, Yahvé. L’épisode du Veau d’or est une péripétie de ce peuple « à la nuque raide » prompt à vénérer ses anciens dieux. N’oublions pas cette parole adressée par Dieu à Moïse :

«  Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres et une nation consacrée » (Ex 19, 6)

Elle renvient à instaurer une théocratie au sein du « peuple élu. » Mais au prix du sang versé.

 

Pourquoi mêler Dieu aux querelles des hommes, et l’impliquer dans l’organisation de leur société à travers les Tables de la Loi ? Pour contraindre le peuple à obéir. L’autorité d’un chef est toujours discutable, surtout avec un peuple « à la nuque raide », mais quand cette autorité émanne de la volonté divine, l’obéissance devient incontournable ; encore convient-il parfois de l’imposer par l’épée. Les Lévites ont massacré trois mille des leurs, qui avaient adoré le Veau d’or. Le plus fort dicte ses croyances et sa loi. C’est la bonne règle pour affermir son pouvoir et imposer son idéologie.

 

L’épisode du Veau d’or est un exemple plus légendaire qu’historique de soumission par la contrainte. Peut-être même est-ce la première guerre de religions racontée dans le but d’édifier et de soumettre le peuple ? Dans ce conflit interne, les membres de la tribu de Lévi massacrent leurs frères parce qu’ils pratiquent un autre culte que celui imposé par leur chef, Moïse. Les idolâtres, hérétiques avant la lettre, sont massacrés au nom de Dieu. Beaucoup de semblables massacres perpétueront l’intolérance religieuse au cours des siècles à venir. Dois-je conclure que cet épisode marque la prise de pouvoir du clan des Lévites qui, une fois devenus prêtres, imposeront une dictature cléricale  sur un « royaume de prêtres » ?

 

Apprécions et saluons l'établissement d’un système de lois et de codes destinés à régir la vie en société. Le principe est adapté, on le conçoit, aux mœurs de cette époque, puisque la peine de mort est souvent appliquée à propos de délits que l’on traite autrement de nos jours (sauf encore dans certains pays soumis à une loi religieuse draconienne). Le Décalogue constitue un progrès contre l’anarchie et le culte du chacun pour soi.

Mais notons au passage, les largesses accordées aux Lévites, fils de Lévi, la tribu dont Moïse et Aaron sont issus. La famille soutient ses membres. Le clan distribue les sinécures et prébendes à ses membres. On peut penser que c’est la juste récompense de leur combat contre les adorateurs du Veau d’or. Les membres de la caste des Lévites, et plus particulièrement le clan des fils d’Aaron, le frère de Moïse et son porte parole en Egypte et en tous lieux, profitent de la situation pour s’octroyer des privilèges, et non des moindres, au détriment du reste du peuple. A eux le pouvoir sous l’égide de Yahvé ! A eux les offrandes, les oblations, les oboles, les holocaustes et les dîmes, au nom de Yahvé !  A eux le bénéfice de l’impôt sur la capitation ! A eux les logements de fonction dans la demeure de Yahvé ! A eux le droit de percevoir les prélèvements, et la jouissance des avantages inhérents à leur fonction, et Dieu sait qu’ils sont nombreux ! Nous les verrons en détail dans le prochain livre, le Lévitique.

 

A son peuple, Yahvé Dieu promet un « royaume de prêtres. » Voici instaurée la dictature des prêtres, tous fils de Lévi. Leurs privilèges sont assurés pour plusieurs millénaires, rédigés, codifiés et imposés sous l’égide de Dieu, suprême ordonnateur et fallacieux prétexte. Ce passage de l’Ancien Testament marque l’emprise du pouvoir des clercs sur la multitude, le « peuple élu. » Elu pour quoi ? Pour être ponctionné, exploité, embrigadé, dominé et asservi.

Habileté, rouerie, plagiat ou coup de génie ?

Moïse n’est peut-être pas un saint, mais un génie, un meneur d’hommes et un maître ès manipulations et supercheries. Il a compris, bien avant Gustave Le Bon, l’art de La psychologie des foules. Quelle mise en scène ! Un entretien sur la montagne, avec un Dieu qui se transforme en nuée ardente - singulier avatar ! -, un Dieu qui fait gronder le tonnerre, avec spectacle sons et lumières. Et pendant quarante jours et quarante nuits. Moïse convainc le peuple, et il impose la loi de Dieu. Sa propre loi.

 

Moïse descend de la montagne, et mate une rébellion ? Non ! Il réprime une tentative de retour à l’idolâtrie. Les grands principes fondateurs de la Loi à peine posés, et en particulier le sixième commandement : « Tu ne tueras point », Yahvé incite Moïse à massacrer les adorateurs du Veau d’or par l’intermédiaire des fils de Lévi, la tribu d’Israël à laquelle il appartient : « Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : Ceignez chacun votre épée ! Circulez dans le camp d’une porte à l’autre et tuez, qui son frère, qui son ami et qui son proche ! » (Ex 32, 27)

Trois mille victimes ; ce n’est pas rien ! Ce ne sont plus les Egyptiens qui périssent par la « main de Dieu », mais des membres du peuple élu, massacrés par leurs frères. Au nom de Yahvé Dieu, on épure et on élimine les brebis galeuses. Pas de pitié pour les apostats !

Ô Dieu, que de forfaits furent, et sont encore commis en ton saint nom !

 

N’eût-il pas été plus simple et plus efficace de convaincre les déviants qu’ils étaient dans l’erreur ? Un petit miracle et quelques bonnes paroles de clémence eussent sans doute suffit à les ramener dans le droit chemin. Yahvé, Dieu sanguinaire, préfère-t-il le châtiment ? Non ! Mais ceux qui l’ont intronisé Dieu, et imposé son culte, oui !

 

Et Aaron, le frère de Moïse, son porte-parole devant Pharaon ? Il fut l’instigateur de la cérémonie du Veau d’or ? Pourquoi n’est-il pas massacré lui aussi ? Non seulement, Moïse l’absout, mais encore, il l’élève à la dignité de grand prêtre (Cohen Gadol), alors que les gens du peuple sont massacrés par les Lévites :

« Et Yahvé châtia le peuple de ce qu’ils avaient fabriqué le veau - qu’avait fait Aaron. » (Ex 32, 35)

Bel exemple de favoritisme familial ! Préfiguration du népotisme papal qui empoisonnera l’Église catholique pendant plusieurs siècles, et entraînera les courants réformateurs dirigés par Luther et de Calvin !

Mieux, Aaron devient le premier grand prêtre d’Israël (le Cohen Gadol), et ses fils inaugurent la dignité héréditaire lévitique. Une caste puissante vient de naître au sein des tribus des enfants d’Israël. Aaron, homme de pouvoir, mais d’une grande souplesse d’échine, parvient à tourner à son avantage son reniement primitif.

Pourquoi Dieu Yahvé laisse-t-il cette trahison impunie ? Le Livre ne le dit pas. « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », reconnaîtra plus tard Jean de la Fontaine[98].

 

Les Lévites deviennent les sicaires du Dieu unique.

Ils imposent leur foi en versant le sang de leurs frères ? En récompense, ils accèdent à la dignité de prêtres de Yahvé ?

Ainsi naît un : « royaume de prêtres […]. » (Ex 19, 6)

Les Lévites sont les premiers prêtres assassins fanatiques de l’histoire. Ainsi commence peut-être la première guerre de religion, sans merci, fratricide et totale. Nous assistons aux premiers temps de l’intégrisme religieux radical.

La crainte de Dieu prime l’amour de l’homme.

Yahvé de quel bois es tu fait ? Pourquoi, toi, le Tout Puissant n’as-tu pas pardonné au prix d’une petite contrition ?

 

Dieu voit tout, Dieu sait tout, Dieu approuve sans réserve les actes immoraux et les crimes de sang commis par ses représentants. En son nom, tout devient permis et légitime : crimes, meurtres, fratricides, spoliations, vols, pillages et extermination des peuples idolâtres, voués à l’anathème. Mais à une seule condition, le respect intégral de son culte.

Voici poindre le temps des horreurs cléricales qui ensanglanteront les siècles à venir : guerres de religion, pogroms, djihads mineurs, croisades, inquisition, exterminations des mal pensants, arrivée des missionnaires qui précèdent la venue des armées coloniales, conversion des masses sous le signe de la croix ou du croissant. Esclavage ! Et, plus tard, missions suicides, au nom de Dieu le Juste et le Miséricordieux. Témoin cette déclaration d’Abou Moussa : « Je promets à Dieu, qui est le seul Dieu, que j’imposerai la charia par les armes. »[99]

 

Dieu conçu à l’image de l’homme. Sacrée gageure !

Avec quel miroir déformant, lui renvoie-t-il sa propre image ?

 

Une fois dictées les lois et les commandements, Moïse invente et développe le décorum et la panoplie du sacré : arche, autel, tente de réunion, cérémonies, fumigations et chants, orchestrés par des prêtres revêtus de superbes vêtements qui imposent le prestige et impressionnent le peuple. Du grand art pour épater le peuple.

Voici instaurée la grande pantomime religieuse et cléricale, et le décorum destiné à impressionner un public naïf ; trois religions du Livre exploiteront les croyants ! Pliez les genoux devant les fastes du rite magique et divin !

Emotions et dévotions.

On ne s’adresse pas à la raison, on ne sollicite pas l’intelligence, on n’invite pas les citoyens libres à la saine réflexion. Non ! On suscite l’émotion pour imposer la croyance. On étouffe la pensée sous le faste et la pompe. On endort, et on abrutit l’individu, car le peuple est une espèce grégaire et ignare que l’on oblige à courber le front et à se prosterner devant les autels sacrificatoires. On dicte, et on impose à chacun le canon de la pensée unique. « Hors de l’Eglise point de salut ! », proclameront plus tard les clercs. Croyez et vous serez sauvés ! Mais si vous n’écoutez pas la « Bonne Parole », vous serez exterminés.

Voici érigée la forgerie des convictions, fondée sur l’illusion, le mensonge, le fer et le feu ! La pensée asservie est contrainte de se fondre dans le moule imposé par les rabbins, prêtres et imams. Peuple, crois ce qu’ils te disent. Leur parole émane de Dieu.

Les deux frères, Moïse et Aaron, de la tribu de Lévi imposent la Loi de Dieu. Leur loi ! Et dans leur sillage, les prêtres lévites, membres du même clan, deviennent les seuls vrais profiteurs du système, privilégiés, et nantis assurés.

 

Moïse et Aaron instaurent un système théocratique. Dieu y occupe la première place : A tout Seigneur tout honneur ! C’est pourquoi on lui dédie les quatre premiers commandements. Ils constituent l’habillage extérieur du système, le couronnement de l’édifice législatif, et ils préparent le cérémonial impressionnant d’où découlera l’exploitation du peuple par la caste des prêtres, tous soumis à Moïse et Aaron. Dieu dicte sa Loi aux hommes. Ô l’inversion des termes du contrat ! Cette Loi est réputée infaillible parce qu’elle émane de Dieu lui-même. Celui qui l’enfreint pèche contre son Dieu ; il commet une faute impardonnable punie par l’anathème. Désormais, le peuple élu se retrouve prisonnier du carcan du monothéisme simplificateur, monopolistique et absolu.

Les six derniers commandements énoncent les principales règles nécessaires au maintien en l’équilibre d’une société humaine harmonieuse et pérenne. Si on ne les respecte pas, la communauté risque de sombrer dans l’anarchie, dominée par la loi du plus fort, néfaste pour la vie et la survie du groupe. Encore faut-il les exprimer. Et Moïse le fait bien, et avec beaucoup d’adresse.

Mais, ferai-je remarquer, Dieu était-il nécessaire pour les dicter, et les faire appliquer ? Non ! Toutes les sociétés humaines obéissent à des règles semblables qui relèvent de la sagesse des nations. On aurait aussi pu faire l’économie des quatre premiers commandements.

 

L’arsenal législatif est contraignant. L’application des lois exige : volonté, rigueur et constance. On connaît la force de l’inertie, la réticence devant l’effort et l’égoïsme naturel des hommes. Moïse a un trait de génie. Il prétend que Dieu lui a dicté ces lois, et il met en scène un scénario fantastique. Pour mieux les imposer, il gravit une montagne, avec des sons de trompes et une nuée ardente, un véritable spectacle pyrotechnique. Il impose les règles nécessaires à la survie du groupe. Par son intermédiaire, Yahvé Dieu dicte sa Loi, et contre ce tout puissant facteur de miracles, qui oserait se rebeller ?

 

Mettons nous un instant à la place des Hébreux, le peuple élu de Dieu !

Ces nomades illettrés errent dans le désert, guidés par un chef spirituel, roublard et charismatique, Moïse. Ils sont tiraillés entre deux envies obsessionnelles contradictoires : d’une part, retourner en Egypte où, naguère, malgré la perte de leur liberté, la vie était plus facile, ce qui explique leurs révoltes et leurs « murmures » parfois, et d’autre part, atteindre la terre promise, horizon lointain, jugé parfois inaccessible. Terre promise par qui ? Moïse, bien sûr ! Mais le chef autocratique est assez roué pour prétendre qu’il tient cette promesse de Dieu. Sait-il seulement qu’il ne l’atteindra pas lui-même, parce que Dieu le punira d’avoir douté de lui ? Ceci est une autre histoire que je réserve pour bientôt.

 

Soucieux de maintenir le moral et la cohésion de son peuple, Moïse met en scène un fabuleux mensonge, sa rencontre avec Yahvé (le dieu du tonnerre) sur le mont Sinaï. Infidèles à ce Dieu tout puissant, jamais avare de prodiges : plaies terrifiantes qui frappent les Egyptiens pour soustraire le « peuple élu » à leur vindicte, ouverture des flots de la mer devant les enfants Israël, puis destruction complète des troupes ennemies, ange et nuée ardente guidant la foule, cailles et manne à profusion, nourritures et boissons assurées pendant quarante années d’errance à travers le désert, les Hébreux continuent d’adorer des idoles, et contestent leur chef. Moïse absent, le peuple élu revient aux anciennes coutumes idolâtres et polythéistes ; il coule et adore un Veau d’or.

Après tant de miracles, quel homme sensé et raisonnable oserait encore douter de la toute puissance de Yahvé Dieu ? Tous ces récits sonnent faux, ou alors Yahvé n’est pas aussi puissant que le prétend le Livre de l’Exode ? Peut-être, n’existe-t-il que dans l’imagination des seuls croyants ? Fantôme récurent engendré par des cerveaux inquiets à la recherche d’une synthèse vitale. Pour imposer leur Dieu Yahvé, et éliminer les autres dieux que le peuple adorait avant d’être élu, le clan des Lévites devra bientôt exterminer les peuples qui les vénèrent. Cette guerre des dieux, pur concept mythologique, prépare aussi la conquête des territoires.

Si le peuple doute, s’il continue d’adorer les idoles, c’est parce que Yahvé, fiction imposée soi disant par Moïse et Aaron au profit des Lévites, n’a jamais accompli les miracles énoncés. Les dieux étrangers pouvaient aussi faire des prodiges ; les dieux ou les hommes : voir la concurrence des mages du Pharaons. Comme les prodiges émaillaient les anciens textes, il devenait difficile de distinguer l’action humaine et l’intervention divine. Par contrecoup, la croyance en un seul Dieu restait problématique.

Les merveilles narrées sont fantaisistes, et le texte mythique de l’Exode est le résultat de nombreuses compilations et additions de récits légendaires qui ont servi à rédiger, longtemps plus tard, un corpus religieux destiné à l’édification des foules. On captive bien les petits enfants en leur racontant des fables et des contes. Les textes sacrés, empruntées aux grandes civilisations mésopotamiennes et égyptiennes ont subi des remaniements, des ajouts, des retouches et des corrections ; ils représentent une synthèse des légendes orales qui circulaient parmi les tribus semi-nomades de l’Antiquité.

La lutte contre les « faux dieux » pour imposer le prétendu « vrai » sera longue et dramatique. Plus tard, la campagne éclair de Josué - narrée dans le Livre de Josué - et le recours systématique à l’anathème contre les peuples qui occupaient la « terre promise » au moment de la conquête, la destruction programmée des hauts lieux de culte, des autels et des pieux sacrés et le massacre des populations, ne permettront pas même d’éliminer totalement les rites idolâtres dans lesquels les Hébreux rechuteront, victimes d’assuétude. Souvent le peuple élu, agrégat de tribus semi-nomades et pastorales, sera tenté de revenir à ses anciennes croyances, déçu par l’incapacité du nouveau Dieu à satisfaire ses légitimes aspirations, et ses vices aussi. Les victoires sont nécessaires autant que les miracles et les merveilles, mais plus encore les massacres s’imposent pour convaincre ce peuple, toujours hésitant sur ses choix théologiques et religieux.

 

Moïse et son peuple croyaient-ils vraiment en Yahvé Dieu ? Au terme d’un long effort de conditionnement par le faste, la pompe et la contrainte, au prix de luttes intestines, les promoteurs du dogme ont réussi à contraindre le « peuple élu » à vénérer un seul Dieu, celui que les Patriarches avaient choisi de lui imposer dans l’intérêt de leur caste. Moïse, Aaron, puis Josué devaient être des caractères forts, des chefs inspirés, pour conduire un « peuple à la nuque raide » dans la grande aventure de la conquête coloniale et l’extermination des peuples résidents, tous cousins, issus d’Adam et d’Eve, tous descendants de Noé, l’incontournable géniteur génésique : « les Quénites, les Quénizzites, les Qadmonites, les Hittites, les Perizzites, les Rephaïm, les Amorites, les Cananéens, les Girghashites, les Jébuséens. » (Gn 15, 19 à 21)

 

 « Tu ne tueras point ! » (Ex 20, 13) Cette belle maxime s’applique aux membres du peuple élu, ceux qui vénèrent le seul vrai Dieu, Yahvé, mais elle exclut tous les autres. Les peuples païens aux multiples divinités exotiques peuvent être massacrés. Ils seront exterminés, bannis de la surface de la terre, et voués à l’anathème. Tel est le sort des peuples qui ne connaissent pas Yahvé Dieu, parce qu’ils n’ont pas été élus.

Et pourquoi n’ont-ils pas été élus ? Le Livre ne le dit pas. Yahvé, le Dieu d’un tout petit peuple, exclut d’emblée les neuf cent quatre-vingt dix neuf millièmes de toute l’humanité. Pourquoi bon Dieu ?

 

Y a-t-il une place pour un autre système de croyances ? Yahvé, Dieu exclusif, jaloux, vindicatif, impitoyable et exterminateur, ne tolère aucun autre culte que le sien. Mais il n’est pas insensible aux prières de ses protégés. A l’époque de Noé, il veut « effacer de la surface du sol » (Gn 6, 7) tous les êtres vivants, y compris les animaux, parce que les hommes l’ont déçu. Mais comme le Patriarche Noé implore sa clémence, il accepte de sauver un couple de chaque espèce vivante. Plus tard, il menace les membres du peuple élu qui ont adoré le Veau d’or : « je les exterminerai ». (Ex 32, 10) Mais sur l’insistance du Patriarche Moïse, il renonce « à faire fondre sur son peuple, le malheur dont il l’avait menacé. » (Ex 32, 14) Pourtant, trois mille succombent sous de la main des Lévites.

 

La religion du Dieu unique est un culte d’exclusion, le triomphe de l’intolérance. Celui qui ne croit pas en Yahvé ou ne respecte pas les rites imposés, celui qui apostasie, n’a aucun droit de cité ni même de vie.

 

Moïse vient d’inventer la machine cléricale à broyer la réflexion critique. Il interdit la liberté de penser. Cerveaux, cessez de réfléchir ! Ne goûtez pas au fruit défendu porté par l’arbre de la Connaissance ! Hommes, soyez des brebis au milieu du troupeau, sous la houlette du clerc coopté, le bon berger ! Soumettez-vous !

Le dogme triomphe. Le monothéiste dictatorial et despotique s’impose. Pendant trois mille ans la pensée créative sera étouffée sous un concert des bêlements, patenôtres et litanies. La réflexion critique et la recherche scientifique seront longtemps interdites parce que les recherches des savants démontrent la vanité des allégations bibliques. Au nom d’un Dieu juste et bon, on massacrera les impies. Et à qui devons-nous cette belle victoire ? A Moïse ? Non, mais aux rédacteurs successifs des livres du Pentateuque, et ensuite à tous ceux qui ont contribué à enjoliver et propager ces mensonges.

 

Il s’écoulera beaucoup de temps avant qu’une fraction des humains puisse enfin se dépêtrer des mailles du filet dans lesquelles les maintenait prisonniers le dogme de la religion du Dieu unique, pour accéder à la liberté de pensée et d’expression. Et le comble, plus tard, il y aura plusieurs Dieux uniques, avatars du seul même vrai Dieu, selon que l’on deviendra Juif, Chrétien ou Musulman.

 

 

 

FIN DE L’EXODE

 

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4 - LEVITIQUE

(Troisième livre du Pentateuque)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Lévitique, troisième livre du Pentateuque, est très intéressant.

Enfin, Yahvé Dieu, par l’entremise de Moïse, met en place l’organisation qui fera des fils d’Israël une « nation de prêtres. » Les règles et les rites de la religion sont enfin codifiés. Yahvé dicte les paroles de la Loi « perpétuelle » à Moïse. Il lui prescrit : le rituel sacrificatoire, la fréquence et le nombre des oboles, les préceptes moraux et les observances religieuses et morales que le peuple doit respecter pour mériter sa protection, et il instaure le lévirat, un système par lequel les prêtres, tous enfants d’Israël issus de la tribu de Lévi, devenus ses représentants sur la terre, pourront accéder à la Tente de Réunion pour accomplir les rites sacrés. Des règles précises sont instaurées pour parvenir à la sainteté, et distinguer entre le Pur et l’Impur, concepts clairement définis.

 

Les principaux chapitres sont:

 

Rituel des sacrifices et investiture des prêtres (Lv 1 à 10).

Règles relatives au pur et à l’impur (Lv 11 à 16).

Loi de sainteté (Lv 17 à 26).

Tarifs et évaluations (Lv 27).

 


 

 

1)- Rituel des sacrifices (Lv 1 à 7) et Investiture des prêtres (Lv 8 à 10)

 

 

Yahvé appelle Moïse sous la Tente de Réunion, et il lui parle directement.

Il définit de manière très détaillée le rituel sacrificatoire : holocaustes (offrandes de gros et de petit bétail et d’oiseaux), oblations (offrandes des produits de la terre) et sacrifices pour la communion et pour l’expiation des péchés contre les commandements.

Si un homme pèche contre les commandements, il est tenu d’offrir une victime en holocauste. La nature de l’holocauste et le choix de la victime (gros bétail, petit bétail, tourterelle ou pigeon) varient selon le rang occupé par le coupable : grand prêtre, membre de l’assemblée d’Israël, chef ou homme du peuple. Pour chaque cas, Dieu définit précisément quelle part reviendra aux fils d’Aaron, les prêtres, tous membres de la tribu de Lévi, lesquels seront chargés des sacrifices, et offriront à Yahvé les oblations que le peuple fait, mais ils en prélèveront une part pour leurs besoins personnels.

 

Les holocaustes et les oblations (Lv 1 et 2)

 

Les holocaustes comprennent du gros ou du petit bétail ou des oiseaux, toujours sans défaut. L’animal sera immolé devant Yahvé et les fils d’Aaron, puis écorché, et dépecé par quartiers.

«  […] un mets consumé en parfum d’apaisement pour Yahvé. » (Lv 1, 9 et 17)

Les oblations sont des offrandes à base de fleur de farine : soit en nature (mais avec de l’huile), soit en pâte cuite (mais sans levain). Le prêtre prélèvera le mémorial à l’autel.

« Le reste de l’oblation reviendra à Aaron et à ses fils, part très sainte des mets de Yahvé. » (Lv 2, 3 et 10)

 

Le sacrifice de communion (Lv 3)

 

Yahvé précise sa nature : gros bétail, mouton ou chèvre, mâle ou femelle. La pièce sera sans défaut. Les fils d’Aaron procéderont au rite.

« […] Toute la graisse appartient à Yahvé. » (Lv 3, 16)

« C’est pour tous vos descendants une loi perpétuelle, en quelque lieu que vous demeuriez : vous ne mangerez ni graisse ni sang. » (Lv 3, 17)

 

Le sacrifice pour le péché (Lv 4 et 5, de 1 à 13)

 

« Si quelqu’un pèche par inadvertance contre l’un quelconque des commandements de Yahvé et commet l’une des actions défendues » (Lv 4, 2), il devra offrir à Yahvé une pièce de bétail sans défaut, allant d’un taureau jusqu’à un bouc ou une chèvre, ou encore deux tourterelles, ou deux pigeons, ou simplement de la fleur de farine, selon son rang et ses moyens : grand prêtre, membre de l’assemblée d’Israël, chef ou homme du peuple.

 La victime sera immolée devant Yahvé.

 

Le sacrifice de réparation (Lv 5, 14 à 26)

 

Non seulement celui qui se rend coupable d’une fraude, ou pèche en retranchant sur les droits sacrés[100], ou prononce un faux serment, ou ne restitue pas un objet perdu, devra réparer la faute envers la victime, mais il offrira en plus un sacrifice à Yahvé : un bélier sans défaut issu de son troupeau, et de plus :

« Il acquittera ce que son péché aura retranché au droit sacré, en en majorant la valeur d’un cinquième, et en la remettant au prêtre. » (Lv 5, 16)

 

Droits des prêtres ou sacerdoce et sacrifices (Lv 6 et 7, 7 à 10)

 

Yahvé définit très précisément le rituel que les prêtres (Aaron et ses fils) devront respecter, mais aussi de quelles parts des holocaustes, oblations et sacrifices, ils pourront bénéficier.

- L’oblation :

« Aaron et ses fils mangeront le reste sous forme de pain sans levain. » (Lv 6, 9)

« Tout mâle d’entre les fils d’Aaron pourra manger cette part des mets de Yahvé (c’est pour tous vos descendants une loi perpétuelle). »

« Toute oblation cuite au four, toute oblation préparée dans un moule ou sur la plaque, reviendra au prêtre qui l’aura offerte. » (Lv 7, 9)

« Toute oblation pétrie à l’huile ou sèche reviendra à tous les fils d’Aaron sans distinction. » (Lv 7, 10)

- Le sacrifice pour le péché : « Le prêtre qui aura offert ce sacrifice la mangera. » (Lv 6, 19)

- Le sacrifice de réparation : « […] tout mâle parmi les prêtres en pourra manger. » (Lv 7, 6)

« Au prêtre reviendra l’offrande avec laquelle il aura fait le rite d’expiation. (Lv 7, 7)

« La peau de la victime qu’un homme aura présentée à un prêtre pour être offerte en holocauste reviendra à ce prêtre. » (Lv 7, 8)

- Le sacrifice avec louange : « La chair de la victime sera mangée le jour même. » (Lv 7, 15)

Ces règles s’appliquent aussi pour les sacrifices votifs. (Lv 7, 17)

- Les sacrifices de communion : « […] vous donnerez au prêtre la cuisse droite. » (Lv 7, 32)

Et « […] la poitrine et cette cuisse […] je les donne à Aaron le prêtre et à ses fils. » (Lv 7, 33)

 

Cette loi est perpétuelle pour tous les descendants d’Aaron. (Lv 7, 34)

 

Règles générales (Lv 7, 18 à 27)

 

« Quiconque est pur pourra manger de la chair, (Lv 7, 19) mais si quelqu’un se trouve en état d’impureté et mange la chair d’un sacrifice de communion offert à Yahvé, celui là sera retranché de sa race » (Lv 7, 20)

« Quiconque en effet mange la graisse d’un animal dont on offre un mets à Yahvé, celui-là sera retranché de sa race. » (Lv 7, 25)

« Quiconque mange du sang, quel qu’il soit, celui-là sera retranché de sa race. » (Lv 7, 27)

Pour un nomade, être « retranché de sa race », c'est-à-dire banni de sa communauté, équivaut à une condamnation à mort.

 

Part des prêtres

 

Sur le sacrifice de communion[101], qui peut être du gros ou du petit bétail :

 « […] Je retiens en effet aux enfants d’Israël, cette poitrine et cette cuisse ; je les donne à Aaron le prêtre, et à ses fils ; c’est une loi perpétuelle qui oblige les enfants d’Israël. » (Lv 7-34)

 

Conclusion (Lv 7, 35 à 38)

 

« C’est ce que les commandements de Yahvé obligent les enfants d’Israël à leur donner le jour de leur onction : loi perpétuelle pour tous leurs descendants. » (Lv 7, 36)

 

 

L’investiture des prêtres (Lv 8 à 10)

 

 

La cérémonie d’ordination dure sept jours, pendant lesquels Dieu parle avec Moïse. Il définit les vêtements que porteront Aaron et ses fils : manteau, éphod, écharpe, éphod, pectoral, turban avec lame d’or. Il organise le cérémonial sacrificatoire, et fixe la quote-part qui revient aux prêtres.

Pour l’entrée en fonction des prêtres, en plus des oblations, on immolera un taureau, un veau et un bouc. C’est le sacrifice d’investiture :

« C’était le sacrifice d’investiture en parfum d’apaisement, un mets consumé pour Yahvé. » (Lv 8, 28)

Moïse dit à Aaron et à ses fils :

« Faites cuire la viande à l’entrée de la Tente de Réunion. Vous la mangerez là, ainsi que le pain, dans la corbeille du sacrifice d’investiture […] (Lv 8, 31)

« C’est en effet l’ordre que j’ai reçu. » (Lv 8, 35)

Aux ordres de Moïse, Aaron et ses fils entrent en fonction ; ils accomplissent des sacrifices pour le péché, l’holocauste et la communion.

Et « La gloire de Yahvé se fit voir de tout le peuple, » (Lv 9, 23)

« […] une flamme jaillit de devant Yahvé, qui dévora l’holocauste et les graisses. » (Lv 9, 24)

Le peuple jubile et tombe face contre terre.

 

Nadab et Abihu (Lv 10, 1 et 2)

 

Le rituel doit être respecté avec la plus grande rigueur, sous peine de châtiment.

Deux fils d’Aaron, Nadab et Abihu, meurent brûlés vifs parce qu’ils ont présenté :

« […] devant Yahvé un feu irrégulier qu’il ne leur avait pas prescrit. » (Lv 10, 1)

« […] une flamme les dévora, et ils périrent en présence de Yahvé. » (Lv 10, 2)

 

Et « Aaron resta muet. » (Lv 10, 3)

 

Des règles complémentaires sont édictées pour : l’enlèvement des corps, le deuil des prêtres, l’interdiction de l’usage du vin dans la Tente de Réunion et la fixation de la part des prêtres sur les offrandes, en vertu d’une loi désormais perpétuelle, et principalement :

« Prenez l’oblation qui reste des mets de Yahvé. Mangez-en les azymes à côté de l’autel, car c’est chose très sainte. » (Lv 10, 12)

Selon un ordre reçu de Yahvé, Moïse dit à Aaron et à ses fils survivants :

« La poitrine de présentation et la cuisse de prélèvement, vous les mangerez dans un lieu pur, toi, tes fils, tes filles avec toi ; c’est la part prescrite , pour toi et tes fils […](Lv 10, 14)Yahvé l’a commandé. » (Lv 10, 15)

 

 

Commentaires sur le chapitre 1 : Rituel des sacrifices et Investiture des prêtres

 

 

Les membres du « peuple élu » sont astreints aux :

- Holocaustes et oblations ;

- Sacrifices de communion, pour le péché, et de réparation d’une faute ;

Les occasions d’offrir à Yahvé Dieu sont nombreuses, précises et codifiées.

Chaque fois, les prêtres (Lévites) et Aaron et ses fils, plus particulièrement, perçoivent et consomment eux-mêmes, au nom de Dieu, cela va de soi, une part des contributions auxquelles le peuple est astreint.

Et au titre d’une loi perpétuelle.

Pourquoi ce Dieu apprécie-t-il autant les sacrifices d’animaux domestiques comestibles, exsangues, c’est-à-dire égorgés selon les rites de la cacherout ? Pourquoi est-il sensible aux oblations des produits de la terre ? Lui, un Etre divin par essence, supposé affranchi des contingences terrestres, et insensible aux appétits animaux qui tenaillent l’espèce humaine ? Comment un Etre spirituel, immatériel peut-il apprécier des offrandes matérielles qu’il ne consomme pas lui même ?

 

La réalité, plus triviale, saute aux yeux.

Grâce à un système complexe de sacrifices et d’oboles, sous le couvert de leur Dieu (un héritage des anciens rites polythéistes), et à travers le fatras ésotérique et liturgique qui accompagne le cérémonial et le mystère dans lequel se drape le clan des Lévites pour impressionner le peuple, la caste des prêtres s’adjuge, et accapare tous les dons offerts à Yahvé par le peuple obligé. Le système confiscatoire instauré par Moïse et Aaron contribue à renforcer l’exploitation du peuple dominé par la caste lévitique, véritable clergé yahviste. Les prêtres ont l’ordre de Dieu (transmis par Moïse) de consommer tous les mets des sacrifices, holocaustes et oblations, sauf la graisse dont le fumet monte vers Dieu.

Ce constat nous invite à nous poser cette question :

Moïse et Aaron[102], les pères fondateurs, et les Lévites, prêtres investis des pleins pouvoirs : religieux, législatif, judiciaire et exécutif, étaient-ils dupes de cette mascarade ? Croyaient-ils vraiment en ce Yahvé Dieu qu’ils prétendaient représenter ? Etaient-ils des croyants de bonne foi, ou des gourous profiteurs du système qui exploitaient la naïveté de leurs contemporains ? Longtemps, dans les siècles à venir, des esprits révoltés soulèveront ces questions, indignés par le comportement de la hiérarchie ecclésiastique prévaricatrice, simoniaque et criminelle de l’Église. Leurs révoltes engendreront des schismes et des hérésies : faux messies du judaïsme (Sabbataï Tsevi, en 1648 apr. J.-C.) ou Ariens Nestoriens, Bogomiles, Cathares, Vaudois, Luthériens et Calvinistes, réformateurs du catholicisme, etc. De nos jours, on peut se poser les mêmes questions à propos de tous les profiteurs des religions et des nombreuses sectes qui prétendent dicter la conduite de leurs fidèles, naïfs impressionnés, tombés sous le charme de la parole et du faste déployé. Les promoteurs du culte invoquent un Dieu tout puissant, fantaisiste et muet qui n’intervient jamais dans les affaires humaines, ne fait pas pleuvoir sur les terres quand les populations ont faim et soif, ne met jamais fin à l’injustice, et n’empêche pas les conflits qui ensanglantent notre minuscule planète, un Dieu qui, d’une façon générale, ne rend l’homme ni meilleur ni plus heureux. Un Être hypothétique et injuste qui favorise le communautarisme à outrance.

 

Une fois investis, les prêtres lévites vivent aux crochets du peuple sur lequel ils prélèvent leurs moyens de subsistance. Ils se réservent la meilleure part des holocaustes, des offrandes, des sacrifices, des oblations et des libations que Yahvé ne saurait consommer lui-même. Imitant les prêtres de l’antique Egypte, une caste de profiteurs prétendus au service des dieux locaux, les Lévites, prêtres de Yahvé, dieu d’Israël, jouissent de privilèges exorbitants. Ils deviennent les enfants gâtés du régime. Ils reproduisent le même schéma que leurs voisins dont ils se sont inspirés, sans doute. Gavés de viandes, on les imagine volontiers bien gras, replets comme certains chanoines apoplectiques, véritables coqs en pâte, sujets aux maladies coronariennes qui menacent les gloutons.

 

Si tu es malheureux, Dieu l’a voulu, et nul n’y peut rien. Accepte ta condition ! « Peuple élu », courbe l’échine et tais-toi ! Mais vous, prêtres, qui vivez de viandes grasses, à ses dépens, maintenez sous votre coupe ces hommes contraints, ces femme esclaves, ce peuple endoctriné et soumis par la crainte de Yahvé Dieu qui a instauré cette « loi perpétuelle », une loi qui ponctionne les masses. Dans ce « royaume de prêtres » (Ex 19,6), une caste dirigeante assied sa domination sur le « peuple élu. »

 

Qui oserait contester le pouvoir des Lévites ? Ils sont les maîtres de la politique, de la religion, de la loi et de la force armée. Ils représentent Yahvé Dieu, un être omnipotent, éternel, invisible et inaccessible, mais faiseur de miracles (Lv 9, 24) pour le convaincre. Seuls les prêtres, et encore, sous certaines conditions, peuvent l’approcher, et recevoir ses ordres sous la Tente de Réunion. Seul Moïse peut converser avec lui, et transmettre sa parole et ses commandements, ceux qu’il impose au « peuple élu. »

 

Avec le Lévitique, nous touchons à l’essence du système théocratique.

L’institution du lévirat instaure et légitime l’exploitation du peuple par une catégorie de privilégiés qui tiennent, prétendent-ils, leur pouvoir de Yahvé Dieu. Plus tard, le « peuple élu » et bien d’autres encore, seront gouvernés par des Juges, puis des Rois alliés au clergé et autoproclamés de droit divin.

 


 

 

2)- Règles relatives au pur et à l’impur (Lv 11 à 16)

 

 

Les animaux terrestres, aquatiques et aériens sont classés en deux catégories :

- Les uns sont déclarés purs, et leur chair est comestible.

- Les autres sont déclarés impurs, et l’on ne peut ni consommer leur chair ni même toucher leurs cadavres.

 

Sont considérés purs :

Les ruminants : « Tout animal qui a le sabot fourchu, fendu en deux ongles, et qui rumine » (Lv 11, 3)

Les poissons : « […] qui a nageoires et écailles et vit dans l’eau […] » (Lv 11, 9)

Et les oiseaux, à l’exception d’une liste que l’on ne peut manger, chauve-souris incluse,

Ou : « […] les différentes espèces de sauterelles migratrices […] » (Lv 11, 22)

 

Sont classés impurs :

Le chameau, l’hyrax (une espèce de marmotte), le lièvre :

« Vous ne mangerez pas de leur chair ni ne toucherez à leur cadavre, vous les tiendrez pour impurs. » (Lv 11, 8)

Des interdictions frappent les animaux aquatiques et les oiseaux.

« Toutes les bestioles ailées qui marchent sur quatre pattes, vous les tiendrez pour immondes. » (Lv 11, 20) Et aussi :

« Toute bestiole qui rampe sur terre est immonde, on n’en mangera pas ! » (Lv 11, 41)

Et celles vivant à terre : taupes, rats, lézards :

« […] gecko, koah, letaah, caméléon et tinchamète. » (Lv 11, 30)

« Quiconque les touchera quand ils sont morts, sera impur jusqu’au soir. » (Lv 11, 31)

 

La femme aussi peut devenir impure (Lv 12, 1 à 8)

 

Toujours Yahvé parle à Moïse pour qu’il transmette sa parole aux enfants d’Israël.

 

La femme est impure :

 « […] au temps de ses règles. » (Lv 12, 2)

« Qui la touchera sera impur jusqu’au soir. »

De même, après l’accouchement :

« Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours. » (Lv 12, 2)

« Au huitième jour, on circoncira le prépuce de l’enfant » (Lv 12, 3)

« et pendant trente-trois jours encore, elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n’ira pas au sanctuaire. » (Lv 12, 4)

Mais :

« Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines [] et restera de plus soixante-dix jours à purifier son sang. » (Lv 12, 5)

 

Naturellement, à l’issue de la période imposée de purification, elle apportera au prêtre, à l’entrée de la Tente de Réunion : en holocauste, un agneau d’un an, et :

« […] en sacrifice pour le péché. » (Lv 12, 6), un pigeon ou une tourterelle.

 

La lèpre humaine[103] (Lv 13 et 14)

 

Seul Aaron ou l’un des prêtres, ses fils, peuvent, après examen et séquestration éventuelle pendant sept jours, suivie par un nouvel examen, déclarer pure ou impure toute personne frappée par les affections suivantes : tumeur, dartre et tache, lèpre invétérée[104], furoncle, brûlure, affection du cuir chevelu, exanthème et calvities.

Le lépreux, considéré comme un cas particulier d’impureté, devra se plier à certaines règles :

« Le lépreux […] portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués ; il se couvrira la moustache et il criera : Impur ! Impur ! » (Lv 13, 45)

Le prêtre examinera les vêtements du lépreux et, après une période d’observation, décidera soit de les brûler, soit de les faire nettoyer.

 

Au cours des rites de purification, le malade offrira des holocaustes, gros et petit bétail et des oblations, selon ses moyens.

 

Les impuretés sexuelles (Lv 15)

 

Elles peuvent être :

- Propres à l’homme :

« […] écoulement sortant de son corps » (Lv 15, 2) ou « […] épanchement séminal. » (Lv 15, 162)

L’homme impur contamine tous ceux qui le touchent ou touchent ses vêtements et les sièges sur lesquels il s’est assis. L’homme impur devra se purifier pendant sept jours, laver abondamment son corps, et offrir un sacrifice d’expiation à Yahvé : deux tourterelles ou deux pigeons qu’il remettra au prêtre devant la Tente de Réunion.

- Propres à la femme :

« […) lorsqu’une femme a un écoulement de sang et que du sang s’écoule de son corps, elle restera pendant sept jours dans l’impureté de ses règles. » (Lv 15, 19)

Tout ce qui l’approche ou la touche, devient impur. Comme l’homme, elle est contrainte aux mêmes rites d’expiation, avec sacrifices et holocaustes, soit deux tourterelles ou deux pigeons.

 

Le grand jour des Expiations (Lv 16)

 

Yahvé instaure le rite des Expiations, une cérémonie annuelle qui obéit à un protocole très complexe. Elle est destinée à racheter toutes les fautes des enfants d’Israël, avec sacrifices, oblations, ablutions, aspersions et lavage du corps du prêtre. Toute erreur dans le rituel peut entraîner la mort de l’officiant.

Yahvé recommande à Moïse de ne pas laisser Aaron entrer n’importe comment dans le sanctuaire :

« […] Il pourrait mourir car j’apparais au dessus du propitiatoire dans une nuée. » (Lv 16, 2)

Ainsi périrent les deux fils d’Aaron, Nadab et Abihu qui avaient présenté devant Yahvé un feu irrégulier. (Ex Lv 10, 1 et 2)

 

Pour accomplir ce rite, le peuple offrira un taureau destiné à un sacrifice, pour le péché, plus un bélier ou un bouc, pour un holocauste.

 

Prescription d’un jour de jeûne et de repos :

« Cela sera pour vous une loi perpétuelle. Au septième mois, le dixième jour du mois, vous jeûnerez et en ferez aucun travail, pas plus le citoyen que l’étranger qui réside parmi vous. » (Lv 16, 29)

 

 

Commentaires sur le chapitre 2 : Règles relatives au pur et à l’impur

 

 

Il est important de connaître l’impureté pour mieux s’en protéger, parce que l’être impur souille et contamine celui qui l’approche et le touche. L’homme ou la femme frappé d’impureté devra observer les rites de purification, et attendre un laps de temps fixé par le rituel pour retrouver sa pureté antérieure. Cette notion, que l’on pourrait qualifier de prophylactique - on peut le supposer, même si le Livre ne le mentionne pas explicitement -, semble extravagante sous certains rapports ; en particulier, la définition des animaux qui établit une distinction parmi les ruminants, et l’interdiction de manger toute bestiole qui rampe, parce qu’elle est immonde. Est-ce une allusion au serpent tentateur ?

Quant aux bestioles ailées, à quatre pattes, il semble que Dieu, puisque la Bible rapporte ses paroles, méconnaisse ses créatures à trois paires de pattes, les insectes du sous-embranchement des hexapodes, qu’il a lui même créés et leur utilité écologique.

 

Pourquoi la femme devient-elle impure quand elle donne la vie ? Une impureté qui se transforme en péché (Lv 12, 6) qu’elle doit ensuite racheter par une double offrande : un sacrifice assorti d’un holocauste qui sont offerts à Dieu, c’est-à-dire aux Lévites.

Et pourquoi reste-t-elle impure, deux fois sept jours, contrainte d’attendre soixante-dix jours pour purifier son sang quand elle accouche d’une fille, au lieu de sept, avec trente-trois jours de purification du sang pour un garçon ? Ici encore, on retrouve le vieux démon de la préférence masculine. A peine sortis de l’utérus, le garçon et la fille, sources d’impuretés inégales chez leur mère, ne sont pas égaux devant la loi divine.

Une fois de plus, la préférence donnée aux mâles est manifeste.

 

Mais aussi, pourquoi Dieu condamne-t-il les écoulements du corps humain : séminal chez le mâle et menstruel chez la femelle ?

 

Saluons le rôle du prêtre, thérapeute institué par le Très Haut !

Lui seul est habilité à distinguer le pur de l’impur, et à diagnostiquer la maladie. Le voici donc médecin de droit, sinon de fait.

Pour exercer la médecine, est-il nécessaire d’avoir fait des études de médecine ? Non ! Faut-il être à l’écoute des patients ? Non ! Il suffit d’être né Lévite, membre de la tribu de Lévi, le clan qui accapare tous les pouvoirs. Le don de la médecine serait-il héréditaire ?

En récompense de ses services, le prêtre thérapeute perçoit des oboles et des sacrifices : honoraires assurés, mais équitables, reconnaissons-le, puisque chaque patient paie selon ses moyens. Médecine tarifée, et barème établi.

 

Enfin, Moïse instaure le rituel expiatoire, pour laver les péchés. Le rite s’accompagne obligatoirement d’offrandes à Yahvé, toujours au profit de la caste des prêtres. Yahvé Dieu ordonne aussi l’imposant dispositif dissuasif d’approche du Saint des Saints, le cœur de la Tente de Réunion réservée aux seuls prêtres.

En cet endroit brûle un feu ardent qui ne s’éteint jamais. Cet lieu est dangereux, puisque deux fils d’Aaron, Nadab et Abihu, périrent par le feu : sans doute victimes d’un retour de flammes attisées par un coup de vent soudain ou d’une aspersion d’huile combustible à la suite d’un geste maladroit des servants ? Non ! Prétend la Bible. Mais à cause d’un feu irrégulier que Yahvé n’avait pas prescrit.

« De devant Yahvé jaillit alors une flamme qui les dévora, et ils périrent en présence de Yahvé. » (Lv 10, 2) L’explication d’un accident causé par une erreur de manipulation doit être rejetée au profit d’une volonté surnaturelle.

 

Je note que la Tente de réunion, qui est l’équivalent du siège du gouvernement des Hébreux, est strictement interdite au public. C’est le triomphe de l’opacité. Le clan des fils de Lévi entend mener ses petites affaires dans le plus grand secret. 


 

 

3)- Loi de Sainteté (Lv 17 à 26)

 

 

Une loi de sainteté oblige les enfants d’Israël à pratiquer toutes les immolations et tous les sacrifices, sans exception, devant la Tente de Réunion, sous peine d’exclusion de la communauté des enfants d’Israël, ce qui équivaut à une condamnation à mort.

« Tout homme de la maison d’Israël qui, dans le camp ou hors du camp, immolera taureau, agneau ou chèvre, (Lv 17, 3) sans l’amener à l’entrée de la Tente de Réunion pour en faire l’offrande à Yahvé devant sa demeure, cet homme devra répondre du sang répandu, il sera retranché du milieu de son peuple. » (Lv 17, 4)

 

Puis Yahvé recommande à Moïse de ne point agir comme au pays d’Egypte ni comme au pays de Canaan « où moi je vous mène. »

Voici quelques unes des interdictions qu’il lui fait :

- Manger le sang d’un animal, et il menace le contrevenant :

« […] je le retrancherai du milieu de son peuple. » (Lv 17, 10)

Car : « Oui, la vie de la chair est dans le sang.[…] » (Lv 17, 11)

- Consommer la chair d’un animal mort ;

- « Découvrir la nudité[105] » (Ex 18, 6) des femmes proches : mère, sœur, belle-sœur, fille, bru, tante, cousine, ou enceintes ou en période de règles, etc. Le pécheur est puni de mort ;

- Offrir des petits enfants en holocauste (faire brûler) à Molek[106], un rite cananéen, sous peine de lapidation ou de bannissement ;

- Coucher avec un homme : (Lv 18, 22)

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. »

- S’accoupler avec un animal :

« Tu ne donneras ta couche à aucune bête. Tu en deviendrais impur. Une femme ne s’offrira pas à un animal. Ce serait une souillure. » (Lv 18, 23)

L’homme et l’animal coupables seront punis de mort.

 

Et pour conclure, la divine sanction tombe :

« Oui, quiconque commet l’une de ces abominations, quelle qu’elle soit, tous les êtres qui les commettent, ceux là seront retranchés de leur peuple. » (Lv 18, 29)

 

Les interdictions sont assorties d’obligations et de prescriptions morales et cultuelles, nombreuses. En voici quelques unes :

- Craindre son père et sa mère ;

- Observer les sabbats ;

- Ne pas se tourner vers les idoles ;

- Laisser la glanure sur le champ moissonné et des fruits dans le verger pour le pauvre et l’étranger ;

- Ne pas commettre le vol ;

- Ne pas dissimuler ou frauder envers son compatriote ;

- Ne point jurer par le nom de Dieu ;

- Ne pas exploiter son prochain ni le spolier ;

- Respecter les muets et les aveugles ;

- Et enfin, craindre Dieu : « […] Je suis Yahvé. » (Lv 19, 14)

- Point d’injustice, ni faveurs, ni flatteries, ni diffamation, ni accusation injustifiée, etc.

« Tu n’auras aucune haine dans ton cœur pour ton frère. » (Lv 19, 17)

« Tu ne te vengeras pas, et tu ne garderas pas rancune envers les enfants de ton peuple. » (Lv 19, 18)

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé.  » (Lv 19, 18)

- Honorer les vieillards. (Lv 19, 32)

- Aimer l’étranger qui réside chez toi, dans ton pays :

« […] car vous avez été étrangers au pays d’Égypte. » (Lv 19, 34)

 

Les manquements à ces règles sont sévèrement châtiés. Les fautifs doivent aussi apportent leurs contributions sous forme d’oboles ou d’offrandes que les prêtres, seuls habilités à percevoir, offriront à Yahvé.

La mort sanctionne le pécheur coupable des péchés suivants :

- Sacrifice à Molek ;

- Recours aux spectres et devins ;